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Le modèle du communautarisme peut nuire à l'avancement professionnel des immigrants
Un modèle de communautarisme qui sous couvert d'ouverture envers la diversité encourrage la ghettoisation et le maintient d'habitudes et de façon de voir mal adaptées à la société d'acceuil est un cadeau empoisonné fait aux minorités. On leur donne ce bonbons de la facilité, le communautarisme, qui a pour effet de les maintenir au bas de l'échelle. Certains diront que peut-être les personnes concernées préfèrent-elles leur identité à la prospérité, mais la majorité de ceux que je connais accordent plus d'importance à un emploi décent qu'à la race ou la religion. C'est généralement la pauvreté qui les fait se replier sur l'identité, et non l'inverse. D'autres diront qu'ils ne devraient pas avoir à choisir entre identité et prospérité, ce qui est vrai dans un monde idéal, mais dans le monde réel, les forces aliénantes du marché rendent cela quasi-impossible et j'expliquerai pourquoi. Indépendemment des questions culturelles, qui n'a pas eu à faire des compromis sur ses valeurs et opinions pour obtenir ou conserver un emploi ? Eh bien, c'est la même chose.
Je n'affirme absolument pas que certaines cultures soient supérieures à d'autres. La question ici est de savoir si certaines habitudes culturelles et pire, le fait de vivre parmis des personnes de la même minorité, est ADAPTÉ et favorise le succès dans la société d'accueil. Il ne s'agit pas de la supériorité absolue d'une culture--ce qui n'existe pas--mais de la supériorité d'une culture EN UN LIEU DONNÉ et de L'ACCÈS à une culture déjà dominante.
Posons quelques évidences pour circonscrire de quoi il s'agit:
1-80% des emplois ne sont jamais annoncés et sont connus par réseautage, par le bouche à oreille;
2-Même pour un emploi annoncé, il est probable qui si le décideur a vent qu'une de ses relations ou quelqu'un recommendé par telle relation, veut l'emploi et est raisonnablement compétente pour le poste, il préférera embaucher cette personne, et ce, même face à une personne PLUS compétente mais qui lui est INCONNUE;
3-Les relations qu'on a ont beaucoup d'influence sur son futur social, académique, professionnel, juridique et politique;
4-La ghettoisation, voire la simple préférence pour des amis de son propre groupe dans le cas de minorités DÉFAVORISÉES, nuit à la possibilité de se faire des relations parmis ceux qui peuvent nous aider à avancer sur le plan socio-économique;
5-Certaines activités, intérêts et goûts bénéfient de ce qu'on appelle la "désirabilité sociale" ou, à l'inverse, souffrent d'une "indésirabilité sociale". La désirabilité sociale, je vous rassure, ne se rapporte pas à l'utilité pour la société. Elle se rapporte au PRESTIGE asscocié. Ainsi, par exemple, certains immigrants donneront des prénoms canadiens-français à leurs enfants. Il ne s'agit pas de dire que les activités, intérêts, et goûts des personnes concernées sont inférieurs ou supérieurs, mais que néanmoins, ça peut fermer ou ouvrir des portes. À moins d'y être vraiment excellent et de décrocher une bourse d'équipe universitaire américaine, le fait est que le basketball ouvre moins de porte que le golf. On ne pénètre pas non plus dans une réception du Barreau de New-York habillé en rappeur. Il faut non seulement un tuxedo, mais il faut aussi les manières de bouger, regarder, parler et les sujets de conversation et façons de penser qui viennent avec le tuxedo. C'est très injuste, mais c'est comme ça.
6-Nous vivons dans une société néo-libérale ou tout ce qui précède a de plus en plus d'importance. Loin de s'améliorer, la situation empire dans cette société où le réseau remplace la pyramide, où les connaissances remplacent les formulaires de demande d'emploi, où on remet souvent son CV par formalité à quelqu'un qu'on connait et qui a déjà la volonté de nous embaucher, où la mobilité professionnelle devient le principe, etc. Même dans un état-providence et légaliste fort, il était difficile, voire impossible de supprimer ces discriminations informelles et subtiles car il faudrait pour cela dicter aux gens quoi et qui aimer, qui fréquenter et avec qui faire affaire. Il faudrait un état communiste et encore que les communistes procèdent plutôt en éliminant la diversité...
7-Une lecture attentive de la Charte québécoise montre que celle-ci n'interdit pas le racisme dans ses relations personnelles (on est pas obligés d'être ami avec des gens d'autres communautés) et n'interdit pas aux CLIENTS de faire de la discrimination; l'interdiction pèse sur le vendeur/fournisseur de service de discriminer mais pas sur le client. Le travailleur autonome est une entreprise, donc ceux qui lui donnent su travail sont des clients et peuvent faire de la discrimination. Pareillement, l'obligation d'accommodement n'oblige pas une firme à tenir ses rencontres d'affaire à un match de basketball plutôt qu'à une partie de golf et n'empêche pas vraiment un employeur ou un co-contractant de préférer fréquenter des personnes présentant des manières d'agir et de parler typiques de son propre groupe. Elle est limités à des choses comme le droit de s'absenter pour congé religieux ou le port d'un signe religieux. Les juges hésitent à imposer des changements qui reviendraient à dire aux gens quoi aimer. Aussi, les juges pourraient, face à des demandes empiétant aussi profondément sur le tissu social (un hidjab ou une kippa sont finalement bien superficiels), s'en tirer en recourrant à la distinction jurisprudentielle entre les choses qu'on peut changer et celles qu'on ne peut pas changer. Ils pourraient dire que le golf, ça s'apprend, tout comme le body language et les sujets de conversation. Bref, la charte n'est pas utile pour les biais affectant les minorités dans le recrutement INFORMEL et cet important outil de développement professionnel qu'est le réseautage.
Il est malheureux de devoir proposer une forme d'assimilation, mais face à une réalité sociale réfractaire aux législateurs, et ce, même lorsqu'ils sont totalitaires (ex.: Mussolini n'est jamais parvenu à éliminer la mafia et Staline n'est pas parvenu à supprimer la pratique religieuse sous-terraine, hors lieux de culte), le fait demeure que l'illusion de ne pas avoir à changer et de pouvoir continuer à "se tenir" avec des gens des mêmes origines constituent des pièges du communautarisme ghettoisant (et le modèle Français, bien qu'en théorie assimilationniste, est en fait plus communautariste: durant les années 60, on a décidé de creer des banlieu exprès pour les immigrants sous couvert d'en faire des zones de transit temporaire où les immigrants pourraient graduellement apprendre à être Français avant d'aller vivre ailleurs en France. La vérité est qu'ils demeurent coincés dans ces banlieux. Ce sont des ghettos délibérés, ce qui n'est vraiment pas assimilationniste du tout). Ces pièges jumaux favorisent la stagnation socio-économiques de leurs victimes. Ils nuisent au recrutement informel en lançant aux victimes le message trompeur qu'elles n'ont pas à changer pour ensuite se heurter cruellement aux réalités du recrutement informel et de la "désirabilité sociale".
La réalité de la vie en société LIBÉRALE est qu'il faut y apprendre jeune à lire les normes implicites cachées derrière un discours qui voudraient nous faire croire qu'on peut faire, dire, penser et être ce qu'on veut, le discours de l'authenticité, alors qu'en fait, il faut feindre l'authenticité et l'unicité en étant CONFORME À SA FAÇON, c'est-à-dire se présenter comme unique mais en réalité incarner les même idiosyncrasie que toute ces autres "individus" "authentique" et "unique". L'illusion du multiculturalisme participe de cette dynamique d'attentes dissimulées derrières une certaine conception de la liberté et de l'affirmation personnelle.
Si on veut vraiment aider les immigrants et leurs enfants à réussir dans cette société-ci, il faut d'abord cesser de leur mentir avec le multiculturalisme.
