Festival international de littérature - L'invincible chevalier des assoiffées
Mots clés : Erri De Luca, Don Quichotte, en paroles et musique, Musique, Culture, Québec (province)
Don Quichotte, en paroles et musique

L’auteur du livre Montedidio, lauréat du prix Femina étranger 2002, explique pourquoi il appelle le personnage de Cervantès Quichotte, plutôt que Don Quichotte. «C’est plutôt une moquerie de l’appeler “Don”. Le titre “Don” ne lui a épargné aucune insulte, défaite ou humiliation.»
L’écrivain Erri De Luca, le chanteur et guitariste Gianmaria Testa et le clarinettiste Gabriele Mirabassi, amis dans la vie, se retrouvent sur scène autour d’une table et d’une bouteille de vin rouge. Une quatrième chaise est posée autour de la table pour Quichotte, «parce que nous croyons qu’il y a toujours un Quichotte dans une salle, dans un théâtre», dit l’écrivain. Quichotte et les invincibles n’est pas vraiment un spectacle, précise-t-il, mais une conversation, un récit musical. «Il faut dire qu’on n’est pas comédiens, ni Erri De Luca, ni Gabriele Mirabassi, ni moi, donc on est tout simplement nous-mêmes sur scène», mentionne Gianmaria Testa.
Invincibles
Le point de départ du récit: un poème du Turc Nazim Hikmet, qui qualifiait Quichotte d’«invincible chevalier des assoiffés». «“Invincible” est un adjectif improbable pour Quichotte, lui qui a toujours été vaincu. Mais un invincible, pour Hikmet et pour nous, ce n’est pas celui qui gagne toujours, c’est celui qui ne se laisse jamais abattre, décourager, mettre en déroute, c’est celui qui subit toutes les défaites possibles, mais qui est toujours prêt à se relever et à se battre à nouveau», explique Erri De Luca. «Une telle personne est littéralement invincible, parce qu’elle ne peut pas être vaincue une fois pour toutes.»
De Luca a écrit des textes autour de cette notion d’invincibilité et a choisi d’intégrer au récit des poèmes ou des textes de Hikmet, de Cervantès, du poète bosniaque Izet Sarajlic, de Giuseppe Ungaretti, de Bertolt Brecht, du poète espagnol Rafael Alberti, de Boris Vian et de la poétesse russe Anna Akhmatova. Certains ont été mis en musique. Il ne s’agit toutefois pas d’un concert, précise Gianmaria Testa. «C’est vraiment trois copains qui se retrouvent autour d’une table; chacun à sa manière raconte l’invincibilité des hommes», dit-il.
Erri De Luca considère les exilés comme des invincibles. «Les “migrateurs”, ces hommes et ces femmes qui se déplacent à pied de par le monde pour nous rejoindre, ne se laissent décourager par aucune expulsion ni par aucun naufrage. Ils sont invincibles, parce qu’ils ne peuvent pas être rejetés ou vaincus une fois pour toutes.»
Le récit musical traite successivement de l’amour, de la guerre et de la captivité. Pour Erri de Luca, les hommes et les femmes dont le couple dure toute la vie sont des invincibles, de même que le poète bosniaque Izet Sarajlic, qui est resté à Sarajevo lors du siège de la ville, au moment de la guerre en ex-Yougoslavie. Pour lui, les prisonniers qui savent conserver leur force même dans les pires conditions de détention sont aussi des invincibles.
Erri De Luca, Gianmaria Testa et Gabriele Mirabassi ne se considèrent pas eux-mêmes comme des invincibles. Plutôt qu’à Quichotte, c’est à son cheval, Rossinante, qu’ils s’identifient, dit De Luca. «Nous sommes des gens qui ont plutôt été chevauchés par des Quichotte de bonnes causes qui nous ont monté sur le dos et qui nous ont emmenés vers quelque destination», explique l’écrivain. «Nous ne nous considérons pas comme des gens engagés, mais plutôt comme des personnes qui, au moment nécessaire, ont pris des engagements», ajoute De Luca, qui a par exemple été conducteur de camions pour une organisation humanitaire durant la guerre en ex-Yougoslavie. Il a alors fait la connaissance du poète Izet Sarajlic, avec qui il s’est lié d’amitié.
Humour et amitié
Le récit Quichotte et les invincibles n’est pas que sérieux, précisent Testa et De Luca. Certains passages sont aussi empreints d’humour. «Erri est de Naples; les Napolitains, heureusement, sont capables de rire et de faire rire, malgré tous les problèmes qu’ils ont», dit Testa. Les histoires de Quichotte sont aussi comiques par moments, grâce à son compagnon d’aventures, Sancho Panza, souligne pour sa part De Luca. «Dans notre cas, Sancho, c’est le côté napolitain.» La représentation sera en français et des textes ou passages en italien, en espagnol ou en hébreu seront traduits à mesure.
Si les livres d’Erri De Luca ont traversé l’Atlantique, il s’agira pour lui d’une première présence au Québec. Gianmaria Testa et Gabriele Mirabassi ont pour leur part déjà donné des concerts ici. Testa a notamment pris part au Festival international de jazz de Montréal en juin dernier. Le chanteur et le clarinettiste se connaissent et collaborent depuis bon nombre d’années. Leur rencontre avec Erri De Luca est plus récente. Ils l’ont d’abord connu à travers ses livres, qu’ils apprécient beaucoup. Ils ont communiqué avec lui et une amitié a germé.
Gianmaria Testa dit que De Luca et lui sont désormais comme des «frères». L’écrivain explique pour sa part que l’amitié entre Gianmaria Testa, Gabriele Mirabassi et lui est à l’origine de Quichotte et les invincibles. Les représentations, d’abord en Italie, puis en France, devaient avoir pour résultat de renforcer leur amitié. «On s’était dit que, si notre amitié commençait à décroître, on arrêterait. Jusqu’à maintenant, elle a grandi. C’est quelque chose qui transparaît et que les personnes qui viennent nous écouter peuvent ressentir», dit Erri De Luca. «C’est en somme une affaire d’amitié au nom de Quichotte.» Pour Gianmaria Testa, il s’agit aussi au fond d’une rencontre et d’une conversation avec le public.
***
Collaboratrice du Devoir
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

