BCE confirme sa vente à Teachers

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François Desjardins
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : vente, Teachers, BCE, Économie, Entreprise, Canada (Pays)

George Cope remplacera Michael Sabia à la présidence du groupe

Les ententes de financement qui permettront à Teachers d'acquérir BCE sont en place, a annoncé hier la société mère de Bell Canada, profitant de l'occasion pour confirmer la nomination de George Cope en remplacement de Michael Sabia à la présidence de la compagnie.

L'annonce met fin à des mois de conjectures pendant lesquels l'hypothèse principale voulait que les acheteurs de BCE -- un groupe composé aussi des investisseurs américains Providence et Madison Dearborn -- n'arrivaient pas à convaincre les banques de leur prêter 34 milliards alors que l'univers du crédit est en crise depuis un an.

Le prix offert par les acheteurs, soit 42,75 $ par action, reste le même, a indiqué BCE, dont la vente est la plus grosse transaction de l'histoire canadienne. L'entreprise, qui s'attend désormais à pouvoir boucler la transaction pour le 11 décembre, a toutefois annoncé qu'elle suspendait le dividende sur les actions ordinaires, un versement qui lui coûte habituellement 300 millions par trimestre.

Pour bon nombre d'investisseurs et de retraités, le généreux dividende que procuraient les actions ordinaires de BCE constituait une raison en or de s'accrocher au titre, surtout lorsque celui-ci traversait des périodes plus difficiles, comme au cours des dernières années. Les analystes ont perçu dans sa suspension une concession envers les prêteurs.

«Avec la signature de l'entente finale et l'obtention d'engagements contractuels pour le financement de la transaction, je suis heureux d'affirmer que le travail est maintenant largement accompli», a dit dans un communiqué le président sortant, Michael Sabia.

«L'attention de l'entreprise doit maintenant se tourner vers les activités de Bell et les préparatifs de sa transformation en société fermée, de sorte que le moment est opportun pour céder la place à George Cope [qui entre en poste le 11 juillet]. Nous planifions cette transition depuis quelque temps, et c'est maintenant l'heure d'aller de l'avant.»

De plus en plus confiant que la transaction s'effectuera, le marché s'est rué sur l'action de BCE si précipitamment que celle-ci a connu sa plus forte hausse en six ans. Elle a progressé de 13 % à 39,64 $, se rapprochant de ce que Teachers offre pour chacune d'entre elles, soit 42,75 $.

Les analystes ont estimé que l'entente va dans le bon sens, l'un d'eux, de la Financière Banque Nationale, croyant qu'elle «élimine largement le risque de financement» et que la suspension du dividende est une concession importante faite aux prêteurs.

Dette additionnelle

En juin 2007, Teachers, Providence et Madison Dearborn ont annoncé leur intention d'acquérir la totalité des actions de BCE et d'en faire une société à capital fermé plutôt que cotée en Bourse. Leur proposition a cependant fait sourciller certains observateurs dans la mesure où les 34 milliards qu'ils allaient emprunter finiraient par être accrochés non pas au bilan de Teachers, mais à celui de BCE.

À l'époque, BCE traînait déjà une dette d'environ 17 milliards. Certains détenteurs d'obligations ont mal digéré que l'ajout de 34 milliards à cette dette déplaise aux agences de crédit et entraîne une décote, occasionnant ainsi une perte sur leur investissement. Accusant BCE de n'avoir tenu compte que des actionnaires, ils ont porté leur grief jusqu'en Cour suprême mais ont perdu il y a deux semaines.

«Nous sommes ravis d'avoir conclu une entente avec BCE et du fait que nos banques continuent d'appuyer la transaction», a écrit Teachers dans un communiqué. «Nous prévoyons conclure la transaction d'ici le 11 décembre, et sommes impatients de collaborer avec George Cope ainsi qu'avec l'équipe de direction et le personnel talentueux de BCE afin de développer et de valoriser la solide plateforme existante.»

Le prêt dont bénéficieront les acquéreurs viendra de Citi, Deutsche Banc, Royal Bank of Scotland et Valeurs Mobilières TD.

Indemnité augmentée

L'entente entre Teachers et BCE signée à l'été 2007 prévoyait que si Teachers se retirait de la transaction, elle devrait verser un milliard à BCE. Un des ajustements compris dans l'entente finale annoncée hier a augmenté cette indemnité de rupture à 1,2 milliard.

À l'inverse, l'entente d'origine prévoyait que BCE devrait verser 800 millions à Teachers si jamais elle se retirait de l'affaire.

La conclusion d'une entente finale permet à M. Sabia, un ancien haut fonctionnaire fédéral, de faire sa sortie, comme il le prévoyait depuis longtemps. En tant qu'actionnaire et détenteur d'options d'achat d'actions, M. Sabia devrait passer à la caisse avec un gain personnel de plus de 30 millions, ont calculé les médias lorsque la transaction a été annoncée l'an dernier.

«Michael a ramené avec succès l'entreprise à ses compétences de base, les communications, en tant que stratégie pour créer une réelle valeur pour les actionnaires», a dit le président du conseil de BCE, Richard Currie. Ce dernier a aussi affirmé que M. Sabia a «affronté les défis financiers liés à Téléglobe», «démantelé la société de portefeuille en cédant les actifs non essentiels» et «mené une campagne en faveur d'un nouveau cadre réglementaire pour améliorer notre capacité de livrer concurrence».

BCE a subi une transformation extrême depuis le début des années 2000. La compagnie s'est recentrée sur la communication en quittant les secteurs qui ne s'inscrivaient pas dans sa mission essentielle et a licencié des milliers d'employés dans la foulée afin de maximiser les profits.

Cette réorganisation n'a pas emballé les investisseurs. Du début 2002 au début 2007 -- avant la mise en vente de BCE --, l'action n'a progressé que de 1 %.

De plus, au cours des dernières années, BCE s'est butée à la concurrence nouvelle venant des câblodistributeurs -- Rogers et Vidéotron -- dans le secteur de la téléphonie résidentielle. L'entreprise mise donc très lourdement sur ce qu'elle appelle les secteurs de croissance, comme la téléphonie sans fil, l'accès Internet et la télévision par satellite.

Le nouveau patron de BCE, George Cope, prend les rênes d'une entreprise aux multiples défis. «Le conseil d'administration a confiance dans la capacité de George de diriger BCE et Bell Canada pendant la période qui reste à l'entreprise comme société ouverte et par la suite», a dit M. Currie.

Au moment de se joindre à Bell en 2005, M. Cope, un vieux routier de l'industrie, dirigeait Telus depuis 2000. Il avait auparavant dirigé Clearnet pendant 13 ans avant que celle-ci ne soit avalée par Telus.

L'arrivée de M. Cope aux commandes de Bell survient alors que le gouvernement fédéral effectue une vente aux enchères pour le spectre sans fil destiné aux services évolués. Ce processus pourrait voir l'émergence de nouveaux concurrents.


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