Les tulipes de Wall Street
Mots clés : Wall Street, Économie, États-Unis (pays)
En mars dernier, l'État a commandé le rachat de la banque d'affaires Bear Stearns. Il y a une quinzaine de jours, l'État a piloté le sauvetage des mastodontes hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac. Il y a moins d'une semaine, l'État a conçu un vaste programme de soutien à des millions de propriétaires. Simultanément, il annonçait que les soldes financiers accordés aux banques seraient maintenus jusqu'au dernier jour de la présente année. Pour le meilleur ou pour le pire, l'État s'invite de nouveau dans l'univers de l'argent.
À l'époque, un clan d'économistes s'était formé qui prévoyait des pertes totalisant 400 milliards. D'autres se regroupaient au sein d'un club qui calculait que la facture de ce fléau financier totaliserait 700 milliards. Résultat net de cette course des méfaits? Mille milliards. Et ce n'est pas fini. Loin de là. Car après avoir gangrené les secteurs de l'immobilier et de la finance, voilà que cette crise vient de pénétrer les territoires de l'automobile, du transport aérien et du crédit à la consommation. À titre indicatif, mentionnons qu'aux États-Unis le consommateur moyen détient onze cartes de crédit.
Obsédé, à juste titre d'ailleurs, par la crise de 1929 le patron de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ainsi que le secrétaire au Trésor, Harry Paulson, décidaient dès septembre de mettre des milliards de liquidités à la disposition des banques pour éviter l'effet systémique tant redouté. Leurs homologues canadiens, européens, britanniques ainsi que japonais les imitaient aussitôt. Dans les mois suivants, tous proposaient au privé des tonnes d'argent à taux réduit. Cette saison des soldes sur l'intérêt devait se poursuivre pendant plusieurs mois. Mais on retiendra surtout qu'elle fut le fait non pas d'un État, mais bien de plusieurs États convaincus que les wiz kids de la finance avaient été assez écervelés pour croire que la science économique était une science exacte alors qu'elle s'enseigne toujours au sein de la faculté des sciences qualifiées... d'humaines.
Lorsque les gouvernements n'intervenaient pas sous la forme évoquée, ils se manifestaient de manière plus directe. On pense à cette ribambelle de fonds souverains, de fonds créés ces années-ci par divers États, qui croulent sous des océans d'argent grâce à la hausse sidérante du prix du baril du pétrole. Ceux-ci se sont portés à la rescousse de Citigroup, Merrill Lynch et autres, par l'entremise d'achats d'actions ou de lignes de crédit, en injectant 70 milliards.
Afin de ne pas être en reste, l'État s'est également activé sur le front judiciaire. Les procureurs des États, on pense notamment à ceux de New York et du Massachusetts, ont intenté des poursuites contre des institutions financières et des courtiers pour collusion, mauvaises informations, etc. Fait à noter, lorsque Andrew Cuomo, l'incorruptible en chef de l'État de New York, a dévoilé l'identité de la première entreprise accusée de malversations, il a martelé que ce qui avait été observé dans cette région des États-Unis valait pour l'ensemble du pays. Signe des temps, on s'attend à ce que près d'une centaine de banques régionales se mettent sous la protection de la loi de la faillite.
Cela étant, peut-être que la meilleure illustration du marasme financier dans lequel nous sommes plongés est cette anecdote rapportée par un économiste montréalais. Lors d'un colloque, ce dernier se retrouva voisin de table de John Kenneth Galbraight qui fut tout de même conseiller économique de John F. Kennedy, professeur émérite et que beaucoup considèrent comme un des plus grands penseurs de la chose économique du XXe siècle. Toujours est-il qu'au terme d'un exposé sur les produits dérivés, Galbraight glissa dans l'oreille du Montréalais: «Je n'ai tellement rien compris dans son propos que cela me rappelle l'histoire des tulipes hollandaises de 1637. J'ai l'intuition que ça va mal finir.» Et tout ça parce que les ennemis jurés de Galbraight, les fans de Milton Friedman, le forcené du monétarisme, ont converti tout un chacun au parfum vénéneux des subprimes, la tulipe immobilière.
Vos réactions
En hommage à J.K.Galbraith.... - par Hélène Paulette
Le lundi 04 août 2008 12:00
Why Tulip Mania wasn't crazy - par Thomas Wadham Gagnon (twadhamgagnon@investissementresponsable.com)
Le lundi 04 août 2008 11:00
La Très Grande Dépression US; Quelles conséquences pour le Québec. - par jean claude pomerleau
Le lundi 04 août 2008 08:00
Pour l'instant du moins, c'est l'arnaque du siècle. - par Dominic Pageau
Le lundi 04 août 2008 03:00

