La Belgique s'enfonce dans la crise politique
Mots clés : survie du pays, Yves Leterme, crise politique, Gouvernement, Belgique (Pays)
La démission d'Yves Leterme ouvre la question de la survie du pays
La Belgique s'enfonce chaque jour davantage dans la crise ouverte par les élections législatives du 10 juin 2007. Le premier ministre belge, le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, qui fut le grand vainqueur de ces élections, s'était fixé pour objectif de trouver un accord entre les communautés flamande et francophone avant le 15 juillet 2008 afin de faire évoluer la Belgique fédérale vers une confédération. Il n'y est pas parvenu et a donc remis sa démission au roi dans la soirée du 14 juillet. L'échec de Leterme, qui n'a réussi à former son gouvernement que le 20 mars dernier, ouvre désormais la question de la survie du pays, le fossé entre la majorité flamande (60 % des habitants) et la minorité francophone s'étant transformé en gouffre pendant l'année écoulée.Le principal point d'achoppement reste la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) qui permet à environ 150 000 francophones vivant en Flandre de voter pour les partis francophones de la capitale et d'être jugés en français. «BHV» est ainsi une importante exception à la «frontière linguistique» fixée au début des années 1960 entre le nord et le sud. En cas de scission du pays, cela permettrait aux francophones de refuser que cette «frontière» se transforme automatiquement en frontière d'État. Ceux-ci ne sont prêts à envisager la fin de BHV qu'à une condition: l'élargissement de la région de Bruxelles, enclavée en région flamande, aux six communes de la périphérie qui sont majoritairement francophones même si elles sont situées en Flandre. Cela, afin de créer un lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie, au sud. Or, les Flamands refusent de céder le moindre pouce de leur territoire. La seule chose qu'ils sont prêts à concéder est un improbable «couloir» forestier entre Bruxelles et la Wallonie de quelques kilomètres de long et de quelques dizaines de mètres de large... Autant dire que la situation est totalement bloquée, la scission de BHV étant un préalable non négociable pour la Flandre à tout accord de gouvernement avec les francophones.
Des tensions
Le ton est donc monté au cours de l'année, les communes flamandes de la périphérie bruxelloise multipliant les mesures discriminatoires à l'égard des habitants francophones: désormais, ils ont le choix entre l'intégration ou la valise. Bureau de dénonciation des commerçants osant parler ou afficher en français à Overijse, connaissance du néerlandais exigée pour toucher le revenu minimum d'insertion à Geraardsberge, acquisition de terrains communaux ou de logements sociaux conditionnée à la connaissance de la langue à Londerzeel, Zemst, Zaventem, Vilvorde, etc. Ou encore refus de nommer trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise parce qu'ils ont osé envoyer des convocations en français pour les élections municipales d'octobre 2006 à leurs électeurs francophones...
Tout indique que les Flamands sont prêts à passer en force. Karel de Gucht, le ministre des Affaires étrangères (un libéral de l'Open-VLD) l'a dit crûment au début du mois: «Les francophones ne l'ont toujours pas compris: à la fin, ce sera toujours la loi du nombre qui l'emportera.» Autrement dit, ils n'ont pas d'autre option que de plier. Un haut responsable flamand estimait récemment, en privé, que «l'on a sous-estimé du côté francophone la volonté flamande de tenir bon sur la réforme de l'État». Se faisant menaçant, ce hiérarque du gouvernement prévient: «S'ils ne négocient pas avec nous, la prochaine fois ce sera avec les nationalistes de la liste Dedecker et le Vlaams Belang.»

