Montréal accueille une grande rencontre internationale

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Martine Letarte
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : évaluation des technologies de la santé, Health Technology Assessment International, Congrès, santé, Montréal, Québec (province)

Évaluation des technologies de la santé

Source: Newscom

Avant d'acheter une nouvelle voiture, bien souvent le consommateur cherche de l'information indépendante sur les modèles qui l'intéressent. Il compare les avantages, les inconvénients et le rapport qualité-prix. Dans un secteur aussi névralgique et aussi gourmand que celui de la santé, le contribuable s'attend à ce que le ministère directement concerné et les autorités parapubliques en fassent autant, sinon plus, avec les appareils achetés. Hélas, ce n'est pas toujours le cas.

C'est justement sur cette évaluation des technologies de la santé que se pencheront les nombreux participants à la rencontre annuelle de Health Technology Assessment International (HTAI), du 6 au 9 juillet. Le grand événement international se tient cette année à Montréal pour souligner les 20 ans de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS), qui a justement pour mission de conseiller le ministre et les autres décideurs du milieu québécois de la santé.

Car cette évaluation indépendante des technologies de la santé existe bel et bien, mais, contrairement à la croyance populaire, elle n'est pas systématique ni automatiquement prise en compte lors de la prise de décisions.

«Les gens présument que, lorsqu'une technologie sort sur le marché, elle a déjà été évaluée de façon indépendante et que son efficacité a été prouvée. Or ce n'est pas tout à fait ça. Il faut savoir que c'est seulement une petite proportion des technologies présentes dans un hôpital dont la performance et le rapport qualité-prix ont été étudiés de façon rigoureuse et approfondie», explique Pascale Lehoux, consultante pour l'AETMIS et membre du comité consultatif de la rencontre annuelle de HTAI 2008.

Les multiples décideurs du milieu clinique représentent un grand défi pour les spécialistes de l'évaluation des technologies de la santé. En effet, dans les hôpitaux comme ailleurs, les techniques de vente, le bouche-à-oreille et le marketing ont encore beaucoup d'influence. «Les compagnies contactent leur clientèle et tentent de la convaincre d'opter pour leurs produits. Car, pour les appareils qui ne sont pas trop dispendieux, c'est souvent l'infirmière responsable d'une unité spécifique qui est responsable des achats. Alors, évidemment, elle se fait influencer par le vendeur, par ce que font les autres hôpitaux, etc.», explique Mme Lehoux, qui croit qu'on doit développer de nouvelles stratégies pour mieux informer ces décideurs.

Une véritable influence?

En réalité, encore aujourd'hui, les rapports produits par une agence comme l'AETMIS n'ont pas toujours un impact à court terme sur les décideurs. «Toutefois, depuis la création de l'AETMIS, il y a 20 ans, il y a eu une grande évolution dans les pratiques québécoises. Les décideurs sont plus sensibles à notre travail», indique la chercheuse, qui est également professeure en administration de la santé à l'Université de Montréal.

Il semble que les décideurs se laissent toutefois grandement influencer par le facteur économique. «Si nous recommandons une technologie, mais que cela représente un investissement, le gouvernement n'ira pas nécessairement de l'avant. À l'inverse, si nous recommandons de cesser d'investir dans une technologie, il sera plus enclin à suivre cette recommandation. Nous souhaiterions que les décideurs agissent de façon plus cohérente, plus transparente et qu'ils ne suivent pas seulement nos recommandations si elles leur permettent de réduire leurs dépenses. Il y a aussi des questions d'efficacité des technologies qui sont importantes pour la population», indique Mme Lehoux.

Liens avec les décideurs et les entreprises

Cette délicate question des liens entre gouvernance et évaluation des technologies de la santé sera d'ailleurs au coeur des discussions de la rencontre HTAI 2008. «D'une part, le travail d'agences comme l'AETMIS se doit d'être complètement indépendant des décideurs politiques et du milieu clinique. Toutefois, ces agences doivent également entretenir des liens de qualité avec les décideurs pour bien connaître leurs besoins, leur fonctionnement, et ainsi augmenter leur influence», explique Pascale Lehoux.

Des enjeux liés aux rapports entretenus avec les entreprises seront aussi abordés. «Quels types de liens devons-nous entretenir avec les compagnies qui mettent des technologies sur le marché? Quel rôle doivent-elles jouer dans le processus d'évaluation des technologies? Les compagnies se sentent souvent menacées par notre travail. Que faisons-nous face à cela? Ce sont des questions dont nous devrons discuter», ajoute-t-elle.

Rigueur de l'évaluation

L'un des grands thèmes de réflexion incontournables dans le domaine de l'évaluation des technologies demeure la rigueur méthodologique, et il en sera aussi question lors de HTAI 2008.

«Notre domaine de recherche est multidisciplinaire et très complexe, alors il est évident que nous devons discuter de méthodologie pour nous assurer que nous nous y prenons de la bonne façon. Par exemple, est-ce que nous avons la bonne méthode pour évaluer l'efficacité des techniques de diagnostic ou pour calculer les coûts engendrés par une technologie? Comment faire pour mieux prendre en compte l'avis du patient dans l'évaluation des technologies de la santé?», se demande la chercheuse.

Des questions pour lesquelles les chercheurs et décideurs gagneront à entendre les spécialistes issus d'autres pays et d'autres systèmes de santé qui viendront témoigner de leurs expériences. Et Montréal semble la ville tout indiquée pour accueillir cette grande rencontre internationale.

«Le Canada a une très bonne réputation dans le monde en matière d'évaluation des technologies de la santé, et plus particulièrement le Québec, grâce à l'AETMIS. De plus, le Québec forme une grande partie de la relève scientifique dans le domaine», affirme Mme Lehoux, qui est d'ailleurs responsable du programme international de maîtrise en évaluation des technologies de la santé de l'Université de Montréal, en collaboration avec l'Italie et l'Espagne.

Pour plus d'information sur la rencontre internationale: www.htai2008.org.

***

Collaboratrice du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?