Le cercle vicieux
Mots clés : Publicité, Molson Ex, sexisme, Québec (province)
À partir de quel moment le mauvais goût traverse-t-il la mince cloison qui le sépare de la pornographie? Une fois de plus, une campagne de publicité livrée par un brasseur de bière force la question. Ce n'est pas jouer aux vierges offensées ni afficher quelque fausse pudeur que de décrier ces campagnes qui font de la femme -- en lieu et place du produit! -- une véritable marchandise.
Sur le site du brasseur, vous entrez dans le «Temple des déesses». Elles y sont toutes, pour chacun des mois de l'année, et suivant une subtile devise: «Ici, on se contente d'une fille par mois... par région.» Il y a Cathryna, attachée à un poteau par un épais cordage qui cache le plus intime de son corps nu; puis Julie, entièrement dévêtue, hormis un string serti de diamants; ou Kristina, vous décochant un sympathique sourire tout en enlevant sa camisole.
Et la bière dans tout cela? Dans un entretien accordé au Journal de Montréal cette semaine, le brasseur n'en avait que pour son public cible: l'homme de 18-34 ans. Dans l'espoir de le diriger vers le houblon, il faut combler ses moindres désirs. Or, les «études» le disent, l'homme aime «le sport, les voitures, la musique, la fête et les belles filles». Que dire de plus?
Le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcoolisées, une entité morale qui n'a pas pouvoir légal, a beau s'indigner de cette présentation de la femme comme objet de plaisir, rien n'y fait. Non seulement le brasseur concerné a-t-il refusé de se soumettre au code d'éthique auquel d'autres se plient, mais en plus, il affirme ne pas contrevenir aux codes et normes qui régissent la pub ici-bas. Le pire? Il a tout à fait raison.
Soumis aux diktats du marché, le consommateur est spectateur d'un univers publicitaire qui s'autorégule, ni plus ni moins. Invités à proposer leurs propres limites -- et donc à les repousser sans cesse --, les annonceurs sont guidés par quelques normes canadiennes somme toute assez floues sur les «représentations inacceptables». Ils sont surtout freinés par leur propre bon jugement ou encore les plaintes bien senties du public. Pas de plainte, pas de limites.
Il est assez odieux à cet égard que Molson Coors minimise l'affaire, renvoyant la responsabilité de ce tintamarre médiatique à une campagne de dénonciation orchestrée par le CALACS de Rimouski (Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel). Comment? Sous prétexte que la centaine de plaintes dirigées vers le Conseil d'éthique serait le fruit d'un plan de lutte contre l'hypersexualisation, l'opération de dénonciation perdrait tout sens? Balivernes!
Il faut au contraire applaudir à ces cafardages organisés qui brisent la banalisation dans laquelle la société s'enfonce, au même rythme d'ailleurs qu'érotisation, stéréotypes et sexisme ont envahi l'espace public. Tant qu'elle se croit protégée par l'approbation silencieuse du public qui ne rouspète pas, l'industrie en rajoute et fracasse ses propres limites. Et tant qu'on le bombarde d'images au caractère sexuel inutile et méprisant pour les femmes, le public perd ses repères, ne sachant plus trop où tracer la ligne de l'acceptable. C'est un cercle vicieux qu'il faut désormais briser.
Vos réactions
Un scandale necessaire - par benjamin prudhomme
Le mercredi 16 juillet 2008 04:00
Absence de crédibilité... - par Hugues Lamarche
Le vendredi 11 juillet 2008 22:00
hypersexualisation, ou hyperbigoterie? - par Jean-G. Lengellé
Le vendredi 11 juillet 2008 16:00
Si j'étais un homme ... (pour rajouter au cmtr de S. Grenier) - par Louise caroline Bergeron
Le vendredi 11 juillet 2008 16:00
hypersexualisation, ou hyperbigoterie? - par Jean-G. Lengellé
Le vendredi 11 juillet 2008 15:00
Ohé...aux barricades... - par michel rheault
Le vendredi 11 juillet 2008 15:00
Et les calendriers des pompiers et de joueurs de rugby dans tout ça ? - par Bernard Gervais
Le vendredi 11 juillet 2008 14:00
Il y a des milieux où les femmes sont appelées bières. - par Jean-Victor Côté
Le vendredi 11 juillet 2008 14:00
Avec la pub et les multinationales, on n'en ai pas à une dépravation près - par l. thériault
Le vendredi 11 juillet 2008 13:00
Il va falloir vous faire à l'idée - par Serge Grenier
Le vendredi 11 juillet 2008 10:00
À nous de choisir: renvoyons la Molson - par Michèle Bourgon
Le vendredi 11 juillet 2008 10:00
Jeunesse, bière et party - par Stéphane Doré
Le vendredi 11 juillet 2008 10:00
Toujours ce fond judéo-chrétien... - par Michel Samson
Le vendredi 11 juillet 2008 09:00
Pire que du mauvais goût! - par Dominique Cousineau
Le vendredi 11 juillet 2008 09:00
hypersexualisation dans la publicité - par mireille langevin
Le vendredi 11 juillet 2008 08:00
Merci de le dénoncer haut et fort - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le vendredi 11 juillet 2008 08:00
La seule façon de régler ce problème! - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le vendredi 11 juillet 2008 06:00
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