Corruption - Bruxelles frappe la Bulgarie au portefeuille
Mots clés : corruption, Économie, Union européenne (UE), Bulgarie (Pays)
Bruxelles -- La Commission européenne a semoncé hier la Bulgarie pour son incapacité à lutter contre la corruption, en confirmant le gel de quelque 1,2 milliard de dollars de fonds européens destinés à la Bulgarie, entrée dans l'UE le 1er janvier 2007.
Dans un rapport sur la gestion des fonds communautaires par la Bulgarie, membre le plus pauvre de l'Union européenne, et un autre sur ses efforts en matière de réforme judiciaire, la Commission estime que la lutte contre la corruption et le crime organisé «ne produit pas de résultats». Elle a donc le devoir de protéger l'argent des contribuables européens.
Bruxelles émet là ses critiques les plus dures jamais formulées envers un membre de l'UE. Elle a décidé de suspendre le versement à Sofia des fonds dits de préadhésion et retiré leur accréditation à deux agences gouvernementales chargées de les gérer.
Selon des analystes, l'exécutif européen entend à la fois envoyer un message de fermeté aux autres pays des Balkans candidats à l'adhésion et rassurer les électeurs déçus par l'élargissement du bloc à 27 membres.
Des projets d'infrastructures routières étaient à l'origine d'un premier gel en janvier après des révélations sur le chef d'une agence gouvernementale qui avait passé des commandes de centaines de millions d'euros à l'entreprise de son frère.
Une partie de l'argent gelé sera perdu en novembre si la Bulgarie ne comble pas d'ici là ses lacunes.
«La Commission a envoyé un signal fort aujourd'hui» montrant «que les fonds européens doivent être gérés correctement», a commenté son président, José Manuel Barroso.
En revanche, elle n'a pas touché pour l'instant aux milliards d'euros des fonds structurels, des aides économiques destinées aux États membres, qui commencent à peine à être octroyées à la Bulgarie. Elle se réserve malgré tout le droit d'examiner la gestion de cet argent à l'avenir.
Dans une version provisoire du rapport, Bruxelles avait évoqué la possibilité d'une suspension de ces fonds structurels, mais cette menace a disparu du texte adopté hier, qui est de manière générale beaucoup moins dur que ce que Sofia avait pu craindre.
Si la Commission dénonce le peu de résultats en matière de lutte contre la corruption, réclame la réforme d'un code pénal dépassé et exige des preuves de progrès, elle souligne aussi que Sofia «a fait des pas dans la bonne direction ces six derniers mois», notamment avec la réforme du ministère de l'Intérieur.
Réagissant à la décision de Bruxelles, le premier ministre bulgare, Sergueï Stanichev, a annoncé la prise de mesures d'urgence. «Nous travaillons sur un plan d'action qui devrait être prêt d'ici à la fin de la semaine», a-t-il dit. «Je vais demander des mesures concrètes, des propositions et des délais fixes pour leur mise en oeuvre.»
La Roumanie, qui a rejoint le bloc européen en même temps, était aussi sous le microscope de Bruxelles hier, mais a fait l'objet de critiques moins sévères.

