Charest modère les jeunes libéraux

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Antoine Robitaille
Édition du lundi 04 août 2008

Mots clés : Jean Charest, Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, Jeunesse, Parti politique, Québec (province)

Les propositions controversées de la Commission-Jeunesse «chemineront dans les instances»

Sherbrooke -- Jean Charest a poliment désavoué les jeunes libéraux hier, lesquels venaient d'adopter des propositions controversées, notamment sur le bilinguisme obligatoire à 12 ans, des hausses radicales des droits de scolarité et un «rafraîchissement» de la démocratie syndicale. Le premier ministre a répété à de multiples reprises que ces propositions de la Commission-Jeunesse (CJ) allaient «cheminer dans les instances», soulignant au passage que «le gouvernement, lui, a ses responsabilités, va prendre ses décisions». Dans son discours de clôture du 26e congrès de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ), il avait soigneusement évité d'aborder les thèmes des résolutions de la CJ.

Samedi, à l'Université de Sherbrooke, les quelques 250 jeunes participants au congrès (sur 650 inscrits et non «presque 900», comme l'organisation l'avait soutenu vendredi) ont adopté à une forte majorité leur proposition d'instaurer une demi-année d'immersion anglaise obligatoire en 6e année -- non sans être passés à un cheveu d'entériner un amendement qui aurait généralisé la méthode à l'ensemble de l'enseignement primaire. Cela aurait rendu l'école primaire québécoise entièrement bilingue.

En point de presse, Jean Charest -- qui a peiné cette année à regagner des points dans les circonscriptions francophones -- a rejeté implicitement cette proposition sur le bilinguisme en insistant à de multiples reprises sur l'importance de la défense du français. «C'est pas une exagération, c'est pas une hyperbole de dire que c'est une mission sacrée de protéger, de s'assurer de la pérennité de la langue française au Québec», a-t-il martelé. Faisant référence à mots couverts aux jeunes, il s'est même dit d'avis que «les Québécois ne mesurent pas tout à fait ce qu'ils ont réalisé», en 400 ans d'histoire. «C'est quelque chose d'assez exceptionnel d'avoir pu vivre en Amérique du nord. D'avoir gardé notre langue et notre culture. C'est très important comme réalisation. Je veux que nous en soyons tous conscients parce que c'est un objet de fierté.» Dans son discours, il avait aussi tenu à rappeler que c'est le Parti libéral qui a fait du français la langue officielle du Québec en 1974.

Plus tôt, le président de la CJ, François Beaudry, dans un discours, avait déclaré que «le Québec est une province francophone». Bien qu'il faille en être fier, avait-il argué, cela ne doit pas «limiter» les Québécois, les empêcher de «s'ouvrir au monde», c'est-à-dire apprendre l'anglais. «Or, pour maîtriser l'anglais, l'immersion, ça marche!»

Le premier ministre n'a pas nié l'importance d'apprendre d'autres langues que le français. Mais il a dit qu'il fallait toujours avoir à l'esprit, d'abord, l'importance de protéger cette langue. Une fois cela rappelé, «il faut avoir la capacité de communiquer dans une autre langue», voire une troisième et même une quatrième. «L'avenir est là.» Pour ce faire, l'immersion en 6e année est-elle une option? «On verra selon les modalités», a-t-il répondu vaguement, avant d'ajouter: «Au besoin, elle fera l'objet d'une analyse par le ministère de l'Éducation.» La Commission-Jeunesse n'avait pas cru bon d'évaluer, ne serait-ce que sommairement, la mesure qu'elle proposait.

Froideur

La réaction du premier ministre aux autres principales propositions de la CJ ont été à l'avenant. Il a à peine évoqué l'idée de la CJ de tripler les droits de scolarité et d'instaurer un impôt universitaire en rappelant qu'il venait d'adopter, pour cinq ans, une politique sur le sujet. Celle-ci consiste à dégeler «de manière responsable» les droits de scolarité en les augmentant de 50 $ par session jusqu'en 2012. Et les propositions de la CJ? «Ça cheminera dans les instances», a-t-il répondu.

Quant à l'idée de «rafraîchir» la démocratie syndicale, sur laquelle les jeunes libéraux ont beaucoup insisté, il n'était pas difficile de lire entre les lignes de la réponse du premier ministre: «On a une bonne relation avec les instances syndicales et on travaille avec le leadership syndical. Ce sont des partenaires. Et ce sont des partenaires avec qui nous voulons travailler. S'il y a des changements qui sont proposés, on va le faire en consultant les partenaires sur le plan syndical.» Prenant carrément ses distances avec la résolution de la CJ, le premier ministre a souligné que son gouvernement n'avait pas «proposé ces changements-là» et que la résolution «cheminera dans les instances». La formule sonnait presque comme une antiphrase puisque, sur le vote secret obligatoire dans les syndicats, une proposition quasi similaire à celle adoptée cette fin de semaine -- et aussi déposée par les jeunes -- avait déjà été battue lors du congrès de mars.

Joint par Le Devoir samedi, l'ancien président de la CJ de 2004 à 2006, Simon Bégin (avocat, toujours membre de la commission politique du PLQ), a dressé un parallèle entre l'exécutif de François Beaudry, «inexpérimenté» et le gouvernement Charest du premier mandat. «La Commission-Jeunesse, c'est pour apprendre. Ils apprennent, comme le PLQ a appris depuis 2003. En politique, on ne peut pas toujours faire ce que l'on veut. Il faut des compromis socialement acceptables.»

Boucliers

«Il faut sans doute s'attendre à de nombreuses levées de boucliers face à ce qui sera adopté lors de Congrès-Jeunes», avait écrit le président de la Commission-Jeunesse, François Beaudry, dans le cahier de résolutions du congrès.

En effet, le congrès de la CJ a reçu plusieurs représentants des jeunes, hier. Le représentant du Comité jeunes de la FTQ, Dominic Lemieux, est venu sur place déplorer le «manque de sérieux» des jeunes libéraux, affirmant que deux de leurs propositions sur la protection des droits des syndiqués faisaient déjà l'objet de mesures précises dans le Code du travail.

La présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois, Isabelle Fontaine, en matinée, a soutenu que les jeunes libéraux proposaient la «destruction des acquis sociaux». «Il n'y a pas à dire, les jeunes libéraux ont vraiment pété les plombs!» Mme Fontaine n'a toutefois pas complètement écarté l'idée d'un impôt post-universitaire (IPU), mais a dit que celui-ci ne doit pas «être le prétexte d'une hausse massive» comme celle proposée par les libéraux. La Commission des jeunes de l'ADQ, pour sa part, a soutenu que la CJ libérale était «irresponsable» de proposer d'augmenter les droits de scolarité de 4000 $ par année. D'accord avec un IPU, les adéquistes soutiennent que leur position est claire: «Qu'on indexe les frais de scolarité à l'IPU. Le gouvernement et les étudiants contribueraient chacun à leur juste part», a déclaré Catherine Goyer, présidente de la CDJ-ADQ.

Notons que le congrès de la CJ a finalement rejeté une proposition pour exporter l'eau afin de «s'enrichir grâce à l'or bleu» et a biffé une proposition de hausse des tarifs d'Hydro-Québec.


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