Natation - Une tête dans l'eau

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Jean Dion
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 juillet 2008

Mots clés : Natation, Tobias Oriwol, Jeux olympiques, Sport, Québec (province), Canada (Pays)

Dans moins d'un mois, les XXIXes Jeux olympiques d'été se mettront en branle à Pékin. D'ici là, tous les samedis, nous présentons le portrait d'un athlète québécois qui y participera. De l'haltérophilie au triathlon, de la natation au canoë-kayak, des parcours originaux, des personnalités déterminées, des espoirs minutieusement entretenus. Aujourd'hui: Tobias Oriwol, natation.

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Quand on demande à Tobias Oriwol s'il ne serait pas, au fond, un intellectuel, il commence par rire un peu. Puis, au bout de quelques secondes, il dit timidement «merci». Pour lui, il s'agit de toute évidence d'un compliment. Voilà ce qui arrive quand non seulement on est l'un des meilleurs athlètes du monde, qu'on ira aux Jeux de Pékin mais que, sitôt ceux-ci terminés, on mettra le cap sur la prestigieuse université Harvard, où on a été accepté au programme de maîtrise en urbanisme. Un esprit bien tourné dans un corps qui devrait l'être tout autant, disait à peu près le poète; on pourrait illustrer la maxime par une photo de Tobias.

Et son histoire est celle d'un gamin qui a ressenti très tôt l'effervescence olympique et ne l'a jamais lâchée des yeux. Ni de la tête, fût-elle plongée dans la piscine.

Né à Westmount, Tobias Oriwol a six ans lorsqu'il apprend à nager. «J'aimais la baignade, c'était l'une de mes activités préférées pendant l'été, raconte-t-il. J'ai commencé à fréquenter la piscine parce que mes amis le faisaient.» Ses premiers cours de natation, il les reçoit, informellement, de son père. «La sensation de l'eau sur le corps, le fait de s'y déplacer le plus vite possible, ça me plaisait.» Au club de natation de Pointe-Claire, où il se rend régulièrement, on ne tarde pas à constater que le petit ne fait pas que s'amuser, il est aussi très bon. Par ici les compétitions...

Dès qu'il a 11 ans, Oriwol établit des marques canadiennes dans son groupe d'âge. Il excelle dans le quatre nages, la spécialité des non-spécialistes, mais aussi au dos. S'il devient l'une des têtes d'affiche du club de Pointe-Claire, ses horizons devront cependant rapidement changer. En 1999, alors qu'il a 14 ans, ses parents déménagent à Toronto, et c'est au club d'Etobicoke qu'il abattra plus d'une vingtaine de records nationaux. Mais Montréal gardera toujours une place à part dans son coeur. Notamment parce que c'est là, à la piscine du parc Olympique en 1996, qu'il devait assister aux essais canadiens en vue des Jeux d'Atlanta en compagnie de ses coéquipiers et amis. C'est là qu'il s'est dit: hé, je veux y aller moi aussi.

Au bout de trois années à Toronto, nouvel appel: l'université Stanford veut de vous, M. Oriwol. Stanford, qui offre l'un des programmes de natation universitaire les plus relevés aux États-Unis, lui offre une alléchante bourse d'études. Direction la Californie...

Il y passera quatre ans, le temps de décrocher un diplôme en urbanisme et, accessoirement, de prendre part aux championnats du monde, aux Jeux panaméricains, aux Jeux du Commonwealth. En 2004, n'ayant jamais oublié son «projet à long terme», il tente sa chance aux essais pour les JO d'Athènes, qui se déroulent à Toronto. Mais il rate sa qualification par une demi-seconde en terminant troisième au 200 mètres quatre nages. «Le sentiment? Une grande frustration, se souvient-il. Je n'ai pas sérieusement songé à abandonner la compétition, mais quand on a 18 ans, un coup de tête est si vite arrivé... J'ai réfléchi et je me suis dit que, si je voulais nager seulement pour le plaisir, j'aurais tout le reste de ma vie pour le faire.» De plus, il sera probablement à son sommet, en ce qui a trait aux capacités athlétiques, en 2008. L'ouvrage est donc remis sur le métier.

En 2006, ses études de premier cycle complétées et son diplôme en poche, Tobias Oriwol prend une décision cruciale pour son avenir sportif: ses parents sont toujours à Toronto, mais lui rentre à Montréal. Il fréquentera le centre national d'entraînement à la piscine olympique et, à raison de 25 heures de natation par semaine, mettra le paquet pour obtenir son billet pour Pékin. Avantage: alors qu'à Stanford le concept d'équipe recevait la priorité, ici il pourra profiter d'un encadrement plus personnel. Et il n'aura pas à se concentrer parallèlement sur ses études.

«En plus, j'ai toujours senti que Montréal, c'était mon vrai chez-moi», note-t-il.

Deux ans plus tard, en avril dernier, Oriwol se retrouve dans la même situation qu'à Toronto en 2004, mais les essais se déroulent cette fois dans «sa» piscine. Il a trois cartes dans sa manche: les 200 m et 400 m quatre nages individuel, et le 200 m dos. «Le quatre nages est une épreuve très difficile parce qu'il faut être fort dans des disciplines beaucoup plus différentes que ç'a en a l'air, dit-il. Et je me rendais bien compte que j'étais meilleur au dos.»

Aussi, quand il échoue à se qualifier dans les deux distances au quatre nages, terminant troisième chaque fois, il ne perd pas espoir. Ça se corse cependant lorsqu'il démarre lentement au 200 dos. Ça se corse, mais seulement en apparence. Lui et ses proches savent que, ne jouissant pas d'une masse musculaire hors du commun (6 pieds 4 pouces, 187 livres), il se rattrape sur l'endurance et a tendance à dominer les deuxièmes moitiés de course. Et c'est exactement ce qu'il fait. À la force de la volonté, il finit par se hisser en deuxième place tout en établissant un record personnel de 1 min 59 s 66. C'est fait: il participera aux Jeux de la XXIXe olympiade d'été sous les couleurs du Canada.

«Non, il n'y aura pas de nervosité, ni de pression particulière. Juste de l'excitation, raconte-t-il. J'ai confiance en mes moyens, et je sais que je ferai bien. Les Jeux olympiques, c'est d'abord un gros show. Et l'enthousiasme d'y prendre part l'emporte sur tout le reste.»

Évidemment, Oriwol sait que s'imposer à Pékin ne sera pas une sinécure. La marque olympique de l'Américain Aaron Peirsol, réalisée en 2004, se situe sous les 1 min 55 s. Néanmoins, le chrono d'avril du Montréalais aurait été meilleur que le huitième de la finale à Athènes, et moins d'un tiers de seconde inférieur à celui des qualifiés en demi-finales. «Un podium, je dirais que c'est un "long shot". Mais je dirais que je peux de manière réaliste imaginer me rendre en finale.»

Et après? Après, on l'a dit, il y aura Harvard. «Après, on verra», dit le jeune homme. Pour l'instant, ce qui compte, c'est le 13 août, jour des séries au 200 m dos masculin, et, avec un peu de chance, les 14 et 15, demi-finale et finale. On sait que la natation de dos a sa particularité: pour suivre une trajectoire droite et savoir quand amorcer leur virage, les nageurs doivent se fier aux motifs du plafond.

Or c'est exactement ainsi qu'on retrouvera Tobias Oriwol: la tête dans l'eau, mais les yeux au ciel.


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Ah! - par Line Gingras
Le samedi 19 juillet 2008 05:00

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