Dire et se dédire
Mots clés : Afghanistan, Forces canadiennes, George W. Bush, Forces armées, Canada (Pays), États-Unis (pays)
En lieu et place du souci de clarté auquel, en société démocratique, on serait en droit de s'attendre dans le débat très complexe que soulève la guerre en Afghanistan, politiciens et militaires canadiens nous confondent en déclarations contradictoires, édulcorées, incomplètes. Étrange réflexe politique que celui qui revient à refuser d'être instruit par l'expérience toute fraîche de George W. Bush en Irak.
Que nous dira le général Natynczyk la semaine prochaine? De la même manière, des porte-parole canadiens faisaient récemment valoir que la dernière vague de violence survenue en Afghanistan était pour l'essentiel prévisible et donc ponctuelle, étant donné que les talibans profitent généralement de l'été pour se mobiliser.
Le général dit maintenant que la recrudescence des attaques s'inscrit dans une campagne talibane plus large de déstabilisation, lancée en vue des élections législatives et présidentielle qui doivent avoir lieu en Afghanistan fin 2009.
Souffler ainsi le chaud et le froid -- une stratégie dont le gouvernement de Stephen Harper ne se prive d'ailleurs pas -- revient à réduire le conflit à des jeux de guerre et à des mouvements de troupes, alors que cette guerre soulève au contraire des enjeux fondamentaux dans l'évolution de la politique étrangère canadienne.
Il ne faut pas perdre de vue, à ce sujet, que cette guerre n'est pas exclusivement celle de M. Harper et de ses électeurs de droite. Elle est aussi, dans une perspective plus historique, l'affaire de la classe politique libérale. C'est après tout le gouvernement de Jean Chrétien qui, en 2002, a mis le premier le doigt dans l'engrenage de la «guerre contre le terrorisme» en choisissant d'envoyer un contingent de 800 soldats à Kandahar affronter les talibans au lieu de focaliser la participation canadienne, comme il aurait dû le faire, sur un rôle humanitaire et de stabilisation.
Concurremment, le gouvernement Harper n'a pas crié sur les toits sa récente décision de ramener à des objectifs plus modestes, c'est-à-dire moins irréalistes, la mission militaire canadienne en Afghanistan d'ici le retrait des troupes, prévu en 2011. En février 2007, l'ancien chef d'état-major, Rick Hillier, promettait très ambitieusement de «diminuer considérablement» les capacités des talibans et d'al-Qaïda et de «réduire substantiellement» la culture du pavot et le trafic d'opium -- qui n'ont jamais été aussi florissants.
La stratégie revisitée, rendue publique le mois dernier, a biffé ces objectifs en mettant tout l'accent de la mission sur le transfert des responsabilités en matière de sécurité à la police et à l'armée nationale. Aveu discret de défaite? Sans doute, d'autant que le Canada continue de claironner vouloir prioritairement construire l'État de droit en Afghanistan, alors que de multiples informations ont relevé des cas de corruption gouvernementale et l'implication de fonctionnaires et de politiciens, y compris le demi-frère du président Hamid Karzaï, dans le trafic de drogue.
N'empêche qu'Ottawa aurait été mieux avisé, s'il savait être plus transparent, de faire savoir plus ouvertement qu'il avait décidé de réviser ses ambitions.
En outre, la population canadienne saurait sans doute se faire une opinion infiniment plus éclairée sur la direction que prend la politique étrangère de son pays si le gouvernement Harper n'entretenait pas tant de confusion autour de l'aide au développement qu'il verse aux Afghans. La question est centrale. Vrai que le Canada est l'un des principaux donateurs à l'Afghanistan, mais il reste que les budgets de l'aide ne représentent en réalité que le dixième des sommes consacrées aux militaires...
On apprécierait du gouvernement Harper qu'il informe au moins autant qu'il manipule.
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gtaillefer@ledevoir.com
Vos réactions
@Jean Leroux, avec toute ma compassion, merci. - par Sylvie Tremblay
Le samedi 26 juillet 2008 14:00
La séparation... la nouvelle panacée de la guerre??!! @ Mme Tremblay - par Jean Leroux
Le vendredi 25 juillet 2008 13:00
La guerre a ses raisons que la raison ne connaît guère - par gilbert troutet
Le jeudi 24 juillet 2008 21:00
Noblesse oblige... - par Sylvie Tremblay
Le jeudi 24 juillet 2008 14:00
@Fernand Trudel - par Hélène Paulette
Le jeudi 24 juillet 2008 13:00
Guerre et élections - par Gilbert Talbot (gilbert.talbot@videotron.ca)
Le jeudi 24 juillet 2008 13:00
Ottawa et l'opinion canadienne - par Marc A. Vallée
Le jeudi 24 juillet 2008 12:00
Dans l'air du temps, la désinformation - par Michel Simard
Le jeudi 24 juillet 2008 12:00
Le bourbier afghan - par Raymond Saint-Arnaud
Le jeudi 24 juillet 2008 11:00
@ M. Fernand Trudel - par Gilles Bousquet
Le jeudi 24 juillet 2008 11:00
La VÉRITÉ, la première victime - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le jeudi 24 juillet 2008 10:00
Suivre l'américain - par François Lauzon
Le jeudi 24 juillet 2008 10:00
Appelée démocratie - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 24 juillet 2008 09:00
Un longue présence miltaire - par Michel Lebel
Le jeudi 24 juillet 2008 09:00
L'opium en fait une guerre sournoise - par Fernand Trudel
Le jeudi 24 juillet 2008 09:00
L'Otan va perdre...point. - par Gilles Bousquet
Le jeudi 24 juillet 2008 09:00
Une guerre futile - par Pierre-R. Desrosiers
Le jeudi 24 juillet 2008 08:00
Oui pour la clarté! - par Jean Leroux
Le jeudi 24 juillet 2008 08:00
contre la guerre.... - par marcel vinet (marcel.vinet@sympatico.ca)
Le jeudi 24 juillet 2008 08:00
Formez les soldats afghans.... - par jacques noel
Le jeudi 24 juillet 2008 07:00
Un enjeu de négociation, la production d'opinum. - par Jean-Pierre Lusignan (jplu@globetrotter.net)
Le jeudi 24 juillet 2008 05:00

