Priorité à l'enquête criminelle

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Jeanne Corriveau , Lisa-Marie Gervais
Édition du mercredi 13 août 2008

Mots clés : opération policière de Montréal-Nord, Priorité, enquête criminelle, Justice, Manifestation et émeute, Québec (province), Montréal

L'opération policière de Montréal-Nord ne fera pas l'objet d'une enquête publique pour l'instant

Une enquête publique, estiment certains groupes, pourrait tenter d'analyser les causes des événements qui ont secoué Montréal-Nord.

Photo: Pedro Ruiz

À ceux qui réclament une enquête publique sur la mort de Freddy Villanueva, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a rétorqué hier qu'il attendrait la conclusion de l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) avant de prendre une décision à ce sujet. Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) a joint sa voix à celles déjà nombreuses souhaitant qu'une commission «indépendante et crédible» fasse la lumière sur l'opération policière qui a mal tourné samedi soir, à Montréal-Nord.

L'organisme a mis en doute le sérieux d'une enquête «d'un service de police sur un autre service de police.» «Une enquête administrative se contente uniquement de dire comment ça s'est passé et de rapporter les faits», a soutenu Me René Saint-Léger, avocat du CRARR. «Mais [les enquêteurs] ont-ils le temps de faire la recherche et l'analyse et de se pencher sur la dimension raciale de l'incident?», s'est-il interrogé.

Jacques Dupuis estime toutefois qu'il faut connaître les circonstances du décès du jeune Freddy Villanueva avant d'envisager la tenue d'une enquête publique. «J'ai demandé au directeur de la Sûreté du Québec de renseigner la population régulièrement sur le déroulement de cette enquête, pour que la population sache ce qui se passe. J'ai aussi demandé au directeur de la SQ de contacter les familles concernées, au premier chef, bien sûr, la famille Villanueva, [...] pour que ces gens-là ne soient pas tenus dans la noirceur», a indiqué le ministre en entrevue à LCN hier.

Priorité à l'enquête criminelle

L'enquête policière, qui a été confiée à la SQ dans le cadre d'une politique ministérielle, devrait durer de huit à dix semaines. À terme, un rapport sera remis au procureur qui devra décider si des accusations seront portées dans ce dossier. Le ministre Dupuis pourrait alors de son côté ordonner la tenue d'une enquête publique s'il le juge approprié.

Assurant que les conclusions du rapport de l'enquête criminelle seront rendues publiques, la SQ n'écarte pas non plus la possibilité qu'au fil de l'enquête, certains détails soient divulgués. «On ne peut pas révéler l'évolution de l'enquête pour ne pas contaminer les autres témoignages», a indiqué François Doré, porte-parole de la SQ. Il a dit s'engager à une «communication régulière» sans pouvoir «établir le rythme» de cette communication.

Au cabinet de M. Dupuis, on précise par ailleurs qu'il n'est pas question de permettre à des civils de mener une enquête conjointe avec les policiers de la SQ, comme le suggérait lundi le criminologue André Normandeau. Les policiers de la SQ, formés à ce type d'enquête criminelle, sont les mieux placés pour faire ce travail, a-t-on fait valoir. Pour les mêmes raisons, la possibilité de confier l'enquête à un comité indépendant a été écartée par le ministre.

La mort de Freddy Villanueva, tombé sous les balles d'un policier samedi soir dans un parc de Montréal-Nord, et les émeutes du lendemain ont forcé le ministre à écourter ses vacances à l'étranger pour revenir d'urgence au pays lundi soir. Au cours de la journée d'hier, M. Dupuis s'est entretenu par téléphone avec le maire Gérald Tremblay ainsi qu'avec Yvan Delorme, directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), et Claude Dauphin, responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville.

Une enquête impartiale

Devant l'incrédulité de certains à l'égard des services de police, François Doré, de la SQ, a insisté sur le fait que leur mission serait «intègre, rigoureuse et impartiale». «Considérant l'ensemble des événements, il y a des gens qui ne partagent pas ce sentiment de confiance envers les policiers», a reconnu M. Doré. Il s'est néanmoins dit satisfait des discussions que les membres du service des enquêtes des crimes contre la personne ont eues avec les familles des trois jeunes directement impliqués dans l'incident de samedi soir. «Avec la rencontre des familles, on a franchi une première étape», a-t-il souligné, assurant que la liaison avec les familles des personnes impliquées serait permanente. «On sent la confiance des gens», a-t-il ajouté.

Le beau-frère de Denis Méas, l'une des victimes, dit conserver une certaine crainte face au déroulement de l'enquête même s'il a apprécié la rencontre avec le service de police. «Si on est rassurés? Oui et non. On nous a bien expliqué les différentes étapes, mais c'est sûr qu'on garde une certaine crainte», a affirmé le jeune homme, qui a admis d'emblée qu'il n'avait pas toujours eu confiance en la police. «Mais c'est plus positif que négatif», a-t-il conclu.

Les membres du CRARR ont quant à eux insisté pour élargir la portée de l'enquête afin que, ultimement, les familles impliquées aient «le sentiment que justice a été faite». «Une enquête publique va aller chercher les motifs, faire l'analyse des modes d'interpellation des policiers, a soutenu Iacky-Éric Salvant, avocat pour le CRARR. Dans quelles circonstances ont-ils ordre de tirer? Quand ils se sentent menacés ou quand un individu a une arme à feu ou un couteau?»

Peu de détails sur l'incident

Pourquoi la police a-t-elle interpellé un jeune qui jouait aux dés avec ses amis? Que s'est-il passé? Qui a tiré et pourquoi? Depuis l'altercation entre jeunes et policiers qui s'est soldée par la mort du jeune Freddy Villanueva, la confusion règne. Hier, la SQ ne s'est montrée guère bavarde sur le sujet. Prudente, elle s'est contentée de rappeler les faits. Deux policiers en patrouille, une homme et une femme, se sont retrouvés derrière l'aréna Henri-Bourassa, devant un groupe de personnes qui jouaient aux dés. Dany Villanueva a été interpellé et une altercation s'en est suivie, au cours de laquelle quatre coups de feu ont été tirés par le policier masculin. Freddy Villanueva est mort tandis que deux autres jeunes ont été blessés.

Jusqu'ici, la SQ a indiqué avoir rencontré une trentaine de témoins, dont les membres de la famille de la victime. Une dizaine d'autres témoins seraient encore à voir, dont les deux policiers impliqués dans l'incident. Aucune accusation n'a été portée jusqu'à présent.


Vos réactions


L'absente - par Robert Beauchamp (r.b@videotron.ca)
Le mercredi 13 août 2008 16:00

Une enquête approfondie et un résultat rapide, un paradox... - par Jacques Gagné
Le mercredi 13 août 2008 11:00

4 jours pour préparer une défense!! - par jacques noel
Le mercredi 13 août 2008 08:00

Deux point importants - par Pierre-Yves Pau
Le mercredi 13 août 2008 07:00

De l'huile sur le feu - par Eric Allard (eralar@hotmail.com)
Le mercredi 13 août 2008 07:00

Ce que les pouvoirs en place et la majorité ne savent pas... - par Jacques Morissette
Le mercredi 13 août 2008 04:00

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