La taxe sur la malbouffe est de nouveau au menu
Mots clés : taxe, malbouffe, Alimentation, santé, Québec (province), France (pays)
Deux organismes français recommandent le recours à ce moyen pour lutter contre l'obésité

Photo: Agence Reuters
Le projet, soutenu par l'Organisation mondiale de la santé depuis 2004, a d'ailleurs été caressé dans les dernières années au Québec où, cet automne, ce concept de surcharge fiscale sur le gras, le sucre et le débordant de calories vides pour enrayer la surcharge pondérale n'est peut-être pas voué au même regain de popularité.
«Dans les dernières années, nous avons un peu laissé tomber l'idée d'une taxe pour contrôler la consommation de certains aliments, a indiqué hier au Devoir Lyne Mongeau, spécialiste de l'obésité et de la santé publique au ministère de la Santé du Québec. Car il y a trop d'inconnues.»
En France, en revanche, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'Inspection générale des finances (IGF), souhaitent visiblement ce retour de la taxe à la malbouffe... au coeur du débat public, pour commencer.
Dans un rapport remis à deux ministres (budget et santé) au début du mois de juillet, les deux organismes recommandent en effet au gouvernement français d'adopter une telle mesure, dans une logique de santé publique. «Si le déséquilibre alimentaire encore constaté aujourd'hui devait perdurer, il est peu douteux que la prévalence des troubles et pathologies chroniques augmentera et rendra peu soutenable l'avenir du financement de la protection sociale», écrivent-ils dans ce document sur lequel le quotidien d'informations économiques a mis la main dans les derniers jours. La sortie officielle de ce rapport gouvernemental est prévue fin août.
«Il convient clairement de présenter cette action fiscale comme une mesure de financement de l'assurance maladie, produisant par ailleurs un effet de signal à l'égard des consommateurs et des industries agroalimentaires», poursuivent les auteurs.
Pour qui sonne le gras
L'enjeu est de taille. Dans ce bastion de la gastronomie, en effet, les habitudes alimentaires se détériorent depuis quelques années. Conséquence: sur les 64,5 millions d'habitants, le nombre de personnes obèses est passé de 3,6 millions à 5,9 millions entre 1997 et 2006. Pis, la surcharge pondérale dans son ensemble touche désormais 41,6 % de la population. Un drame, selon l'IGF et l'IGAS qui préconisent donc de «recourir aux outils fiscaux disponibles» pour «majorer la fiscalité de produits dont la consommation devrait être modérée.»
Éprouvé sur le tabac dans les dernières années, ce concept de taxe à la malbouffe fait partie des nombreuses pistes explorées par l'OMS pour faire fléchir les courbes de l'obésité et des nombreuses maladies qui vont généralement de pair (diabète, troubles cardio-vasculaires, cancers, etc.) partout dans le monde. Dans son document Stratégie mondiale pour l'alimentation, l'exercice physique et la santé, dévoilé en mai 2004, l'organisme international évoquait d'ailleurs l'usage de ces incitatifs fiscaux pour faire grimper la consommation d'aliments sains et faire dégringoler celle de nourriture dont l'abus peut parfois être délétère.
«Les prix ont des répercussions sur les choix des consommateurs, écrivaient alors les auteurs de cette Stratégie. L'État peut influencer les prix moyennant des taxes, des subventions ou la fixation directe des prix de façon à promouvoir une alimentation saine et l'exercice physique tout au long de la vie.»
Québec y a d'ailleurs cru en 2005. Jean-Marc Fournier était alors ministre du Sport. Selon lui, une telle taxe aurait même pu servir à financer les infrastructures de loisirs et de sports, sur le modèle du «prendre aux gros» pour «donner aux minces». L'idée a été reprise au vol un an plus tard par les jeunes libéraux du Québec, mais aussi par l'Association médicale canadienne qui a appelé également dans les dernières années à une taxe sur les «calories vides». En vain.
«La pensée a évolué sur cette question, résume Mme Mongeau. L'efficacité nutritionnelle d'une telle taxe n'a pas été démontrée par des études sur l'élasticité des prix dans le domaine alimentaire.» Bref, une hausse des prix des boissons gazeuses, si elle séduit les porteurs de messages en santé publique, peut ne pas s'accompagner nécessairement d'une chute de la consommation de ces boissons.
Dans ce contexte, Québec a donc préféré, depuis deux ans, changer son fusil d'épaule en tentant plutôt d'influer sur l'offre des aliments, «par l'entremise de politiques alimentaires», souligne Mme Mongeau. «C'est une mesure dont la portée est sans doute plus significative. Nous avons commencé à mettre en oeuvre ces politiques dans les écoles. Cela devrait suivre dans les hôpitaux et dans les entreprises», dit Mme Mongeau.
Sans surprise, un sondage commandé par Le Devoir en 2004 sur les perceptions des consommateurs au sujet de l'obésité avait révélé que 66 % de la population était foncièrement contre toute idée de taxe sur la malbouffe.
Au Canada, entre 1978 et 2004, le taux d'obésité est passé de 14 % à 23 % pour toucher désormais 5,5 millions de personnes, selon Statistique Canada. Au total, obésité et embonpoint -- les coulisses de l'obésité -- frappent désormais 60 % de la population canadienne. Dramatiquement, selon les spécialistes de la santé, les jeunes de 2 à 17 ans voient le nombre de gros se multiplier plus vite dans leurs rangs que dans le reste de la population.
Vos réactions
Ridicule - par Lucien Vallières
Le mercredi 06 août 2008 20:00
Pas seulement - par Isabelle Mondou
Le mercredi 06 août 2008 17:00
Infiltration... - par Guy Fafard
Le mercredi 06 août 2008 09:00

