VIH et discrimination

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du vendredi 25 juillet 2008

Mots clés : ONU, discrimination, VIH, santé, Canada (Pays), Mexique (pays)

Les organismes de lutte contre le sida, l'ONU derrière eux, ont raison de combattre avec énergie toute les politiques de discrimination dont sont encore victimes les personnes séropositives, par exemple au moment de traverser les frontières. La crainte de la stigmatisation ne doit pas conduire à l'irresponsabilité ou, pire, au crime.

Alors que s'ouvre sous peu à México la XVIIe Conférence mondiale sur le sida, le spectre de la déclaration obligatoire du VIH refait -- encore! -- surface au Canada, un pays qui au fil du temps a pourtant toujours rejeté cette option malgré des tentations parfois fortes d'y recourir.

Les organisations mondiales l'ont maintes fois démontré: envers et contre de persistants préjugés entourant le virus d'immunodéficience humaine (VIH) et le syndrome qu'il engendre (sida), la maladie ne constitue pas une menace à la santé publique. Malgré tout, quelque 60 pays ferment encore leurs portes aux immigrants ou aux visiteurs atteints de l'affection mortelle. Dieu merci, le Canada n'est pas du nombre.

Des données recensées cette semaine par la Presse canadienne et issues d'un rapport préparé par le Centre de lutte contre la maladie de la Colombie-Britannique relancent le débat sur le fait d'obliger ou non les nouveaux arrivants reçus par Immigration Canada à déclarer de manière obligatoire leur état.

Citant des statistiques de 2005, le rapport démontre que 16 % des nouveaux cas d'infection au Canada sont le lot d'immigrants venus de pays où l'incidence du VIH est forte, ces personnes composant 1,5 % de la population canadienne. Conclusion: un taux d'infection 13 fois plus élevé chez cette population immigrante que dans la population canadienne en général.

Si saisissant soit-il, ce portrait ne doit pas raviver l'ardeur des partisans de la déclaration obligatoire du VIH, qui risque d'augmenter la stigmatisation et la discrimination dont sont encore victimes les séropositifs. Exigé depuis 2002, le test médical à l'entrée a permis de détecter quelque 2500 immigrants porteurs du VIH; malgré tout, presque 90 % ont été reçus au pays, car ils ne représentaient aux yeux du pays hôte ni une menace à la santé publique ni une contrainte financière «excessive», ce qui pourrait justifier un refus.

Le filtre est donc efficace et respectueux des droits des individus. Il n'a pas besoin d'être solidifié et risquer ainsi de porter atteinte à la vie privée.

C'est ce message que formulait au début de juin le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, en prêchant pour l'abolition de toute loi ou règlement dans le monde ostracisant les victimes du VIH et favorisant, de manière sournoise, la prolifération souterraine d'un fléau mondial.

Ce n'est pas sans raison que nombre d'observateurs se sont réjouis de la décision récente du Congrès américain de lever les restrictions imposées aux visiteurs et immigrants séropositifs frappant à la porte des États-Unis. Vieille de 20 ans, cette ouverture du Congrès sera-t-elle suivie d'une levée formelle par le secrétaire américain à la Santé? Espérons-le.

Si noble soit-elle, la lutte farouche à la discrimination ne doit toutefois pas mener, dans la cour des victimes, à de malheureux excès.

Nous en avons pour preuve les réactions à un bien triste procès qui se joua cet hiver à Longueuil: une femme séropositive -- victime de violence conjugale -- fut condamnée pour agression sexuelle et voies de fait graves pour n'avoir pas révélé la nature de sa maladie à son conjoint avant leur première relation sexuelle.

Une malheureuse histoire, dont le dernier chapitre s'est joué au début de juillet alors que le juge dispensa la femme de séjourner en prison, en partie à cause de son état. Passons le compte rendu de la cause, qui est teinté de violence, de déloyauté et de vengeance; retenons la conclusion du magistrat qui, s'inspirant des leçon de la Cour suprême, renvoie à la personne infectée la responsabilité d'informer son partenaire de son état avant d'avoir des relations sexuelles. «Après tout, écrit le juge Marc Bisson, on ne parle pas ici de la possibilité d'attraper un rhume [...] mais d'une maladie où l'omission de divulguer» peut conduire à la mort.

Est-ce possible? Des groupes de lutte contre le sida ont jeté les hauts cris, dénonçant une criminalisation à outrance des victimes du VIH, brandissant l'argument de la «responsabilité partagée» lors d'un acte sexuel. Attention! Si odieuse que soit la discrimination envers les séropositifs, certaines situations où se joue la vie des autres ne peuvent dispenser d'ouvrir son jeu avec franchise.

***

machouinard@ledevoir.com


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C'est une question de coûts - par Albert Descôteaux
Le vendredi 25 juillet 2008 10:00

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Vous avez tout à fait raison ! - par Bernard Gervais
Le vendredi 25 juillet 2008 08:00

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Le jeudi 24 juillet 2008 23:00

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