Opinion
Lettre au gouvernement conservateur et à l'opposition libérale - Je vous accuse
Mots clés : Omar Khadr, Justice, Détenu, États-Unis (pays), Canada (Pays)
Je suis citoyen canadien d'origine argentine, je vis ici depuis 24 ans. Je suis arrivé au Québec à l'âge de 25 ans, en 1984, un an après avoir quitté les prisons de la dictature militaire de l'Argentine où j'ai passé 8 ans, de l'âge de 16 à 24 ans, soit un tiers de ma vie à ce moment. Je n'ai jamais été condamné, mais bien sûr j'ai été torturé de toutes sortes de manières; je n'étais pas le seul à vivre cette situation.
Pouvez-vous, messieurs et mesdames les politiciens, imaginer ce qu'est la torture? Ce qu'est la détention? Peut-être pas. Mais vos tortionnaires (bien entraînés par la même école étasunienne qui a entraîné «nos» tortionnaires latino-américains), oui, ceux-là le savent. Et leurs victimes encore plus, car elles devront vivre avec les séquelles de leurs gestes pour le reste de leur vie!
Changement de cap
Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de changé dans la politique canadienne depuis 24 ans. Il y a 24 ans, le Canada m'accueillait avec une grande générosité, moi, un étranger, à titre de réfugié et comme victime d'une nette violation des droits humains. Aujourd'hui, le Canada n'est même pas capable d'exiger le respect de ces mêmes droits humains pour l'un de ses propres citoyens, Omar Khadr.
De plus, le gouvernement canadien viole hypocritement des traités internationaux dont il est pourtant signataire. Un dicton, dans mon pays d'origine, dirait qu'«il efface avec le coude ce qu'il a écrit avec la main».
Il est incroyable de vous voir ainsi nier l'évidence, justifier l'injustifiable. Jusqu'où iront donc les compromis que vous avez établis avec le président américain George W. Bush?
Odieuse complicité
Je vous interpelle, membres du gouvernement actuel et membres du précédent gouvernement libéral puisque vous aussi avez les mains sales dans cette affaire: vous êtes complices du gouvernement de George W. Bush, complices de son discours idéologique sur la doctrine de la sécurité démocratique -- c'était, dans les années 1970 et 1980, «la doctrine de la sécurité nationale», une idéologie profasciste que nourrissaient les dictatures latino-américaines et qui les «justifiaient» dans la répression, «la disparition» et les assassinats de leurs citoyens).
J'ai envie de vous crier: «Je vous accuse» au nom des milliers de victimes de torture et des assassinés à travers le monde; au nom des mères qui voient leurs enfants souffrir des séquelles de la torture; je vous accuse au nom des citoyens qui perdent confiance dans la possibilité que justice soit faite; je vous accuse de lâcheté et de manque d'humanité.
Un jour, espérons-le, vous devrez répondre de vos agissements. En attendant, prenez vos responsabilités et faites en sorte qu'Omar Khadr revienne au Canada au plus vite.
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