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L'art pris comme une bière qu'on subventionnerait...

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jean-philippe baillargeon
Envoyé Le samedi 09 août 2008 13:00



... tant que les habitants de ce beau pays vont consommer l'art comme un divertissement et pas un médium d'expression ancré dans le temps où il est créé, donc contemporain de son époque voire historique, les artistes québécois et canadiens seront condamnés à s'exporter pour que leur talent soit reconnu dans des pays qui ont un autre rapport à l'art.

Si l'art est ici considéré comme destiné à une élite «de péteux de broue qui peuvent se payer une toile pour bénéficier de déductions fiscales», je crois qu'on nous a mal éduqué.

On a beau dire ce qu'on voudra, quand on revient au bureau après un show, on aime s'identifier à un artiste qu'on a vu. La preuve, on aime à retourner l'entendre ou le revoir. D'accord on consomme des mp3 ou des disques mais c'est d'abord parce qu'on aime. Pour la même raison, il nous arrive d'avoir un univers d'auteurs qu'on chérisse dans notre bibliothèque, et on ne peut réfuter que notre bibliothèque nous représente... alors qu'en est-il réellement de l'art qu'on considère un divertissement? N'y-a-t-il pas là une relation sous-jacente à interpréter entre le fait qu'on aime les créations musicales d'un groupe qui porte un nom choquant mais qui décrit la réaction qu'on a quand on entend l'élaboration du rythme et de la mélodie? Je veux dire Holy Fuck. En français, on pourrait dire "Wow! Putain! Ayoye! Houlà! Morbleu! Je suis estomaqué!". Et Morbleu est un blasphème.

On est tellement inondé de publicité et de marketing efficace qu'on est toujours surpris de voir un logo de la SODEC ou d'un programme du gouvernement du Canada sur des disques de Patrick Watson, Karkwa, tricot machine, Jean-Leloup et Jean-Leclerc, les vulgaires machins, etc.

On est trop peu en terme de population et trop peu reconnaissant de notre rapport à l'art pour laisser crever l'envie de gens qui transmutent des images et des émotions en gestes, en image, en son et en mouvement.

On pourrait très bien considérer que l'art se cantonne à quelque chose de populaire ou folklorique et qu'il doive se façonner pour être vendable de lui même... mais je ne crois pas non-plus que des sculpteurs de petits mexicains qui pêchent en plâtre, des peintres de pneus «peinturés blanc» pour égayer des plates-bandes ou des tisseurs de souvenirs caribéens puissent bien vivre de leur forme de création qu'on considérerait comme des curiosités inutiles ou jetables.

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