Patrimoine parlementaire - Cure de jouvence sur la colline
Mots clés : Ottawa, cure de rajeunissement, Patrimoine parlementaire, Édifice, Gouvernement, Canada (Pays)
Il n'y a pas que le 24, promenade Sussex qui tombe en ruine. Les édifices qui trônent sur la colline parlementaire, à Ottawa, ne se portent guère mieux. Mais, plus chanceux que la résidence officielle du premier ministre canadien, ils sont en voie de subir une gigantesque cure de rajeunissement. Un plan de plus d'un milliard de dollars étalé sur 25 ans les attend.
Bienvenue dans les édifices parlementaires d'Ottawa: de magnifiques bâtiments néogothiques datant des débuts de la Confédération qui, avec leurs arches, leurs marbres, leurs sculptures et leurs vitraux, réjouissent quotidiennement l'oeil de ceux qui y travaillent, mais des édifices mal entretenus qui ont besoin d'être modernisés pour remplir leurs fonctions. Il suffit de tendre l'oreille pour entendre un employé raconter comment sa fenêtre lui est tombée dessus lorsqu'il a tenté de l'ouvrir, ou cet autre se plaindre des courants d'air qui le glacent en hiver.
La colline parlementaire compte trois bâtiments patrimoniaux: l'édifice du Centre abrite non seulement la Chambre des communes et le Sénat, mais aussi le bureau parlementaire du premier ministre (il a un édifice tout entier à son usage de l'autre côté de la rue), ceux des chefs de parti, le hot room mis à la disposition des journalistes, de grandes salles de réunion pour les comités et les caucus, une salle de conférence de presse et tout plein de bureaux de députés et de sénateurs. La magnifique bibliothèque parlementaire circulaire le jouxte. L'édifice de l'Ouest, situé à gauche du premier, compte surtout des bureaux de députés tandis que celui de l'Est, qui lui fait face, forme le quartier général des sénateurs.
Un important projet de réhabilitation
«Nous sommes à la première étape d'un important projet de réhabilitation de la cité parlementaire», raconte Robert Wright, directeur exécutif responsable des «grands projets de l'État» au ministère des Travaux publics.
Vaste projet en effet. Outre la bibliothèque, qui a été entièrement restaurée de 2002 à 2006 au coût de 136,3 millions de dollars, la majeure partie des travaux reste à faire. Ils se poursuivront jusqu'en 2027 environ. Au menu: beaucoup de déménagements, l'ajout de nouveaux bâtiments et même une assemblée législative itinérante!
La particularité de ce chantier de restauration patrimoniale réside dans le fait que les édifices ne doivent pas seulement faire les beaux. Ils doivent être fonctionnels pour les députés, sénateurs, conseillers politiques, journalistes et greffiers qui y travaillent, eux qui constituent une faune à la fine pointe de la technologie, accro aux gadgets sans fil, à l'interprétation simultanée et aux retransmissions en circuit fermé.
L'édifice de l'Ouest, bâti en 1865, a déjà commencé en partie sa cure de jouvence. Sa tour sud-est est enveloppée d'un cocon de plastique blanc depuis un an et demi déjà. À l'intérieur, la température et l'humidité sont contrôlées, hiver comme été. Le confort de la douzaine de maçons qui y travaillent n'y est pour rien. C'est qu'une des opérations importantes consiste à remplacer en totalité le mortier scellant chacune des pierres de l'édifice. Le nouveau doit figer dans des conditions optimales pour assurer sa durabilité.
Travail de moine
Une petite visite guidée du chantier vertical permet de constater de visu la patience requise pour compléter les travaux. Les maçons déchaussent manuellement chaque pierre et remplacent celles qui sont endommagées par d'autres identiques qu'ils taillent sur mesure, non sans les avoir au préalable numérotées afin de pouvoir reconstruire à l'identique l'immense casse-tête. Chaque pierre est nettoyée de son excédent de suie. Des masques extractifs sont appliqués sur les gargouilles souillées d'un siècle de saletés.
Le toit de cuivre de la tour est remplacé. Là encore, les feuilles du métal rosé sont taillées et martelées à la main. Seulement pour cette petite tour, 1200 livres de cuivre ont été nécessaires.
Les travaux extérieurs de la tour sud-est servent en quelque sorte de projet-pilote pour le reste de l'édifice de l'Ouest et du complexe parlementaire en général, explique M. Wright. Cinq cents senseurs sismiques sont insérés dans la structure avant que celle-ci ne soit totalement refermée. Avec ces données, le ministère des Travaux publics espère prévoir la réaction des édifices patrimoniaux à d'éventuels tremblements de terre et adapter les travaux de restauration en conséquence.
Une Chambre des communes itinérante
Une fois les travaux sur la tour sud-est terminés, un effet domino monstre s'enclenchera. L'édifice de l'Ouest et son frère presque jumeau d'en face, construit deux ans plus tard, seront complètement évacués pour effectuer les travaux intérieurs. Leurs occupants seront relocalisés dans les édifices longeant la rue Wellington, eux-mêmes vidés au préalable. «Une grande partie de la planification a consisté à trouver de l'espace dans la ville, raconte M Wright. C'est la première fois que notre stratégie de déménagement est vraiment claire. On a déménagé 1300 employés parlementaires et créé plus d'un million de pieds carrés.»
Le «budget préliminaire» pour les travaux sur ces deux entités est de 821 millions de dollars, affirme M. Wright, incluant le coût des accommodations temporaires. «C'est plus que difficile, c'est impossible d'évaluer combien ça va coûter.» On doit désamianter les murs, changer les fenêtres, remplacer les toits de cuivre, moderniser les systèmes électriques et effectuer des rénovations générales. De plus, une annexe sera construite dans chacune des cours intérieures de ces deux édifices. Éventuellement, elles fourniront plus de pieds carrés pour l'activité parlementaire générale, de l'espace si recherché sur cette colline en éternelle expansion. Mais avant d'en arriver là, elles seront appelées à de plus nobles tâches encore: servir de gîte à nos parlementaires en action.
Car lorsque les travaux des édifices de l'Est et de l'Ouest seront complétés, en 2020 espère-t-on à Travaux publics, l'édifice du Centre sera à son tour évacué. En totalité. La Chambre des communes comme le Sénat seront alors déplacés pour faire place aux ouvriers. L'enceinte des députés sera transférée dans l'annexe de l'édifice de l'Ouest tandis que la Chambre rouge créchera dans celle de l'édifice de l'Est. Et ce, pendant cinq à sept ans. Comment s'effectueront les très protocolaires parades qui ponctuent la vie parlementaire, notamment celle du huissier au bâton noir du Sénat venant cogner à la chambre du peuple pour l'inviter à assister à la sanction royale? Devra-t-il revêtir un paletot sur ses vêtements d'apparat et fourrer son bicorne noir pour traverser l'immense terrain qui séparera les deux chambres? «Nous n'en sommes pas encore à ce niveau de détails dans la préparation», concède la porte-parole à la Chambre des communes, Colette Déry.
Le ministère des Travaux publics estime que les travaux à l'édifice du Centre s'étaleront de 2020 à 2027. La période est moins longue compte tenu du fait qu'une partie avait déjà été effectuée dans le passé (la tour de la Paix, qui trône devant, a déjà été restaurée) et parce que l'édifice du Centre est moins vieux. Ravagé en entier par un incendie en 1916, il a été rebâti en 1920. Il faudra quand même refaire les systèmes de ventilation, de climatisation et de chauffage. Le coût de la dernière phase n'est pas encore connu, mais par simple extrapolation, on conclut que la facture finale, incluant celle de la bibliothèque, s'élèvera bien au-delà du milliard de dollars.
«Nous avons des plans quinquennaux et, pour chaque projet, nous allons au Conseil du trésor avec notre "business case" pour obtenir les approbations», explique M. Wright. N'est-il pas difficile d'obtenir des sommes aussi importantes? «On doit démontrer au gouvernement que nous faisons de bonnes choses. Nous avons des édifices de renommée mondiale. Les spécialistes pensent qu'il s'agit d'un des meilleurs exemples de la renaissance néogothique du XIXe siècle. Dans la catégorie des édifices parlementaires, il s'agit d'un des trois seuls exemples au monde affichant ce style architectural avec Budapest, en Hongrie, et Londres.» Sans compter, ajoute M. Wright, que les édifices du parlement constituent une attraction touristique majeure. «Ce sont les édifices les plus connus au Canada!»
C'est en 2001 que Travaux publics a accouché de son plan de restauration de longue haleine. A-t-on attendu trop longtemps? La vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a justement entamé une vérification sur la préservation du patrimoine parlementaire après avoir entendu que des pans de mur entiers menaçaient de s'effondrer advenant un tremblement de terre. «Nous pensons faire rapport au Parlement au printemps 2010», affirme sa porte-parole, Sophie Nadeau.
Sheila Fraser vient tout juste de publier un rapport déplorant le retard pris dans la restauration des édifices patrimoniaux parsemés dans la ville d'Ottawa, allant de Rideau Hall (la résidence de la gouverneure générale) au 24, promenade Sussex (la demeure du premier ministre). Dans ce dernier cas, Stephen Harper a refusé de déménager sa famille. Les députés et les sénateurs, eux, n'auront pas le privilège de refuser.
Vos réactions
Un milliard! - par jacques noel
Le samedi 05 juillet 2008 11:00
Victoria Regina - par Gérard Lépine (lepinegerard@yahoo.fr)
Le samedi 05 juillet 2008 08:00

