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Rire par refus ou par fuite

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Décary-Charpentier Normand
Envoyé Le samedi 19 juillet 2008 23:00



Lorsque les caricaturistes se caricatureront entre eux avec la même légèreté qu'ils s'autorisent à faire rire de n'importe qui, n'importe comment et sur n'importe quoi. Oui, à ce moment, je pourrai m'amuser avec eux. Ne sont-ils pas avec les humoristes, une petite caste privilégiée qui ressemble à ces petits rois qui erraient dans les corridors de leur palais avec leur petite cour en se moquant de la masse pour tuer le temps.

Aujourd'hui le caricaturiste trône dans les journaux au milieu de ses collègues, il a un statut particulier, presque occulte. Nous ne savons pas trop pourquoi mais il peut dire à peu près n'importe quoi et sans cela sans fondement et de plus sans autre source que son imagination et assurément selon ce qui se passe dans sa propre petite vie ordinaire de salarié syndiqué. Nous avons bien vu ce qui s'est passé avec la commission Bouchard-Taylor quand la parole a cette liberté. Nous en entendions plusieurs qui ne trouvaient pas ça drôle et qui demandait la censure.

Les caricaturistes tout comme les humoristes sont rarement drôles eux aussi dans leur propos sur les personnes ciblées. Cette petite cour ressemble aux précieuses ridicules de Molière qui s'entichent des faux nobles sous prétexte de fuir la grossièreté des prétendants. Aujourd'hui, nous nous entichons du refus de s'interroger sur le sens de la vie sous prétexte de fuir le vide de l'existence ce qui justifie l'obligation de rire pour mieux profiter de cette vie qui ne mène nul part.

Dès que l'angoisse et l'obscurité se présentent, nous nous en remettons souvent aux moyens chimiques pour nous faire retrouver le rire car évidemment comment trouver un chemin dans le vide. Il n'y a que le chimique comme voie de libération quand les larmes se substituent au rire.

Un monde de spectateurs où l'obésité s'accroît, non seulement dans le corps mais tout autant dans l'esprit. Il nous faut du gras, du salé et du sucré sur la vie des autres pour bien s'empiffrer du proche dans le but secret de s'ignorer soi-même pour ne pas changer. Il faudrait rire de ce que l'autre peut changer comme le dit Bergson et non de ce qu'il ne peut changer. Ici, il y a au moins un but d'aider l'autre à grandir. Pourquoi renforcer un préjugé chez Obama, pourquoi se moquer de l'âge de McCain? C'est difficile pour l'un de ne pas être ce qu'il n'est pas et pour l'autre de ne pas être ce qu'il est, une personne âgée.

Ne sommes-nous pas entretenus dans l'adulescence avec cette mentalité de rire de tout et de rien pour passer le temps, en attendant la fin de sa vie. Il ne faut pas se surprendre avec cette mentalité que rien d'autre que l'augmentation du prix de l'essence est arrivée à changer notre comportement de pollueur et à nous lever le pied de l'accélérateur. Les avertissements d'une armée de scientifiques sur l'état critique de la planète n'arrivaient à rien pourtant.

Vaut-il mieux en rire qu'en pleurer? Je crois qu'il vaut mieux prendre le temps plutôt que le tuer en riant, le prendre pour faire du silence et apprendre à rire de soi d'abord et ainsi arriver à émerger du conformisme du rire pour agir de manière conséquente par rapport aux autres et à notre planète.
Ce sont des mimes qu'ils nous seraient utiles en ce temps de grand bruit.
Normand Décary-Charpentier

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