Le festival des vieux
Mots clés : FIJM, Dave Brubeck, Hank Jones, Musique, Culture, Montréal
C'est un peu un festival de vieux qu'on s'est farci cette année. Entre Hank Jones (89 ans), Dave Brubeck (87), Abbey Lincoln (77), Leonard Cohen (73), Woody Allen (72), Charlie Haden (70) et McCoy Tyner (69), la jeunesse a été discrète et l'aile gériatrique active.
- Le moment des moments: Leonard Cohen sur la scène de Wilfrid-Pelletier. Bonheur pur, ravissement poétique, communion totale sur le mode du respect entre un grand artiste et son public. Spectacle magnifique en tout et pour tout: le son, la générosité, la charge émotive des chansons, la voix de Cohen. Coup de coeur pour sa lecture troublante de A Thousand Kisses Deep.
- Le moment soufflant: James Carter et son saxophone, époustouflants dans Rapid Shave en ouverture de son concert, samedi. Une charge furieuse de jazz, branché dans le 220 du bop.
- Le moment basse: Ghislain Poirier. Le musicien électro est spécialiste des basses grasses, mais rarement avaient-elles sonné si bas qu'au Métropolis. La vibration indue par sa musique créait une onde de choc qui bloquait naturellement le mode vibratoire des cellulaires. C'est pas peu dire. On en est ressorti le pantalon de lin froissé, mais le chandail de coton défripé.
- Le moment sympathique: Woody Allen et son orchestre. Monsieur joue de la clarinette comme ci comme ça, on le savait. Mais voilà: c'était sympathique. Ni très bon ni très mauvais. Sympathique.
- Le moment drôle: Steve Bernstein qui a rendu encore plus hilares Laurel et Hardy.
- Le moment triste: Abbey Lincoln qui se cherche sur scène. La grande dame n'avait pas la forme. Vraiment pas, en fait. Mais l'entendre chanter «the world is falling down, hold my hand...» donnait des frissons.
- Le moment trio: Brad Mehldau, Jeff Ballard et Larry Grenadier. Une dizaine de spectacles plus tard, on ne se fatigue pas de cette musique intelligente et jouissive.
- Le moment duo: Hank Jones, que ce soit avec Brad Mehldau ou Joe Lovano. L'art de l'écoute et du dialogue, de la subtilité, du plaisir de partager une scène.
- Le moment nouvelle technologie: Joseph Arthur. Du folk-country d'Angela Desveaux à la prestation solo de Joseph Arthur, on a passé vendredi une soirée parfaite sur un mode acoustique. Ceux qui l'ont aimé ont d'ailleurs pu ramener le spectacle à la maison: Arthur l'a enregistré en direct puis gravé sur des CD pirates autorisés qui étaient vendus à la sortie, quelques minutes après la tombée du rideau. Le collègue Truffaut, anti-grand spécialiste de la non-technologie, n'en revient toujours pas. Graver un disque?
- Le moment inutile: Dorothée Berryman qui vient faire un discours avant le gala pour les 25 ans de Justin Time. Une immense plogue pour son émission de radio, voilà tout ce qu'a fait la dame sur le ton mielleux qu'on lui connaît. En résumé: elle a aimé son festival parce qu'il lui a permis d'aller à la rencontre de son public et que son public a pu lui dire où il écoute son émission. Qui dans l'auto, qui à la campagne, qui dans un spa... Tiens donc: il y en a qui écoutent Berryman dans leur spa, d'autres qui vont la voir chanter sur un bateau de croisière. C'est pour ça qu'on s'abstient: on aurait peur de se noyer.
- Le moment relève: Melody Gardot d'une part, Christian Scott de l'autre. Gardot a montré sur la scène du TNM le grand potentiel d'une chanteuse qui a de l'âme... et une bonne recette pour toucher un public large. Scott, qu'on a vu aux côtés de McCoy Tyner, a été aussi élégant et aussi stylisé dans son jeu lumineux à la trompette que dans son costume très Miles Davis fin 50.
- Le moment cabaret: Stewart D'Arrietta et son piano ivre font du Tom Waits comme on aimerait voir le vrai Waits. Pour le 30e?
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