Interrogations sur l'opération de sauvetage d'Ingrid Betancourt

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Le Monde
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : interrogations, sauvetage d'Ingrid Betancourt, Enlèvement, Forces armées, France (pays), Colombie (Pays)

Alexander Farfan, alias «Enrique Gafas», aurait touché des millions pour trahir les FARC.

Photo: Agence Reuters

Le récit de la libération des otages est digne des meilleurs scénarios hollywoodiens. Le président colombien, Alvaro Uribe, a même évoqué une «épopée épique». L'euphorie retombée, des zones d'ombre subsistent quant à la version officielle donnée par l'armée colombienne du déroulement de l'opération. Les doutes portent notamment sur l'éventuel versement d'argent aux guérilleros.

La Radio suisse romande affirme que les deux geôliers capturés mercredi par l'armée colombienne, Gerardo Antonio Aguilar, alias «Cesar», et Alexander Farfan, alias «Enrique Gafas», auraient touché 20 millions de dollars pour leur défection et leur coopération. Citant «une source proche des événements, fiable et éprouvée à maintes reprises ces dernières années», la radio publique suisse affirme que les États-Unis sont «à l'origine de la transaction».

C'est l'épouse de Cesar, capturée en février par l'armée colombienne, qui aurait servi d'intermédiaire pour la transaction après sa libération et obtenu de son mari qu'il change de camp. Outre le versement d'argent, les ex-geôliers auraient obtenu l'impunité et l'assurance de pouvoir s'installer à l'étranger, dans l'un des trois pays «amis» de la Colombie: la Suisse, l'Espagne ou la France. La «mise en scène» de l'opération «Jaque» aurait donc permis au président Uribe, selon la radio suisse, «de s'en tenir à sa ligne qui exclut toute négociation avec les rebelles tant que les otages ne sont pas libérés». Bogotá n'a pas réagi à ces allégations.

«Ceci n'est pas un sauvetage. C'est une opération de remise d'otages pour laquelle une rançon a été versée», affirme également la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, ancienne médiatrice entre la guérilla et le président Hugo Chávez. Interrogée par le quotidien argentin Clarin, la sénatrice indique ne pas avoir de preuves tangibles au sujet du paiement d'une rançon, mais dit se baser sur les déclarations des autorités colombiennes. Après l'annonce de la mort de l'ancien numéro un des FARC, Manuel Marulanda, Alvaro Uribe avait lui-même déclaré qu'un responsable de la guérilla avait contacté les services de renseignement colombiens pour négocier la remise en liberté d'Ingrid Betancourt, à condition de ne pas être extradé.

Les médias colombiens assurent pourtant que Cesar et Gafas répondront devant la justice colombienne de leurs crimes. Ils sont notamment accusés de «rébellion» et «narco-trafic». Citant le chef de l'armée colombienne, l'hebdomadaire El Tiempo assure que les deux hommes font déjà l'objet d'une demande d'extradition des États-Unis.

Le succès de l'opération Jaque a soulevé des interrogations sur une éventuelle aide de l'armée américaine. Selon le New York Times, l'opération de sauvetage était «exclusivement colombienne», mais a mis en valeur l'efficacité d'une armée qui a reçu 5,4 milliards de dollars d'aide des États-Unis depuis 2000, dans le cadre du plan Colombie. Hormis le soutien financier, le gouvernement américain a apporté un appui technologique, fournissant notamment des hélicoptères et du matériel de surveillance qui a permis à l'armée colombienne de localiser très précisément les otages.

Calendrier parfait

Une autre question soulevée par le New York Times est le calendrier parfait des libérations des 15 otages pour le candidat républicain à la Maison-Blanche. En effet, coïncidence, John McCain se trouvait en Amérique latine le jour de la libération; il a affirmé avoir été informé par le président Uribe dès mardi soir de l'opération. Coïncidence ou pas, la libération des trois ressortissants américains vient à point nommé dans la campagne électorale du républicain.

La discrétion qui entoure la libération des trois Américains contraste par ailleurs avec la médiatisation des retrouvailles d'Ingrid Betancourt avec sa famille. Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell sont retournés directement aux États-Unis après leur libération, sans s'arrêter à Bogotá mercredi soir. Ils se trouvent depuis dans un centre médical militaire à San Antonio, au Texas, où ils ont retrouvé leurs proches mais n'ont fait aucune apparition ni déclaration publiques. Les trois hommes -- des agents du FBI -- étaient chargés par le Pentagone d'une mission antidrogue lorsqu'ils avaient été capturés par les FARC en 2003.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?