Opinion

Un coup de jeune pour les institutions syndicales

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Maude Boyer, Enseignante en francisation à l'éducation des adultes

Édition du lundi 04 août 2008

Mots clés : monde syndical, Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, Parti politique, Syndicalisme, Québec (province)

Je veux appuyer la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec qui propose de rafraîchir les institutions syndicales au Québec.

Je ne suis plus toute jeune (dans la quarantaine) et pourtant je peux affirmer avoir vécu et vivre encore les effets pervers de nos institutions syndicales.

J'ai travaillé à l'étranger pendant cinq ans en tant que professeur de français dans des écoles internationales à Caracas et à Moscou. Parcourir le monde est très formateur et enrichissant (tant sur les plans personnel que financier) et surtout permet de s'affranchir de ce trop lourd monde syndical québécois qui jouait sans doute à ses débuts un rôle d'équité et de justice mais s'est mué en conventions collectives rigides valorisant la prudence et l'immobilisme au détriment de la performance, du dynamisme et du talent..

À 40 ans, j'en avais assez de ramasser les miettes de chargé de cours d'un cégep à l'autre et d'attendre des contrats à statut précaire à la formation des adultes à une commission scolaire où je travaillais depuis quelques années. En termes concrets, on appelle ça une jobine... Avec ma maîtrise et ma dizaine d'années d'expérience, il me semblait que je méritais mieux.

Marre d'être l'éternelle relève à 40 ans, j'ai fait le grand saut et suis partie du Québec en 2002 pour travailler dans les écoles internationales à l'étranger. Ce fut une des meilleures décisions que j'ai prises dans ma vie. Je me suis refait une santé financière et, surtout, je n'étais plus sous le joug de ces conventions collectives qui ont créé une autre forme d'injustice en faisant des professeurs à statut précaire des employés de deuxième classe, c'est-à-dire ceux qui doivent se contenter des restants sans avoir droit ni aux avantages sociaux ni à des congés payés ou des journées de maladie. Notez que ces employés à statut précaire doivent payer obligatoirement les cotisations syndicales.

Cette époque misérabiliste était terminée. Du jour au lendemain, je suis devenue un professeur bien rémunéré ayant de bonnes conditions de travail et, surtout, on me valorisait pour mes qualités d'enseignante et non pour mon rang sur la liste d'ancienneté.

Travailler à l'étranger est enrichissant, mais demande un effort constant afin de s'adapter à un nouveau pays, une autre culture, une autre langue. Je suis Québécoise dans l'âme et particulièrement attachée à Montréal, qui est une ville vivante et agréable sur plusieurs plans (sauf pour les nids-de-poule). Bref, je suis revenue au bercail en janvier 2008. Je suis revenue au bercail, mais surtout à la case départ... La commission scolaire pour laquelle je travaillais avant mon départ avait fermé mon dossier, car «selon la convention collective» on ferme le dossier après deux ans d'absence. Il a fallu que je repasse une entrevue d'embauche, moi qui avais travaillé bon an mal plus de dix ans pour cette même commission scolaire. Je me retrouve donc au bas de la liste comme surnuméraire à statut précaire.

Mon expérience internationale n'a aucune valeur, mes talents de prof non plus: le seul talent reconnu et valorisé est celui de la force de l'inertie. Celui ou celle qui aura eu le «talent» d'attendre sans bouger aura droit à une sécurité d'emploi et à des avantages sociaux. Les gourous du monde syndical s'opposent farouchement à un système de santé à deux vitesses. Pourtant, avec les conventions collectives, on a créé un monde du travail à deux et même à trois vitesses: les permanents blindés, les contractuels et les surnuméraires (communément appelés les bouche-trous).

En exprimant mes réserves sur ce qu'est devenu le monde syndical dans notre société actuelle, je veux partager humblement avec vous et les lecteurs mes réflexions sur ce sujet et profiter de ce droit de parole qui est un premier pas vers l'action.

Certes, il n'existe pas de système parfait et, certes, il faut lutter contre les abus et l'injustice au travail. Il faudrait cependant repenser notre système syndical et toute cette culture bureaucrate qui en découle.

J'appuie les jeunes de la Commission-Jeunesse à trouver des solutions pour rafraîchir le fonctionnement des institutions syndicales. Ce n'est pas uniquement leur génération qui en bénéficiera, mais les moins jeunes aussi et, enfin, la société québécoise dans son ensemble.


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