Opinion

Départ du directeur général du CHUM - Quand le ministre téléphone...

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Michel Nadeau, Directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP)

Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : Philippe Couillard, CHUM, santé, Gouvernement, Montréal, Québec (province)

Même au moment de son départ, l'ex-ministre de la Santé Philippe Couillard reconnaissait son incapacité à changer un aspect nocif de la culture de gestion du réseau de la santé au Québec: toute perturbation significative dans un établissement de santé local aboutit inévitablement sur la table du ministre qui doit prendre position.

Tous les efforts pour améliorer la gouvernance et la gestion de notre système de santé se heurtent à cet obstacle qu'est la centralisation excessive de la gestion et de la prise de décision dans ce secteur. Les responsables au ministère de la Santé doivent reconnaître dans les faits comme dans les textes l'autonomie des établissements et les responsabilités des conseils d'administration.

Mauvaise décision

Or, la première intervention du nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, 48 heures après son entrée en fonction, fut de téléphoner au directeur général du CHUM pour lui signifier sa mise à pied.

Ce type d'intervention politique va clairement à l'encontre de toutes les pratiques de gouvernance et la volonté du présent gouvernement de moderniser la gouvernance du secteur public québécois.

Tous les textes de la loi et des règlements mentionnent sans ambiguïté qu'il appartient au conseil d'administration d'embaucher et de congédier le directeur général. Le conseil d'administration dans le cas du CHUM est composé de plusieurs administrateurs d'expérience. Le ministère ou l'agence régionale aurait dû signaler son inconfort quant à la gestion actuelle du CHUM au conseil à qui on a confié la responsabilité de la gestion. Le conseil et son président doivent rendre des comptes de leur mandat, ce qui inclut la situation des urgences et la recherche de financement pour le nouveau centre hospitalier auprès de la Fondation canadienne de l'innovation.

Le mal était fait...

On peut comprendre l'enthousiasme d'un nouveau ministre pour gérer des dossiers chauds, mais cette façon de faire élimine les progrès lents mais bien réels dans la gouvernance des établissements de santé.

Une fois l'intervention téléphonique connue dans les médias, le mal était fait. Le conseil d'administration aurait pu demander au directeur général de demeurer en poste malgré cette communication du ministre mais cela aurait fait porter au Dr Denis Roy un poids énorme. Les administrateurs n'ont pu que «prendre connaissance» de la décision du directeur général et souligner, dans un communiqué de presse, sa contribution «de premier plan» dans le développement du projet du CHUM au cours des six dernières années.

L'arbitraire du ministre

Mais cet épisode a créé un vif inconfort dans tout le réseau de la santé et des services sociaux. Tout directeur général est maintenant soumis à l'arbitraire du ministre. Chaque d.g. attend le coup de fil meurtrier: «C'est le ministre au

téléphone!»

Le message est clair: les conseils d'administration ne sont pas les patrons des directeurs généraux; malgré les textes de loi, le rôle du conseil est plutôt consultatif au mieux, négligeable au pire.

Au cours des dernières années, plusieurs voix se sont fait entendre, dont celle du vérificateur général et de la commission Castonguay, pour revaloriser la gouvernance des CSSS et permettre à leur conseil d'être imputable des responsabilités que la loi leur confie.

Reddition de comptes

L'amélioration de la performance du réseau de la santé passe par un meilleur équilibre des pouvoirs entre le ministère (et ses agences) et les établissements locaux. Il faut changer cette culture de gestion hyper-centralisée où le ministre hérite de tous les problèmes. Ainsi que l'a recommandé le groupe de travail de l'IGOPP sur les établissements de santé et de services sociaux, il faut donner aux conseils les moyens d'assumer leurs responsabilités et les rendre imputables de leurs décisions.

Le ministre ne doit pas se priver de la compétence et de l'engagement de ces 2000 administrateurs d'établissements au Québec.

Pour le gouvernement, l'investissement qui offre le meilleur rendement est de mieux faire travailler et d'exiger une reddition de comptes de ces 2000 bénévoles des conseils d'administration qui ne demandent qu'à jouer un rôle accru pour bâtir un système de santé dont tous les Québécois seront fiers.


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