Une opposante devenue symbole
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La détention d'Ingrid Betancourt a accru sa popularité en Colombie

Photo: Agence Reuters
Une acharnée
Trois jours avant ce 23 février, donc, Andrés Pastrana a envoyé ses troupes. Quinze mille soldats tentent de reconquérir l'enclave des FARC. Pastrana se rend à San Vicente pour y replanter le drapeau colombien -- mais lui est transporté en hélico, bien protégé. Ingrid Betancourt veut aussi être aux côtés de ses partisans. C'est pour ça qu'elle insiste tant avant d'être interceptée par une patrouille des FARC.
Ingrid Betancourt, pasionaria de la vie politique colombienne, est une acharnée, une fougueuse, une fidèle, de celles qui ne renoncent jamais. Elle avait promis au maire de San Vicente de le soutenir «dans les bons comme dans les mauvais moments». «Ingrid était parfois un peu têtue», concédera sa mère, sans savoir encore que sa fille allait rester plus de six ans aux mains de ses geôliers, dans des conditions dramatiques. En la prenant en otage, les FARC ont touché le premio mayor, le gros lot de leur vaste opération de chantage qui concerne encore 38 otages dits «politiques» ou «échangeables»: ceux que la guérilla veut échanger contre des concessions politiques et la libération de plusieurs centaines de guérilleros emprisonnés (les FARC détiennent environ 700 autres otages qu'elles tentent d'échanger contre rançons à leurs familles). Betancourt, c'est le gros lot, parce qu'elle est célèbre au-delà des frontières de la seule Colombie. Parce qu'en France, sa famille, les comités de soutien, le monde politique vont en faire une cause. «Chaque fois que la famille d'Ingrid Betancourt parvient à la faire nommer citoyenne d'honneur d'une nouvelle municipalité, a estimé un jour le vice-président Francisco Santos, le prix monte. Et les Farc sont ravies. Le prix est désormais si élevé qu'elle sera probablement la dernière à être libérée.»
Si la France en a fait une cause, c'est qu'Ingrid Betancourt en a toujours été proche. Issue d'une famille de la haute bourgeoisie colombienne, née en 1961, elle grandit en partie à Paris, où son père, à la fin des années 60, est nommé ambassadeur à l'Unesco -- il décédera un mois jour pour jour après l'enlèvement de sa fille. Sa mère est une ancienne reine de beauté qui s'impliquera, elle aussi, en politique et dans l'action sociale en fondant à Bogotá une association qui vient au secours des enfants des rues.
Paris, encore, au début des années 80, pour ses études à Sciences Po, après le lycée français de Bogotá. C'est là qu'elle croise pour la première fois un enseignant, Dominique de Villepin, qui aura bien plus tard l'occasion de s'impliquer lui aussi pour sa libération. Elle épouse un diplomate français, Fabrice Delloye, avec qui elle aura ses deux enfants, Mélanie et Lorenzo, avant de se séparer, dix ans plus tard. Elle veut s'impliquer dans la politique colombienne, se fait élire députée, en 1994, déjà sur le thème de la lutte contre la corruption: dans les rues de Bogotá, au cours de sa campagne choc, elle distribue des préservatifs comme protection contre ce qu'elle dénonce comme la principale tare de la politique colombienne.
Attaques violentes
Sans parvenir à le faire tomber, elle va s'attaquer au président d'alors, Ernesto Samper, qu'elle accuse d'avoir été financé par des barons de la drogue. Aux élections de 1998, contre la classe politique traditionnelle, elle a fondé son propre parti, secondée par son nouveau mari, le publicitaire Juan Carlos Lecompte. Elle est élue sénatrice, mais son mouvement ne décollera jamais vraiment. À la présidentielle qui suit son enlèvement, elle n'est pas créditée de plus de 1 % des voix. Elle est de plus en plus critiquée, en Colombie même, après son livre publié en France, en français, La Rage au coeur. Certains Colombiens lui reprochent ses attaques violentes, de l'extérieur, contre son pays -- contre, en tout cas, la classe et la vie politiques. Le quotidien El Tiempo ironise sur cette «fausse image de Jeanne d'Arc créole qu'elle trace dans son livre, dans lequel, sans rougir le moins du monde, elle apparaît comme l'unique personne ayant une audace morale et éthique, propriétaire de la dernière âme incorruptible de Colombie».
La situation a changé depuis. Les Colombiens se sont réapproprié le drame des otages. Notamment après les terribles témoignages de ceux qui ont été récemment libérés. Et après la vidéo de l'ex-sénatrice, diffusée fin novembre 2007, où elle apparaissait amaigrie et affaiblie, fixant tristement le sol dans un campement des Farc. Ces images avaient choqué l'opinion publique, comme la lettre à sa mère qui les accompagnait: «Ici, la vie n'est pas la vie», disait-elle. Aujourd'hui, Ingrid Betancourt est la personnalité politique la plus populaire de Colombie, juste derrière le président Alvaro Uribe.

