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La fin d'une histoire d'amour

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Mathilde François
Envoyé Le lundi 14 juillet 2008 09:00




Dans ce pays où la musique et la chanson française se voient frappées d'interdit (on nous y agresse partout - mais vraiment partout - et en permanence avec de la musique anglo-américaine commerciale et insipide); dans ce pays tout anglaisé où le Français (commerces, établissements de toute nature, y compris publics ou d'État [!], publicités, télévision hyper-américanisée, etc.) estime « rentable » de s'adresser aux Français mêmes dans une langue étrangère; dans ce pays où les rapports entre individus sont toujours empreints de mépris et d'agressivité (à Paris tout particulièrement); dans ce pays, dis-je, les musées s'avéraient jusqu'à ce jour le seul lieu « protégé » où il était encore possible de retrouver le contact avec la grande, la douce France - cette France d'une immense culture, d'une grande intelligence, d'un haut raffinement, et lumière enfin des plus nobles idéaux de l'Humanité.

Or il s'avère que cet ultime refuge des amants de la France a disparu. À son tour. Hélas, en effet, on constatera que même en ces lieux (ces temples de la beauté, du savoir-faire et de l'Art), le respect n'existe plus. Dans la plupart des cas (les exceptions sont devenues de plus en plus rares), le personnel (en France on dit : le Staff !) se comporte non pas en gardien de cette grandeur magnifique, mais en amateur de bistrots où la brusquerie, l'indélicatesse et les discussions entre copains font le plaisir des heures.

Même dans ces cathédrales laïques de notre temps - où la discrétion, le silence et la délicatesse, voire le recueillement, devraient constituer des impératifs naturels -, il est devenu à toutes fins utiles impossible (du Louvre à Orsay, des Tuileries à l'Orangerie, de Notre-Dame au Panthéon, des Invalides au Grand Palais, de Versailles à Fontainebleau, du musée Picasso au musée Rodin, Delacroix, Carnavalet, Cluny, Guimet ou Grévin, pour ne parler ici que de l'Isle de France) d'apprécier les grandeurs du génie humain dans des conditions propices pour véritablement apprécier et savourer ces créations qui, souvent, nous rapprochent de l'Infini...

Il est rare, en effet, désormais, de sortir de l'un de ces lieux sans colère à l'âme. Car le personnel qui y travaille (pas tous, bien sûr, mais une majorité grandissante de celui-ci), loin de veiller à préserver la plus sereine des ambiances, contribue bien au contraire, par sa présence, à abaisser ces lieux divins (et « dieu » sait qu'il n'en manque pas dans cette France autrefois parangon de raffinement) en des lieux publics s'apparentant à des débits de boisson. Je caricature à peine.

Jasettes de toutes sortes, conversations entre potes, rires à gorge déployée, déplacements bruyants (merci pour les talons bien audibles), voire interpellations à haute voix d'un bout à l'autre d'une salle, et même (je ne blague pas !) se faire emboucaner à l'occasion par la cigarette de l'un des ces « surveillants » (ça m'est arrivé au musée Bourdelle et à l'Hôtel des Invalides), voilà depuis plusieurs années le lot des musées de France.

Je termine avec Beaubourg, ce Centre Georges-Pompidou dont nous entretient M. Rioux à l'instant. À la faveur de ma dernière visite, je me suis fait traitée de « flic » parce que je demandais à deux de ces « potes », et au reste fort poliment, de discutailler un peu plus loin, ou à voix plus discrètes, alors que j'aspirais à admirer les oeuvres dans les meilleures conditions possibles. Conditions à maintenir en permanence par ces employés qui, en principe, sont précisément sur place à cette fin.

Mais la logique ne tient plus au pays de Descartes. Car ici c'est le visiteur qui doit se soumettre aux caprices d'un personnel qui transgresse allègrement les règles qu'il a mandat de faire respecter ! Comme dirait mon ami de coeur : « Cherchez l'erreur... ».

Venir du bout du monde, payer son entrée (et parfois assez chère), pour ensuite se faire admonester avec mépris par un personnel dont la mission est d'accueillir avec hospitalité et courtoisie tous ces amoureux de beauté et de culture, voilà, hélas, désormais, le lot de la plupart des musées de France (ou autres lieux de même signification).

Je me suis éloignée de la France (que j'adorais !) dans les quinze ou vingt dernières années. Parce que la France n'était plus - n'est plus - la France. C'est comme une vague province des États-Unis, qui n'a plus aucun respect pour sa langue, sa culture, son histoire, son génie et ses grands actes politiques au fil des âges. Or je continuais à l'aimer en catimini, tout de même (et un peu honteuse...), grâce à ces lieux « privilégiés ».

Maintenant il n'y a plus de lieux privilégiés. Ou préservés. Plus du tout.

Même les plus beaux sites (y compris cette Cité-hommage au génie de l'Homme que l'on appelle Le Louvre) sont devenus des aires où les membres du personnel (s'cusez : du Staff) ne font absolument pas la différence entre un Boticelli et un match de Foot. Or qui s'abstiendra religieusement, bière à la main et Marlboro's aux lèvres (tout ce qui est étatsunien est bien meilleur, non ?), de s'exprimer sans réserve devant un croc-en-jambe bien étudié en Bercy ou en Charléty ???

Bref. La France, quant à moi, n'offre plus aucun refuge. Et je me demande encore - une fois de plus - ce que j'y suis venue faire. Elle qui semble tellement me détester de la trouver si belle...

Pourquoi y revenir alors ? Sans doute parce qu'il est bien difficile de s'avouer à soi-même que son histoire d'amour est bel et bien terminée. Et que l'on vous a bel et bien larguée comme une vieille chaussette. Car enfin, un pays qui se hait lui-même à ce point ne peut supporter d'être objet d'amour de qui que ce soit.

Parlez-en à « La Statue » de Brel.

Ce 14 juillet 2008, sous la cacophonie du défilé militaire
(Eh oui, on s'croirait encore et toujours en ex Union Soviétique)

MF

PS : M. Yvon Montoya m'accordera sans doute un nouveau 0/5. Lui dont la détestation du Québec n'a d'égal que le refus aveugle de toute critique du pays d'où il provient. Et qu'il a quitté, très vraisemblablement, pour mieux maudire au plus près celui qu'il a choisi en lieu et place. Logique cartésienne bien française, quoi. Alain Juppé a bien raison : le ridicule ne tue toujours pas.

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