Et puis euh - Ce n'est pas de la politique
Mots clés : Jeux olympiques, Sport, Canada (Pays), Chine (République populaire) (Pays)
Demain, ce sera le début des Jeux de la XXIXe olympiade d'été. En fait, non. Voilà ce que les autorités mondiales qui complotent dans votre dos voudraient vous faire croire, mais c'est faux. Les Jeux olympiques de Pékin ont déjà commencé. Même qu'en football féminin, le Canada a remporté hier son premier match dans la poule E, 2-1 contre l'Argentine. Cela signifie que, si la tendance fait preuve d'un peu de maintien, le Canada remportera 250 médailles d'or et pourra enfin reconquérir son statut de meilleur pays du monde pour y vivre et pour y être un champion. Mais ne vous faites pas trop d'illusions, cela ne se produira pas. Vous verrez comment elle croulera sous la pression, la tendance, quand le Canada affrontera la Chine samedi. Car la Chine possède une meilleure équipe, elle profite de l'avantage de la glace et, de toute manière, tout ça est sans doute arrangé.
Donc, mardi, quatre cyclistes américains -- pour la petite histoire, Michael Friedman, Sarah Hammer, Bobby Lea et Jennie Reed -- débarquent à l'aéroport de Pékin en portant un masque destiné à se protéger de l'air apparemment vicié, on le saura, de la capitale chinoise. «Better safe than sorry», explique Friedman, qui dit à peu près qu'il ne s'est pas entraîné toute sa vie pour venir échouer en raison de poumons souffreteux dans un nuage de smog. «Et puis, ajoute-t-il, quand ils nous ont remis les masques, ils ne nous ont pas dit de ne pas les porter.»
«Ils», c'est le comité olympique américain (USOC). Qui s'est aussitôt retrouvé avec une pomme de terre brûlante entre les mains.
Car évidemment, au Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de la République populaire de Chine, et sans doute ailleurs aussi, ils ne l'ont pas trouvée particulièrement rigolote. Dès lors, il a dû y avoir de sérieux téléphones qui ont dû être logés, comme chantait le poète.
Des téléphones de la Chine vers les USA, mais aussi des USA vers les USA. Tenez, si on n'avait crainte d'exagérer, ça nous rappellerait la fois que John Carlos et Tommie Smith avaient brandi le poing ganté de noir à Mexico. Mais eux avaient été placés dans le premier vol en partance. Dans le cas présent, les cyclistes se sont nul doute fait servir du «pas fort, Hector», mais des excuses, semble-t-il, suffiront.
«Ils ont fait preuve d'un excès de prudence», a commenté, en une superbe litote que je me promets d'utiliser un jour en mentionnant la source, le grand patron de l'USOC, Jim Scherr. Quant aux athlètes, ils en ont été quittes pour rédiger eux-mêmes, au crayon à mine selon des informateurs, un communiqué: «À la suite de notre arrivée à Pékin, nous offrons nos sincères excuses au BOCOG [le comité organisateur des Jeux], à la Ville de Pékin et au peuple chinois si nos actes ont pu de quelque manière être offensants. Ce n'était pas notre intention. Nous regrettons profondément nos choix. Notre décision n'avait pas pour but d'insulter le BOCOG ni tous ceux, innombrables, qui ont déployé des efforts considérables pour améliorer la qualité de l'air de Pékin.» Tiens donc, better sorry than safe...
Pourquoi tous ces sparages? Parce que la qualité de l'air en Chine, raconte-t-on, est une question politique. Or, messieurs dames, aussi bien que vous le sachiez avant que les Jeux commencent pour vrai, il n'y a pas de politique aux Jeux olympiques. Le sport et la politique, ça ne se mélange juste pas. Les hymnes nationaux, au fond, c'est rien que de la belle musique. Les pays représentés qui s'affrontent, c'est rien que pour faire de la fraternité par-delà les frontières.
Quand le Comité international olympique a donné les Jeux à Pékin, ce n'était pas de la politique. Quand George W. a accueilli des athlètes à la Maison-Blanche, il y a quelques jours, et qu'il leur a dit qu'ils s'en allaient en Chine en tant qu'«ambassadeurs de la liberté», ce n'était pas de la politique. Et, quand, hier, les autorités chinoises ont retiré son visa 24 heures avant son départ à Joey Cheek -- patineur de vitesse médaillé d'or à Turin, cofondateur de Team Darfur, un regroupement d'athlètes (dont quelque 70 participeront aux Jeux) oeuvrant dans la sensibilisation au conflit qui perturbe le Soudan, où la Chine s'approvisionne en pétrole, c'est très, très compliqué --, comprenez-vous que c'est justement pour qu'il n'y ait pas de politique?
Enfin. La thèse en question, évoquée par Sports Illustrated, est la suivante: si les Américains sont si prompts à s'excuser, c'est qu'ils craignent des représailles pendant les Jeux. Les États-Unis et la Chine se livreront une course féroce aux médailles et, sait-on jamais, si le pays hôte exerçait un certain contrôle sur des juges ou des arbitres... Et ça non plus, ce n'est pas de la politique. C'est du sport.
Vos réactions
Plus bas, plus faible, plus corrompu! - par bernard st-amour
Le jeudi 07 août 2008 19:00
USOC ou bien You Suck??? - par Olivier Arsenault
Le jeudi 07 août 2008 18:00
Le sport est un jeu - par Marc Perron
Le jeudi 07 août 2008 14:00
je retiens mon souffle - par Normand Chaput
Le jeudi 07 août 2008 08:00
Ca parait qu'on n'est pas en Chine - par Jean Le May
Le jeudi 07 août 2008 06:00

