Vitrine du disque
Mots clés : Jeff Kavanda, Carla Bruni, Tac-Tic Polo, Musique, Montréal
Monde - Tam-tams d'exil, Jeff Kavanda, Indépendant - Son disque, on ne peut le trouver qu'à la place Émilie-Gamelin durant le week-end ou dans un grand magasin de l'autre côté de la rue Sainte-Catherine... Mais la découverte en vaut la chandelle, d'autant que ce Congolais installé en Belgique deviendra rapidement un habitué des scènes québécoises. Invité la semaine dernière au Festival des percussions de Longueuil, on le retrouve au FINA dimanche soir. Et pour cause, Kavanda métisse la musique africaine de la manière la plus originale qui soit. Issu du courant de la rumba congolaise et d'abord influencé par un grand chanteur comme Papa Wemba avec qui il partage une voix stellaire par moments, il a également puisé à la source de Salif Keita, un autre monstre sacré. Mais sa rumba est celle que l'on fait sur le coin de la table ou autour d'un feu, tout à fait libre. Percussionniste, il intègre de son exil toutes sortes de petits et gros tambours, les fait dialoguer avec un sitar, un violon ou un balafon, leur insuffle le son de bruits ambiants, les dirige vers le ton d'une conversation au quotidien, les fait survoler par des dialogues ou des harmonies vocales qui rappellent parfois celles de Zap Mama. Une vraie belle surprise! - Yves Bernard
Lentement mais sûrement, le konpa haïtien, longtemps boudé par les réseaux des musiques du monde, finira par s'implanter au Québec. Se révéleront alors certains de ceux qui l'ont porté à bout de bras durant des années dans des conditions de précarité. Avec 23 ans d'expérience au compteur, Tac-Tic Polo est l'un de ces valeureux guerriers. Après avoir joué avec entre autres Scorpio d'Haïti ou l'Ensemble Select de Coupé Cloué, deux fameux groupes, il s'est installé à Montréal où il est devenu l'une des artistes haïtiens les plus en demande à l'extérieur de la communauté. Ouvert à plusieurs genres antillais, son konpa nouvelle génération bilingue demeure fort bien fagoté et très homogène, avec ses cadences au tempo modéré parfaitement dansantes, ses percussion parfois frénétiques, ses quelques inflexions de rap, ses phrases répétitives, ses accents champêtres, ses guitares doucement tournoyantes, son clavier rétro et son final carnavalesque. Bien agréable tout ça, même si, pour l'instant, on ne peut trouver le disque que sur le site du FINA au parc Émilie-Gamelin, où il se produit dimanche à 20h. - Yves Bernard
Chanson française - Comme si de rien n'était, Carla Bruni, Naïve/Audiogram
Peut-on aimer Carla Bruni sans aimer son président de mari? À lire certains commentaires venus de France concernant le nouvel album de la chanteuse-top model, on en doute. Le vitriol coule à souhait... et un peu gratuitement. Car ce second disque en français n'est pas exactement mauvais. Tout en étant loin d'être excellent. C'est, disons, moyen. Pas de rupture majeure dans le ton Bruni. Sa plume continue d'être capable du meilleur comme du pire. La seule grande différence avec Quelqu'un m'a dit réside dans les arrangements, plus étoffés et plus près de la tradition de la chanson française (avec des pointes en Amérique). Orchestration ou pas, on a toutefois gardé la voix de Bruni au premier plan lors du mixage: comment faire autrement, quand on n'a que ce filet séduisant mais combien limité? L'éloigner l'aurait noyée. Pour le reste, on prend acte de son obsession pour le temps qui passe et le désir qui brûle ainsi que sa préférence pour les ballades country-folk. Alors? On peut facilement dire que c'est le meilleur disque jamais produit par une première dame de France... tout en étant aussi le pire. Sarkozy, lui, adore. Alors? Bof... - Guillaume Bourgault-Côté
Pop-rock - Viva La Vida (Or Death And All His Friends) - Coldplay, EMI
Avec sa trentaine de millions d'albums déjà vendus dans le monde, la formation britannique Coldplay aurait pu conserver une formule musicale que l'on pourrait décrire comme gagnante. Sur ce 4e album, intitulé Viva La Vida sous l'inspiration de la peintre Frida Kahlo, le chanteur Chris Martin et sa bande ont plutôt fait preuve d'un peu d'audace, un effort louable qui ravivera l'intérêt de plusieurs pour une musique prévisible. Leurs textures ont évolué, on a droit à quelques airs arabisants, à plus de guitare, à une voix plus lourde et plus grave. Coldplay nous surprend aussi avec des structures plus éclatées, comme sur Yes, Lovers In Japan/Reign Of Love et 42, où les pièces sont littéralement coupées en deux actes, avec chacun ses intrigues et ses dénouements. Un peu comme le Narrow Stairs des Américains Death Cab For Cutie, Viva La Vida saura rassembler le public de Coldplay tout en ralliant d'autres mélomanes déjà plus usés à l'audace musicale. Cet album n'est tout de même pas une tornade, et a la fâcheuse habitude de jouer d'un bout à l'autre sans qu'on s'en rende trop compte. - Philippe Papineau
Classique - Vivaldi - Concertos pour violon. Florian Deuter, Harmonie Universelle. Eloquentia 2 CD EL 0815; SRI.
On retrouve à la tête de l'étiquette Eloquentia Laurence Heym, qui fit ses classes avec Yolanta Skura, créatrice du label Opus 111. C'est dire que nous avons là une productrice et directrice artistique qui a été à l'école du travail bien fait et qui, en plus, possède une connaissance de ce qui bouge dans le domaine de la musique baroque. Ce double album s'inscrit très exactement dans ce cadre: réalisation artistique et sonore de haut niveau; interprètes peu connus mais excellents; révélations musicales. Le terreau Vivaldi a été très ratissé ces dernières années avec, à la clé, pas mal d'inédits et de reconstitutions. Le musicologue Olivier Fourès, qui avait été la cheville ouvrière du projet Andromeda Liberata d'Andrea Marcon chez Archiv, expose dans le livret l'origine de ces 12 concertos de jeunesse rares ou inédits. Il minimise aussi les doutes sur l'authenticité de certains. Mais, authentiques ou pas, ce qui compte, c'est la musique. Et elle est fort belle. Si vous cherchez le joyau de l'album, c'est le Concerto RV 176 sur le second disque! - Christophe Huss
Classique - Tcherepnine - Concertos pour piano n°1 et 3. Festmusik. Marche symphonique. Noriko Ogawa (piano), Orchestre symphonique de Singapour, Lan Shui. Bis CD 1317 (distr. SRI).
Ce n'est pas là un CD «obligatoire» dans une discothèque classique, mais une parution qui devrait intéresser les amateurs de musique russe de la première moitié du XXe siècle. La seule vraie apparition d'Alexandre Tcherepnine (fils de Nikolaï, chef et compositeur) dans le «grand monde» de la musique classique fut lorsqu'il enregistra en 1968 avec Rafael Kubelik pour Deutsche Grammophon ses propres Concertos pour piano n° 2 et 5. Les Concertos n° 1 et 3 sont différents. Le premier, composé en 1918-1919, débute de manière surprenante (dans une veine répétitive que Tcherepnine ne cultiva pas ensuite), pour déboucher sur un post-romantisme à la Rachmaninov ou Medtner. Le 3e Concerto créé en 1933 à Paris est de ces oeuvres intraitables, jouant de manière un peu cartésienne sur la cinétique et la puissance. C'est une musique très «années 30», cherchant des réponses que Prokofiev, authentique génie, trouva. Deux oeuvres orchestrales spectaculaires et parfaitement abouties complètent cette courageuse initiative éditoriale. - Christophe Huss
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