De qui s'agit-il ? - «L'enfant est le père de l'homme»

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Éric Dupont
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 juillet 2008

Mots clés : Culture, Livre, Québec (province)

Tous les week-ends, l'auteur Eric Dupont fait partager son amour de la littérature en vous proposant une énigme qui mettra à l'épreuve vos connaissances de la vie des grands auteurs. À vous de deviner

Gale research Co.-Book Tower- Detroit-1968
Réponse de l'énigme du 12 juillet: Johann Wolfgang Goethe (1749-1832), poète, romancier et dramaturge allemand. Il est l'auteur de Faust, d'où est tiré le texte d'un lied de Verdi, Perduto ho la pace, traduction italienne de Marguerite au rouet.

Au tout début d'une guerre, un petit garçon naît à Bruxelles dans une famille de diplomates. Il gardera de son enfance bruxelloise un défaut d'élocution l'empêchant sa vie durant de prononcer correctement les r. Peu après le retour au pays natal, le père abandonnera à jamais la famille pour tenter, des décennies plus tard, de renouer avec son fils devenu célèbre; tentative à laquelle l'écrivain répondra par une fin de non-recevoir.

«L'enfant est le père de l'homme», affirmera-t-il en citant William Wordsworth. Cet énoncé surprenant se veut une réponse à ceux qui lui demandent d'où lui viennent ces histoires si terrifiantes, qui, de son propre aveu, ne sont souvent rien de plus que la mise en récit fulgurante de ses cauchemars personnels et de ses terreurs d'enfants. On serait aussi tenté d'expliquer cette phrase de Wordsworth par l'éternelle jeunesse de son visage. À 52 ans, il avait encore l'air d'un adolescent. Son enfance sera nourrie de récits horrifiques aux accents surnaturels. À son sens, il n'y a rien de plus cauchemardesque que d'errer nuitamment dans un lieu que l'on fréquente d'ordinaire le jour.

Après un septennat à l'école normale, il obtient un professorat de lettres qui lui permet d'enseigner les matières les plus diverses et les plus inattendues. Il enseignera d'abord au secondaire dans un village de province. Sur ces années de presque réclusion, il dira: «Je vivais dans de petites villes où il y avait très peu de gens intéressants, pratiquement personne [...] Cela me fut à la fois utile et dangereux. Utile en ce sens que je dévorai des milliers de livres.»

Plus tard, dans une ville de province qu'il qualifiera d'ennuyeuse, il enseignera la littérature anglaise pendant quelques années avant de publier un premier recueil de nouvelles, genre bref qui lui réussit bien à l'instar d'autres écrivains de son pays. Cet être friand des atmosphères inquiétantes nous livrera une traduction d'Edgar Allan Poe qui fera école. Le grand gaillard asthénique ne traduit pas que des écrivains. Dans une interview qu'il accorda à la fin de sa vie, il raconte une anecdote délicieuse. Un jour, des prostituées du port se présentèrent à son bureau pour lui demander de traduire des lettres en anglais et en français pour des matelots partis au loin.

Au cours de l'échange de lettres entre les matelots et les prostituées, il apprendra l'existence d'un poison et l'élimination d'une femme qui dérange. Son oeuvre littéraire sera elle aussi truffée d'échanges épistolaires tantôt émouvants, tantôt déroutants, comme dans cette nouvelle où le narrateur confie à une amie en voyage qu'il vomit des petits lapins. Le lecteur perdra aussi l'équilibre à la lecture de ces récits étourdissants où le héros et son double s'engagent dans un tango mortel.

On appréciera ce talent unique qu'il avait pour mettre le lecteur en confiance par l'évocation d'un décor familier et rassurant pour ensuite le faire basculer doucement dans un monde surnaturel terrifiant.

Cette littérature du vertige et du labyrinthe inspirera des adaptations cinématographiques célèbres. Sa vie adulte ne sera pas exempte de terreur, vraie celle-là, engendrée par un régime dictatorial qui le poussera à l'exil comme tant d'autres de ses compatriotes. C'est au cours de cet exil qu'il épousera une Canadienne d'adoption. Le couple, emporté par la leucémie à deux années d'intervalle, repose dans le même cimetière, très loin de leurs lieux de naissance respectifs.

Il arrive encore que de jeunes lecteurs déposent un verre de vin sur sa tombe.

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Freud - par Benoit gagnon
Le samedi 19 juillet 2008 02:00

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