Pratt & Whitney lorgne aussi Mirabel

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Gérard Bérubé , Jean-Jacques Coulombe
Édition du mardi 15 juillet 2008

Mots clés : usine, Mirabel, Pratt & Whitney, Transport, Économie, Québec (province)

Le choix de Bombardier consistant à retenir Mirabel pour sa CSeries pourrait faire des émules. Pratt & Whitney n'écarte pas non plus l'idée d'y installer une usine devant accueillir la fabrication de son moteur de nouvelle génération. Ainsi, pendant que Bombardier répondait hier aux préoccupations des sceptiques au lendemain du lancement officiel de sa nouvelle famille d'aéronefs, le motoriste a indiqué pour sa part qu'il regarde sérieusement en direction de cette ville située au nord de Montréal et abritant un site aéroportuaire.

Le président et chef de la direction de Pratt & Whitney, Alain Bellemare, a profité du dévoilement hier de nouveaux moteurs, au Salon aéronautique de Farnborough, en Angleterre, pour évoquer l'idée d'emboîter le pas à Bombardier et d'installer une usine d'assemblage à Mirabel. Selon les propos recueillis par La Presse canadienne, un des nouveaux moteurs, le PurePower PW800, «va être assemblé au Canada. On n'a pas encore décidé à quel endroit au Canada. Cela peut être à Mississauga, cela peut être à Longueuil, ou on a regardé la possibilité de Mirabel.»

La filiale de l'Américaine United Technologies mène des opérations de tests en vol à Mirabel. «On a annoncé la consolidation de nos efforts en vol à Mirabel, donc, on regarde les alternatives en ce moment. Mais on n'a pris aucune décision», a souligné M. Bellemare.

Outre le PW800, qui est destiné aux avions d'affaires et qui pourrait également intéresser Bombardier, Pratt & Whitney a présenté hier le PurePower PW1000. Ce moteur doit notamment être installé sur les appareils de la CSeries de Bombardier. Il est conçu pour «améliorer de façon marquée les performances environnementales et les coûts d'exploitation». Ainsi, «autant au niveau consommation de carburant qu'au niveau environnemental et qu'au niveau économique, on est convaincu qu'on a la bonne solution», a précisé Alain Bellemare.

Cette famille de turbosoufflantes doit permettre des améliorations d'au moins 10 % en matière de consommation de carburant, d'émissions, de bruit et de coûts d'exploitation, a ajouté le dirigeant de Pratt & Whitney.

Ailleurs au salon aéronautique, la direction de Bombardier a consacré une partie de la journée d'hier à répondre aux interrogations et aux préoccupations soulevées au lendemain de son lancement officiel de la nouvelle famille d'aéronefs, placée sous le nom commercial de CSeries. Le directeur du programme, qui prévoit que le gros de l'assemblage de ces appareils de 110 à 130 sièges se fera à Mirabel, a parlé hier de «risque calculé», avec l'aval de ce projet de 3,2 milliards. Benjamin Boehm a notamment mentionné que la conjoncture actuelle, dominée par la flambée des cours pétroliers, faisait de cet appareil, qui laisse miroiter une réduction de 20 % de la consommation de carburant, un incontournable. Il invite également à regarder du côté de la flotte vieillissante des appareils des compagnies aériennes américaines. Selon les estimations du manufacturier québécois, 35 % des ventes futures du CSeries doivent venir de l'Amérique du Nord.

Il reste qu'avec sa nouvelle gamme d'appareils, qui devrait être commercialisée quelque part en 2013, le manufacturier québécois joue dans les plates-bandes de Boeing et d'Airbus, avec leur modèle de 110 à 130 sièges. Un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoît Poirier, a toutefois rappelé que, avec le développement du B-787 et du A380, Boeing et Airbus en avaient déjà plein les bras. Ces deux entreprises ont dû repousser le développement des nouveaux modèles B-737 et A320 en raison des retards subis dans les autres programmes. Ces manufacturiers ne devraient donc pas lancer de nouveaux modèles avant 2017 ou 2018, a souligné l'analyste.

Les doutes persistaient toutefois hier, tant pour les commandes futures que pour une possible plainte de ses rivaux devant l'OMC, puisque la mise au point de l'appareil compte sur une aide gouvernementale de près de 800 millions octroyée par le Royaume-Uni, le Canada et le Québec.

«Le soutien initial est moins important qu'anticipé... mais le fait qu'il provient d'un transporteur aérien de grande qualité comme Lufthansa est définitivement une nouvelle positive», a indiqué hier Fadi Chamoun, analyste chez UBS, dans un texte de l'Agence France-Presse. Le transporteur allemand a signé une lettre d'intérêt prévoyant l'achat de 30 avions et des options pour 30 autres, une commande évaluée au total à 2,8 milliards. La demande pour ce nouveau biréacteur est «tiède», a titré hier The New York Times à propos de la commande de Lufthansa. Mais China Southern, Shanghai Airlines, ILFC et Qatar Airways pourraient aussi passer des commandes, selon l'analyste Jacques Kavafian, de la firme Research Capital.

Quant à l'appui gouvernemental, Bombardier a indiqué qu'il était conforme aux accords internationaux et qu'il s'agissait d'investissements participatifs, donc remboursables en fonction des résultats. Les gouvernements ont également assuré que ces subventions n'enfreignaient pas les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui n'empêche pas que des recours pourraient être intentés. «Je pense que les représentants du commerce des États-Unis (pour Boeing) vont déposer une plainte contre le Canada dans le dossier de la CSeries», a écrit, au journal The Globe and Mail, David Pritchard, professeur spécialisé dans les relations commerciales canado-américaines à l'Université de Buffalo.

Besoin de travailleurs

En premières réactions, les écoles spécialisées en aérospatiale se disaient hier prêtes à former la main-d'oeuvre nécessaire à Bombardier pour construire ses avions de la CSeries. Ce projet prévoit la création de 3500 emplois sur un horizon de 10 ans. Les représentants des maisons d'enseignement des niveaux secondaire, collégial et universitaire, réunis à l'École de technologie supérieure hier, ont affirmé avoir déjà eu à faire face à des situations où la demande pour des nouveaux travailleurs spécialisés était très élevée. À ce moment-ci, les différentes écoles ne savent pas exactement quels seront les besoins précis de l'entreprise, mais elles s'adapteront à ses demandes. Le défi sera maintenant de promouvoir l'industrie de l'aéronautique pour convaincre les jeunes de s'inscrire dans leurs établissements.

Les représentants des différents établissements d'enseignement spécialisés espèrent que l'annonce faite par Bombardier et la couverture médiatique qui suit sauront donner un élan aux demandes d'admission de nouveaux étudiants. Au début des années 2000, plusieurs établissements de formation ont connu une baisse très importante de leur clientèle. En 1999 et 2000, à l'École des métiers de l'aérospatiale de Montréal (ÉMAM), un établissement offrant des diplômes d'études professionnelles, des formations étaient données 24 heures sur 24 à environ 1500 étudiants. Trois ans plus tard, le nombre d'inscrits a chuté à 200. Depuis, le nombre d'inscrits a augmenté, mais «nous ne sommes pas à pleine capacité», explique Serge Tremblay, directeur général du Comité sectoriel de main-d'oeuvre en aérospatiale (CAMAQ).

Le CAMAQ organisera plusieurs événements dans les prochains mois pour convaincre les étudiants potentiels des bons côtés d'une carrière en aérospatiale. «Il y aura peut-être une caravane, une exposition mobile qui pourrait se promener là où les jeunes et les parents sont. Il faut se rapprocher [d'eux] pour leur expliquer les défis et les possibilités de carrière», indique M. Tremblay. Selon lui, le démarrage de la CSeries ne changera pas nécessairement les méthodes de recrutement du CAMAQ, mais Bombardier pourrait être plus présent dans les activités de promotion.

***

avec l'Agence France-Presse


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