Jubilation et réflexion

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Yves Bernard
Édition du lundi 04 août 2008

Mots clés : Marco Calliari, Daby Touré, FrancoFolies de Montréal, Festival et fête, Musique, Montréal

Victoria Abril

Photo: Jacques Grenier

Moments d'extase et d'excitation, moments plus intimes ou de grandes célébrations. Reggae roots, soul créole, gnawa, afro jazz, Afrique plurielle, Québec métis, chants soufis, rap autochtone, musique brésilianisée, salsa et j'en passe: la qualité des spectacles offerts n'a fait aucun doute. Pourtant, au lendemain de cette vingtième édition des Francos, une question se pose: qu'advient-il des talents francophones qui s'expriment en une autre langue que le français?

- Le moment de réflexion: comment se fait-il que, à l'exception de Daby Touré à qui l'on aurait fort bien pu proposer un spectacle à part entière, aucune découverte africaine ou antillaise d'envergure internationale n'ait été présentée en salle. Pour quelle raison avoir confiné les musiciens locaux sur les scènes extérieures ou au Complexe Desjardins? S'il est vrai que la Grande Fête multiculturelle et que le concert de Paul Kunigis furent de véritables tribunes offertes à des créateurs montréalais, il m'apparaît important d'accroître la présence en salle des révélations internationales aussi bien que des musiciens immigrants.

- Le moment de grand rassemblement: la Grande Fête multiculturelle. Fort bien animée par un Marco Calliari qui chantait, hurlait et tournoyait comme toujours, mais qui savait aussi se faire discret, cette ode à la diversité fut la meilleure de l'histoire des Francos. Même Ima paraissait en phase avec ce genre de happening.

- Le moment de transe militante: Tiken Jah Fakoly. Une machine formidablement huilée, un message plus percutant que jamais et des sons africains dans la machine, l'Ivoirien en exil a fait plonger les Montréalais une fois de plus dans son reggae roots transformé en rave. Pour ce genre de moment, une mention spéciale revient aux Montréalais de Deya.

- Le moment mi-figue, mi-raisin: Victoria Abril. Si l'intention de mélanger les grandes chansons françaises à l'univers du flamenco est louable, la chanteuse comédienne andalouse ne chantera jamais avec le feu dévorant du duende. D'où cette impression d'une rencontre manquée entre deux mondes, qui, séparément, ne manquaient pas de charme.

- Le moment de la révélation: Tifane possède l'art du soul créole. La voix grave et profonde, la volonté de cultiver le caractère pluriel de sa culture haïtienne, on la sent prête à se lancer sur les traces de la grande soeur Émeline.

- Le moment de la fête au village mondial: Amadou et Mariam, en version légèrement plus rock que lors des concerts précédents, ont encore une fois démontré jusqu'à quel point leur synthèse si naturelle de rock blues malien peut rayonner de façon autonome sans l'apport de Manu Chao.

- Le moment divin: Lilison di Kinara. Comment ce groupe a-t-il pu réussir à créer à ce point une atmosphère de recueillement, de sérénité et de communion. On se croyait à l'agora du Complexe Desjardins. On était au temple.

- Le double moment pour la paix: Saïd Mesnaoui et Musa Dieng Kala ont porté la mélopée apaisante. Saïd, engagé, avec des accents de gnawa et un son très mature; Musa, étonnamment dansant sur la route de la spiritualité. Deux artistes essentiels.

- Le moment des batteurs ivoiriens: Namori et Zwa. Chacun à leur tour, ils ont bellement animé des facettes différentes de leur culture ouverte au monde. Namori, ultravitaminé et encore plus afro jazz qu'auparavant; Momo Coulibaly, variant les tempos et se promenant dans plusieurs sphères du continent noir.

- Le moment du Québec métissé: Ouanani. Du Gaston Miron en konpa ragga, du Saint-Mathieu funky, le vote etnik dans la machine et l'accent de Dédé plein les tripes, le groupe multilingue trace les frontières d'un Québec bien réel. Le potentiel se confirme, ne manque que le temps pour activer davantage la combustion.

***

Collaborateur du Devoir


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