Retour brutal du balancier à la pompe

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François Desjardins
Édition du samedi 02 et du dimanche 03 août 2008

Mots clés : hausse, prix du pétrole, Automobile, Énergie, Québec (province), Canada (Pays)

Après une baisse durant plusieurs jours reflétant la dégringolade du cours du pétrole, le prix du litre d'essence est revenu à ses vieilles habitudes entre jeudi et hier matin, explosant de plus de 10 ¢ d'un seul coup, voire près de 15 ¢ dans certains secteurs de Montréal.

Ce brusque retour du balancier survient après une semaine pendant laquelle le baril de pétrole brut, dont le niveau élevé secoue les colonnes du temple automobile et engraisse les coffres des pétrolières, a terminé en hausse de 1,5 %. Au cours de la séance, le brut léger a d'abord grimpé de 4 $ en raison de craintes géopolitiques avant de conclure en hausse de seulement 1,02 $, à 125,10 $.

La journée d'hier a été marquée par les résultats catastrophiques de General Motors au deuxième trimestre et par les données reflétant une baisse des ventes chez plusieurs constructeurs en juillet, y compris Toyota. La perte de GM, où les clients ont cessé de lorgner les camions et les véhicules utilisaires sport, s'est élevée à 15,5 milliards $US, la troisième plus grosse de son histoire. (Voir texte en page C1.)

La volatilité des prix de l'essence dans la région de Montréal a donné lieu hier matin à quelques spectaculaires inégalités. Alors que certaines stations de la Rive-Sud vendaient toujours le litre à 124,9 ¢, d'autres, sur l'île, étaient déjà solidement ancrées à 139,9 ¢. Selon le site essencemontreal.com, où les internautes partagent leurs observations, une station de Rosemont s'était même hissée à 141,9 ¢.

Le CAA-Québec estimait hier que le prix «réaliste» dans la région de Montréal était de 136,5 ¢. Le groupe se base sur ce que coûte le litre d'essence à la sortie des raffineries et sur la marge de profit moyenne des détaillants depuis un an. À Montréal, cette marge est de 7,1 ¢. Pour Québec, le prix réaliste était de 135,6 ¢, comparativement à 130 ¢ pour l'Outaouais.

«Déplorable»

«Les hausses font sursauter, et c'est déplorable», a dit un porte-parole du CAA-Québec, Philippe Saint-Pierre. «Mais si on analyse le contexte de la dernière semaine, les marges au détail, à l'exception de lundi, avaient fondu comme neige au soleil à partir de mardi.»

Mardi, la marge moyenne à Montréal était de 4,3 ¢, selon M. Saint-Pierre. Mercredi et jeudi, cette marge n'était plus que de 0,3 ¢ et 1,6 ¢ respectivement. «Avec la hausse observée vendredi, on est revenu à presque 9 ¢», a-t-il dit.

Le marché montréalais a tendance à vivre des baisses de prix par petits coups, suivies d'une très grosse augmentation. Des bonds de 15 ¢, tel qu'observés hier, ne sont pas fréquents. Les représentants de l'industrie pétrolière affirment que la volatilité des prix est la conséquence d'une saine concurrence.

Les pétrolières affirment que les détaillants ne font que très peu de profits. Leurs détracteurs répondent généralement que les stations appartiennent généralement à des entreprises qui font non seulement la vente de l'essence, mais aussi son raffinage et son extraction, deux étapes de production où il est possible de générer des profits.

Petro-Canada a indiqué le 25 juillet que ses profits du deuxième trimestre ont augmenté de 77 % à 1,5 milliard, en dépit d'une baisse de production de 3 %.

Quoi qu'il en soit, il est convenu que le fait d'avoir des raffineries en sol québécois ne change rien à l'évolution des prix à la pompe. De manière générale, le prix de l'essence à la sortie des raffineries au Canada est fixé en fonction du cours du gallon d'essence sur le Nymex, à New York. Autrement dit, le prix du litre au Québec est autant fonction des caprices de Wall Street que de la demande en sol américain.

Hier, le gallon d'essence à New York a grimpé d'environ 1 ¢, à 3,08 $US. À la pompe, les Américains paient en moyenne 3,90 $US le gallon. La hausse des prix cet été semble avoir eu un impact sur la consommation, puisque le prix moyen a reculé de 5 % depuis son record de 4,11 $ observé le 17 juillet.

Quant au cours du pétrole brut, il a chuté de 22 $ depuis le 11 juillet, une chute de 15 %. Ce jour-là, il avait atteint le niveau record de 147,27 $US.

Encore la géopolitique

Le marché de l'énergie a pris note hier des propos de Shaul Mofaz, le ministre israélien des Transports, selon lequel l'Iran s'approche d'une percée dans son programme nucléaire et Israël doit être «prêt pour toutes les options».

«L'Iran continue d'avancer vers une capacité en armement nucléaire et s'achemine vers une avancée majeure», a dit M. Mofaz, aussi vice-premier ministre, lors d'un discours à Washington.

«Pour nous, une situation où l'Iran serait doté d'un pouvoir nucléaire est une menace existentielle, et du point de vue de l'État d'Israël, c'est inacceptable», a ajouté M. Mofaz.

«Ce qui a changé également, c'est la politique américaine, qui s'est apaisée envers l'Iran, ce qui rend les Israéliens plus nerveux, et donne plus de poids à l'idée d'une initiative isolée d'Israël contre l'Iran», a dit à l'Agence France-Presse l'analyste Antoine Halff, de Newedge Group.

La montée spectaculaire du prix du brut, au début du mois de juillet, s'expliquait en partie, là aussi, par les préoccupations géopolitiques concernant le gouvernement iranien et Israël. Le point focal des inquiétudes s'articule autour du détroit d'Ormuz, par lequel transitent des quantités massives de pétrole, généralement estimées à un taux allant de 20 % à 40 % de la production mondiale.

Fermer le détroit d'Ormuz

En juin dernier, le général Mohammad Ali Jafari, qui dirige les Gardiens de la révolution en Iran, a dit que si son pays faisait l'objet d'une attaque de la part des forces israéliennes ou américaines, le détroit d'Ormuz serait scellé de bout en bout.

Les cours du pétrole sont aussi déchirés entre les perspectives de l'économie américaine, sur lesquelles les économistes ne s'entendent pas forcément. Le produit intérieur brut s'est replié vers la fin de 2007, conséquence de l'effondrement des prix de l'immobilier résidentiel et d'un ralentissement marqué des dépenses de consommation.

Les États-Unis consomment environ 25 % de la production mondiale de pétrole, soit 20 millions de barils par jour.

Mercredi, le gouvernement américain a fait état d'un deuxième trimestre où la croissance s'est chiffrée à 1,9 %, une performance un peu plus faible que ce que prévoyaient les économistes. Hier, les données de l'emploi ont pointé vers un taux de chômage en hausse à 5,7 %, mais les mêmes données ont aussi montré une hausse des salaires de 3,4 % par rapport à l'année dernière.


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2 poids, 2 mesures - par Fred Legault
Le mardi 05 août 2008 09:00

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