Programmes culturels supprimés - Québec emboîte le pas aux artistes
Mots clés : explications, Christine St-Pierre, Programmes culturels supprimés, Gouvernement, Culture, Québec (province)
Québec emboîte le pas aux artistes et dénonce la décision du gouvernement fédéral de supprimer deux programmes de financement pour des projets culturels présentés à l'étranger. Christine St-Pierre a demandé hier des explications à Ottawa, jugeant «très inquiétantes» la nouvelle et ses répercussions.
Depuis jeudi, Ottawa a annoncé en douce la disparition de deux programmes d'aide financière, aussi populaires chez les artistes que bien cotés chez ceux chargés d'en évaluer l'efficacité et la pertinence.
Les 4,7 millions que distribuait annuellement le programme PromArt disparaîtront ainsi en mars 2009, en même temps que les neuf millions du programme Routes commerciales. L'un comme l'autre donnaient un coup de pouce aux artistes qui désiraient présenter leur travail à l'étranger et ouvrir la porte de nouveaux marchés. Robert Lepage et les Grands Ballets canadiens, entre autres, en ont profité au fil des ans.
Si aucune raison officielle n'a été avancée pour expliquer la fin de Routes commerciales, les conservateurs ont mentionné trouver inacceptable que PromArt serve à lancer la carrière d'artistes qu'ils estiment «radicaux» ou «marginaux», indignes de bien représenter le Canada à l'étranger.
Christine St-Pierre n'accepte pas ce genre de commentaires. «Nos artistes sont nos meilleurs ambassadeurs. On n'a pas à juger du contenu de leur création, il y a une démarche artistique qu'on se doit de respecter. On ne peut évoquer des arguments [comme ceux avancés par Ottawa]. Les demandes de subventions sont évaluées par des gens compétents. Qu'un groupe ou l'autre ne fasse pas l'affaire ne change rien au portrait global.»
La ministre parle ainsi de programmes appréciés «qui ont permis à de nombreux artistes de se lancer sur la scène internationale et de nous faire honneur un peu partout dans le monde».
Constatant la forte réaction du milieu culturel québécois -- unanime à dénoncer le geste d'Ottawa, perçu comme un affront --, Mme St-Pierre a demandé hier à rencontrer son homologue, Josée Verner, ministre du Patrimoine canadien. Elle entend aussi ajouter la question PromArt-Routes commerciales à l'ordre du jour de la rencontre fédérale-provinciale des ministres de la Culture qui se tiendra en septembre à Québec.
«Le gouvernement doit revoir cette décision, ou du moins penser à des mesures compensatoires», estime la ministre, qui a aussi demandé à son équipe de faire une étude des impacts de la décision d'Ottawa pour les artistes québécois, ce qu'avait d'ailleurs demandé plus tôt dans la journée le porte-parole péquiste en matière de culture, Pierre Curzi.
«On ne parle pas de gros montants, dit Mme St-Pierre, mais ce sont des sommes essentielles qui peuvent faire une grosse différence dans la vie d'un artiste ou d'une troupe. On n'a pas à pénaliser les artistes de cette manière.»
Questionnée pour savoir si Québec pourrait envisager d'allonger un peu d'argent pour éviter que des compagnies ne ferment, Mme St-Pierre a indiqué que non. «Nous faisons déjà énormément», dit-elle.
Chose certaine, les événements des derniers jours ont convaincu la ministre du bien-fondé de la démarche lancée au printemps par son collègue des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui veut que toutes les questions qui relèvent de la culture soient dorénavant gérées par Québec.
De son côté, Pierre Curzi juge qu'Ottawa «poursuit son oeuvre de censure envers les artistes» en supprimant les programmes. «Il serait injuste que les Québécois, qui paient eux aussi des taxes et impôts au gouvernement fédéral, ne puissent profiter de subventions pour soutenir la culture et les artistes québécois», a-t-il indiqué par voie de communiqué.
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