Union européenne - La présidence française débute sur une polémique autour de la BCE
Mots clés : inflation, taux d'intérêt, Banque centrale européenne, Économie, Banque, France (pays)
La hausse du taux de la Banque centrale européenne crée des remous chez les ministres des Finances européens

Photo: Agence Reuters
La décision de la Banque centrale européenne d'augmenter son taux principal de 4 % à 4,25 % «creuse le déséquilibre avec la politique monétaire américaine. Avec des taux à 4,25 % en Europe contre 2 % aux États-Unis, on va rester avec un euro surévalué et un dollar faible», a-t-elle souligné dans une interview publiée hier dans le quotidien Le Figaro.
Malgré la présidence de l'UE, qui en principe contraint le pays qui l'assume à une certaine réserve, le chef de l'État Nicolas Sarkozy continue lui aussi à critiquer ouvertement les gardiens de l'euro à Francfort. «Je suis légitime, en tant que président de la République française, de me demander s'il est raisonnable de porter les taux européens à 4,25 % alors que les Américains ont des taux à 2 %», s'est-il exclamé samedi à Paris lors d'une réunion de son parti, l'UMP.
La France se sent pousser des ailes sur un de ses thèmes favoris, car cette fois l'Allemagne, toujours prompte d'ordinaire à prendre la défense de la BCE et de son indépendance, montre des signes de mécontentement à l'égard de Francfort.
Son ministre des Finances, le très orthodoxe Peer Steinbrück, a invité la semaine dernière la BCE à «réfléchir» aux conséquences d'une hausse de taux, jugeant que «cela pourrait renforcer le ralentissement de la conjoncture» en zone euro.
Ces piques restent toutefois assez isolées jusqu'ici en Europe et il est peu probable que la France trouve beaucoup de soutien lors de la réunion hier à Bruxelles des grands argentiers de la zone euro, prévue pour débuter en fin d'après-midi.
L'inflation, qui a atteint pour la première fois le seuil de 4 % en juin sur un an en zone euro, est devenue une source de préoccupation majeure pour les Européens, qui voient les prix des carburants et de l'alimentation s'envoler. Dans ce contexte, la BCE a beau jeu d'expliquer qu'elle fait fait oeuvre de salut public. «Nous avons eu le sentiment, en prenant cette décision, qu'on assurait la stabilité des prix à moyen terme» qui «protège les plus démunis et les plus défavorisés de nos concitoyens», s'est défendu ce week-end le président de la BCE, Jean-Claude Trichet.
Fait inhabituel venant d'une personnalité peu habituée à complimenter l'institut de Francfort, le chef du gouvernement italien lui-même, Silvio Berlusconi, a approuvé le durcissement monétaire. «En ce moment, la priorité est de lutter contre l'inflation. Donc cette politique de la BCE, à l'heure actuelle, je la trouve appropriée», a-t-il déclaré au Japon où il se trouve pour le sommet du G8, cité par l'agence Ansa.
Surtout, les critiques françaises risquent d'envenimer les relations avec la Commission européenne, déjà tendues en raison d'un différend sur les négociations commerciales à l'OMC. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n'a pas pris de gants en fin de semaine dernière pour rejeter les critiques de M. Sarkozy à l'encontre de la BCE. «S'agissant de l'inflation, j'ai plus confiance dans les banquiers centraux que dans les responsables politiques», a-t-il dit dans une interview à quelques médias, dont l'AFP.

