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ENFIN !
Dans ce grand monde des plus complexes où circulent les arts pluriels et leurs dérivés, il y a eu des monstres que l'on a sacrés et monumentalisés. Et, Picasso en est une illustration. Certains commanditaires de la plus snobe des bourgeoisies de l'époque ont fait de l'excentricité de cet être invivable et effrontément grotesque, une affaire d'or. Une affaire de rentabilité commerciale et pyramidale, montée en épingle. Pure exploitation spéculative du négativisme et du jemenfoutisme. Il n'y a eu que Picasso pour plaquer un troisième oeil dans le front d'une défigurée et pour réaliser que certains punchés abrutis de l'époque et d'aujourd'hui encore, se l'arracheraient et se l'arrachent toujours à coups de millions. Dans le vaste domaine des expressions artistiques, pleuvent à déborder les fabricants de ce qui n'a pas grand-chose, sinon rien du tout à voir avec la création d'oeuvres qui sont manifestement particulièrement distinctives et qui voisinent le sublime intemporel. Aux époques fastueuses et glorieuses de la misère blanche comme aux époques malheureuses et dévastatrices de la misère noire, les oubliés de la créativité artistique, si inspirée et géniale fut-elle et soit-elle encore, ont crevé de faim. Ils ont crevé de faim, parce qu'ils n'avaient pas de «gérants téteux», ni de «promoteurs crasseux», ni «d'entremetteurs maffieux», ni de «profiteurs et agents multiplicateurs tordus» qui savaient comment ouvrir les portes donnant accès aux commandites gouvernementales qui, elles aussi, sont maintenant devenues scandaleuses ou objets d'un scandale qui n'a que trop duré. Pour arriver à satisfaire leurs faims, les radicaux-marginaux devront plutôt chercher à recruter un Gagliano, un Guitté, un Brault ou un Coffin, pour le remboursement de leurs facturations pompeuses.
Ce que crée Robert Lepage est génial et donne des ailes au Québec et au Canada. Il avait un talent fou et une détermination à l'épreuve de tout. Il est richissime tout comme l'est devenu Laliberté du Cirque du Soleil qui, lui non plus, ne nuit surtout pas à la conservation du patrimoine artistique et culturel du Québec et du Canada et qui prend sa cote part de l'éclat des retombées constructives. Mais le problème majeur d'une certaine génération montante devenue très lourde à supporter comme à endurer, vient du fait qu'ils veulent tous devenir riches et richissimes, avant même de commencer, sans prendre le temps requis ni consentir le moindre effort, tout en prenant pour acquis et sans complexe, surtout, que tous les cabots et avortons de leurs accouchements bâclés et tout croches tiennent du génie.
Joignant les rangs d'une majorité (qui ne fera pas l'effort de l'afficher) je m'oppose, haut et fort et m'opposerai catégoriquement à ce que les argents de mes impôts et de mes taxes servent à graisser le discours putschiste, la tenue et l'allure générale des tenants du refus global de la société canadienne et québécoise. Que ceux et celles qui ont le culot de prétendre qu'ils peuvent cracher sur tout et vomir sur tout le monde, aient recours aux fortunes des banquiers de leur itinérance et de leur déambulance bancales. Bien que nous soyons dans une société de droits et de libertés surtout, allons donc voir si les marginaux, les radicaux, les crâneurs, les casseurs et les baveux tous azimuts sont prêts à s'installer en Chine ou en Russie, en Ossétie du Sud ou à Haïti, si les gouvernements québécois et canadien, par excès de générosité, défrayaient les coups de leur transport... On en a plein le dos de voir augmenter quotidiennement le nombre des honnêtes gens du troisième tiers de la classe moyenne et ceux de la classe des démunis, en arracher et crever de faim alors que réclament d'être subventionnés les «grandes gueules» qui ont des tribunes de visibilité, des scènes et des micros pour cracher à tous vents et sans vergogne, leurs postillons atrabilaires et leurs excrétions libertaires, à la face des citoyens et de ceux et celles qui les gouvernent.
J'arrive à peine d'une longue visite à Plein Art, à Québec. Un véritable film en direct de l'émergence du talent tout aussi créatif que créateur. Ça fourmille d'imagination, d'inspiration et de consécration aux beaux arts artisanaux. C'est peut-être vers ces créateurs, manifestement doués et en pleine possession de savoirs, de savoir-faire et de SAVOIR-ÊTRE remarquables, qu'il faut se tourner. Ce sont des artistes du beau et du génial qu'il faut encourager, en meublant les espaces de notre existence, de quelques unes de leurs pièces raffinées et peaufinées. J'y ai rencontré des artistes de l'Europe de l'Est, entre autres, qui sont venus s'intégrer très harmonieusement et sans réclame d'accommodements, à la communauté québécoise, pour y pratiquer leur art. Ils semblent très heureux et très loin des piquets et haut-parleurs des radicaux dont vous faites état, à très juste titre et de façon très pertinente, dans votre chronique de ce jour.
Bref, quand Pierre Falardeau ou, mieux encore, quand Pierre Curzy, la grande gueule du groupe « Fuck Paul McCartney and the Queen » sera président ou vice-président de la république, il distribuera, comme il l'entend, les peanuts du fond de son tiroir «d'engagements et promesses» verbeux, tous aussi facétieux que stupides, adressés aux Falardeau et marginaux éberlués, aux Mervil et patriotards Templiers de son Ordre, aux radicaux et farfelus entartistes de sa culture «à la subvention et à la con». Nous serons alors retournés à l'ère des cavernes, à cette époque québécoise du «TOÉ, TAIS-TOÉ, C'EST MOÉ PIS MES CHUMS QUI RUN». Ce fut l'époque des années 50 que j'ai connue, mais à laquelle j'ai échappé et que jamais je ne voudrai revivre.
Gerry Pagé
Ville de Québec
