Le bourbier
Mots clés : George W. Bush, Gouvernement, Économie, États-Unis (pays)
Lorsque Bill Clinton a remis les clés de la Maison-Blanche à George W. Bush en janvier 2000, le baril de pétrole se négociait en dessous des 20 $, l'inflation était maîtrisée alors que la croissance du PIB était plus qu'honorable. Quoi d'autre? Sur le front budgétaire, l'État avait dégagé trois surplus consécutifs. En moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, cet héritage a été dilapidé.
Bush a agi de la sorte alors qu'une étude largement commentée mettait en relief les effets pervers de cette politique. En effet, après avoir analysé les flux financiers conséquents aux avantages fiscaux accordés par Reagan, un économiste de l'Université Warwick au Royaume-Uni avait constaté qu'avec l'argent récolté les riches achetaient des Porsche ou des BMW, buvaient français et s'habillaient italien ou vice versa. En clair, ces déductions s'avéraient une subvention indirecte à l'industrie européenne du luxe ou, si l'on préfère, un encouragement à l'exportation de capitaux.
Passons sur certains épisodes pour mieux retenir ce commentaire du vice-président Dick Cheney: «Reagan a fait la preuve que le déficit budgétaire n'est pas un problème politique.» C'est donc ainsi que le deuxième personnage de l'exécutif américain justifiait le laisser-aller en la matière. Il est vrai que personne n'ayant intérêt à ce que les États-Unis s'écroulent économiquement, les étrangers, notamment l'Allemagne, la Chine et le Japon, ont acheté des milliards et des milliards de dettes Made in USA.
Toujours est-il que cette irresponsabilité s'est traduite par une suite de records en matière budgétaire. Pour l'exercice en cours, la Maison-Blanche prévoit un déficit de 482 milliards, soit le record des records en termes absolus. Le plus terrible, c'est que les dépenses afférentes aux opérations militaires en Irak et en Afghanistan et au plan de soutien aux propriétaires immobiliers ne sont pas consolidées dans ce chiffre. Entre autres conséquences macro-économiques, cette politique a eu la suivante: pour beaucoup d'investisseurs étrangers, l'euro a remplacé le dollar comme valeur refuge quand ce n'est pas le pétrole.
L'exemple du je-m'en-foutisme, il n'y a pas d'autre terme, venant d'en haut, l'univers de la finance s'est transformé en une cour des miracles fréquentée uniquement par des aigrefins. Le dernier d'entre eux? Richard F. Syron, président de Freddie Mac. Dans un long article publié hier dans le New York Times, on apprend que le patron de la gestion du risque au sein de ce mastodonte hypothécaire avait rédigé en 2004 une note de service dans laquelle il prévenait la haute direction des dangers inhérents aux subprimes. Il suggérait une modification de la stratégie conçue pour le développement de Freddie afin de ne pas exposer sa santé financière aux contrecoups qu'il disait inévitables si rien n'était fait.
Plutôt que d'écouter la voix de la prudence ou plutôt de la saine gestion, Syron a cultivé l'indifférence. Comme certains de ses homologues de CitiGroup, Merrill Lynch, Bear Stearns et autres, il a préféré poursuivre cette fuite en avant pour la bonne et simple raison que cela était beaucoup plus payant... pour lui! Entre 2003 et aujourd'hui, M. Syron a perçu 38 millions de primes accordées à titre de performance. Pendant ce temps, la capitalisation boursière de Freddie Mac a fondu de... 80 milliards. Bonjour les dégâts!
Aujourd'hui, le pauvre Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, est pris entre l'arbre et l'écorce. Il est confronté au Janus de l'économie. Côté pile, il doit combattre la récession. Côté face, il doit affronter les pressions de plus en plus marquées de l'inflation. Pour l'instant, il concentre les outils à sa disposition à la lutte contre la récession. Hier, il a décidé en effet de ne pas augmenter le loyer de l'argent pour ne pas ajouter aux déboires découlant de l'éclatement de la bulle immobilière.
En attendant, souhaitons que les pouvoirs réclamés par le gendarme de la Bourse et par certains procureurs fédéraux soient rapidement accordés afin que les responsables de ce bourbier financier, ce gâchis économique, répondent enfin de leurs actes.
Vos réactions
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