Un Russe déchaîné

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Serge Truffaut
Édition du jeudi 14 août 2008

Mots clés : ennemi stratégique, Géorgie, Forces armées, Gouvernement, Russie (pays), États-Unis (pays)

L'offensive militaire menée par la Russie dans le nord de la Géorgie est d'ores et déjà qualifiée de plus importante opération guerrière de ce pays depuis l'implosion de l'Union soviétique. Certains considèrent même ce conflit comme le premier d'une nouvelle guerre froide entre l'Est et l'Ouest. Et ce, parce que l'engagement pris par le président Bill Clinton à l'égard de Moscou n'a pas été observé par son successeur.

Lorsque Clinton logeait à la Maison-Blanche et Boris Eltsine au Kremlin, le premier avait assuré le second que l'expansion de l'OTAN serait limitée aux anciens satellites européens de l'Union soviétique. Une fois Bush aux manettes, cette promesse devait voler en éclats sous l'impulsion notable de Condoleezza Rice, alors patronne du Conseil national de sécurité. Cette ex-universitaire spécialiste du royaume des tsars avait composé un texte dans lequel elle affirmait que l'ennemi stratégique numéro un à court comme à long terme n'était pas la Chine mais bel et la bien la Russie.

En 2004, sept pays devenaient membres de l'OTAN. Entre la Russie et certains d'entre eux, il n'y avait plus d'États tampons. Bref, la Russie était à portée de fusils et non plus de missiles. Dans la foulée de cet élargissement, trois autres nations empruntaient officiellement la voie de l'adhésion en se greffant au Plan d'action militaire, passage obligé à l'intégration pleine et entière. Il n'en fallait évidemment pas plus pour réveiller le nationalisme russe, réputé aussi chatouilleux que facile à affûter.

Simultanément à cette «colonisation» des voisins russes par l'Alliance atlantique, des révolutions «colorées», orange pour l'Ukraine et rose pour la Géorgie, ont permis à des politiciens pro-occidentaux de prendre les rênes du pouvoir. Quoi d'autre? L'armée américaine louait des bases militaires en Asie centrale construites autrefois par l'armée soviétique. Quoi d'autre encore? Le président Bush signait avec ses homologues tchèque et polonais un protocole prévoyant l'établissement d'un bouclier antimissile.

La goutte qui a fait déborder le vase, ou plus exactement le prétexte qui a convaincu Poutine d'employer la manière forte, s'appelle le Kosovo. En reconnaissant illico l'indépendance du Kosovo, en février dernier, tant les États-Unis que l'Union européenne ont franchi un pas que Moscou les avait priés de ne pas faire. Lors de la première rencontre, organisée après l'épisode kosovar, de ministres des Affaires étrangères de l'UE et de la Russie, Poutine avait indiqué que toutes les régions tentées par la sécession et le rapprochement avec Moscou seraient reconnues, aidées, armées. Aussitôt dit, aussitôt fait, le Kremlin commandait une augmentation des aides apportées à l'Abkahzie et à l'Ossétie du Sud.

En avril dernier, lors du sommet de l'OTAN, Bush, Sarkozy et leurs confrères décidaient de remettre aux calendes grecques l'arrimage de la Géorgie et de l'Ukraine. Mais voilà, à la requête de la chancelière allemande Angela Merkel, l'OTAN convenait de réétudier les dossiers de ces deux nations en décembre prochain. Depuis lors, Poutine ainsi que son successeur, Dmitri Medvedev, ne décolèrent pas.

Observant à la lettre le principe napoléonien qui dicte que tout pays est condamné à faire la politique de sa géographie, ils ont injecté une bonne dose d'agressivité aux gestes politiques qu'ils avaient testé à l'endroit de l'Ukraine. En clair, ils ont eu recours à l'arme énergétique, à l'embargo sur les exportations agricoles de la Géorgie, etc. Ils sont allés jusqu'à emprunter à Hitler. Ce dernier avait accordé des passeports aux descendants d'Allemands vivant dans les Sudètes? Moscou a «russifié» les Abkhazes et les Ossètes. Ils sont tous citoyens de la Fédération Russie. Après quoi, il n'y avait plus qu'à agacer, à provoquer le nain géorgien. Est arrivé ce qui est arrivé.

Chose étrange, voire paradoxale, Washington a poussé à la roue alors qu'elle ne peut se passer de la Russie sur le sujet que Bush et ses proches considèrent comme le plus critique, le plus délicat de l'heure, soit le nucléaire iranien. Sans la complicité de Moscou, jamais Washington ne parviendra à étouffer l'ambition de Téhéran. Il va sans dire que si Bush avait été moins pétri d'idéologisme, s'il avait collé aux enseignements de la realpolitik plutôt que d'adopter les stigmates de la posture, le monde ne serait pas face à un énième conflit. Fait à noter, le Russe a déployé son offensive en étant bien conscient que l'Américain étant à quelques mois de son départ, il est un canard boiteux. Bref, Moscou a même capté l'agenda politique de Washington.


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Article intéressant, très instructif... - par Patrick Lépine
Le vendredi 15 août 2008 10:00

Un nouveau Hiro Hito ? - par rodolphe bourgeoys
Le jeudi 14 août 2008 21:00

Ce serait donc la faute de américains? - par Christian Ranger
Le jeudi 14 août 2008 12:00

l'erreur de Rice - par François Dorion
Le jeudi 14 août 2008 10:00

Idéfix - par Gabriel RACLE
Le jeudi 14 août 2008 07:00

Les révolutions de couleurs ou de fleurs, elles sont made in USA - par Dominic Pageau
Le jeudi 14 août 2008 03:00

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