Samedi soir aux FrancoFolies - Arrangements et dérangements
Mots clés : FrancoFolies de Montréal, Musique, Festival et fête, Montréal

Photo: Marie-Hélène Tremblay
Sanson, le gâchis
À l'opposé, après cinq ou six chansons du spectacle de Véronique Sanson, j'en avais assez. Autant la dame était allumée, ravie, radieuse, prête à tout, le plus souvent émue par l'accueil chargé d'amour de ces 1500 personnes qui avaient attendu dix-sept ans son retour, autant l'orchestre qui l'entourait était éteignoir: difficile d'imaginer plus désagréable traitement que ces versions trop pros pour leur bien, impossible de ne pas être irrité par ces deux choristes qui en rajoutaient des couches et des couches, nuisant constamment à l'émotion intrinsèque des chansons. Gâcher ainsi Vancouver, Amoureuse et jusqu'à Bahia, fallait le faire! Ces requins, presque arrogants dans leur maîtrise, passaient presque systématiquement à côté de l'intention, de la vérité des chansons. Sanson la musicienne aimait leur travail, de toute évidence, mais la femme et ses chansons y perdaient toute occasion d'exister librement. J'aurais voulu hurler, dire à ces sbires du showbiz de sortir et d'aller se faire valoir ailleurs, de la laisser seule avec son piano et nous.
Dégoûté, rien de moins, je me suis esquivé à mi-parcours, accueilli en sortant par Damien Robitaille comme par une bouffée d'air frais: on s'amusait ferme devant le Complexe Desjardins avec l'Ontarien (ou est-ce l'Oralien?), et tout semblait à nouveau possible. Et d'abord, la folie douce d'un gaillard qui raconte comment il voyage avec son atlas, comment il se fait parfois l'effet d'un porc-épic quand il se hérisse, etc. La musique était comme lui, rock'n'roll et clownesque, honky-tonk et décalée. Musiciens en liberté pour chanteur insaisissable. Un régal.
Retrouver Zébulon en fin de soirée, sur la grande scène de la Catherine, n'était pas moins réjouissant: tout aussi maîtres de leurs instruments que les mercenaires de Sanson, les Yves Marchand, Alain Quirion, Yves et Marc Déry, réunis pour la première fois depuis 1997, mettaient leur savoir-faire au service du plaisir, et leur relecture de l'emblématique Job steady, à nouveau réclamée par ces gars qui n'ont jamais manqué de travail en onze ans, était à la fois formidable et ludique. C'était reparti, et bien reparti, sur les chapeaux de roue mais en souplesse, chaque mesure négociée comme une courbe avec une auto sport «vintage» dénichée en parfait état. Si le nouvel album en chantier a l'allant de cette reprise de contact, Zébulon est en voiture.
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Collaborateur du Devoir
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