Qu'est-ce que l'Occident ?
Mots clés : Roger-Pol Droit, L'Occident expliqué à tout le monde, Culture, Livre, Québec (province)
Pour Roger-Pol Droit, il faut penser ensemble les deux faces, claire et sombre, de la civilisation occidentale

Photo: Agence France-Presse
Entrent dans sa composition des ingrédients de la Grèce (philosophie, démocratie, théâtre, exigence scientifique) et de la Rome (génie et droit) antiques, un héritage juif (règles morales universelles), repris et répandu par le christianisme, et un esprit moderne (sciences et techniques, économie libérale) qui, sans renier ses racines, cultive le doute et l'esprit critique. «Le développement de la critique et de l'analyse, explique Roger-Pol Droit, permet l'accroissement des sciences, et inversement le progrès scientifique intensifie l'examen rationnel des traditions, des croyances, des moeurs.»
Cette face claire de l'Occident s'accompagne toutefois d'une face sombre. «Dans l'histoire du monde, précise le philosophe, aucune civilisation n'a provoqué autant de morts que celle de l'Occident.» Ses conquêtes, en effet, ont été sanglantes, il a pratiqué l'esclavage, s'est presque autodétruit dans les deux guerres mondiales et a engendré le nazisme et le communisme. Sa prétention «de détenir une vérité valable pour toute l'humanité» a souvent pris un visage barbare.
Un devoir de réflexion
Il faut parvenir, écrit Roger-Pol Droit, «à penser ensemble ces deux faces». Les adversaires de l'Occident diront alors que la face sombre est dominante et que l'autre n'est qu'hypocrisie. Le philosophe propose plutôt deux autres essais d'explication. Le premier reconnaît la présence simultanée des bienfaits et des horreurs et suggère que «le combat à mener consiste à tenter de renforcer les premiers et d'affaiblir les [secondes]». L'autre, plus complexe, «consiste à envisager que la face sombre puisse être engendrée par la face claire», que le bien puisse créer le mal, «à cause d'une erreur de conception dans la manière d'élaborer
ce bien».
Ce devoir de réflexion apparaît d'autant plus urgent que «ce qu'on appelle "mondialisation" est une "occidentalisation" du monde». En devenant communs à presque tous les pays du monde, des objets techniques comme l'ordinateur, l'automobile, la télévision et le téléphone imposent «une certaine organisation du travail et aussi des rapports entre les gens», «une forme d'organisation rationnelle de l'existence quotidienne».
En plus de ce monde technique, l'occidentalisation entraîne aussi un mode de vie dans lequel sont promues des valeurs comme la liberté individuelle, l'égalité des sexes, la séparation du politique et du religieux et l'esprit critique. S'agit-il de valeurs universelles ou simplement de valeurs occidentales, c'est-à-dire inapplicables dans d'autres sociétés? Le débat, bien sûr, est ouvert, mais Roger-Pol Droit, par ailleurs spécialiste de l'Orient, nous met en garde contre la position relativiste.
«Le résultat de cette façon de voir est donc extraordinairement pervers, écrit-il, puisque les droits de l'homme, au lieu d'être un instrument de libération, courent le risque d'être perçus comme un nouvel outil de domination, une sorte d'idéologie occidentale destinée à détruire les valeurs propres aux autres cultures et à démanteler les hiérarchies sociales traditionnelles. Il faut insister sur
le mensonge que constitue une telle position.»
Qu'est-ce, au fond, que l'Occident? C'est, nous dit Roger-Pol Droit dans cet éclairant petit ouvrage, une idée qu'il faut chérir, mais avec un esprit critique, pour ne pas, justement, la trahir.
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Collaborateur du Devoir
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L'Occident expliqué à tout le monde
Roger-Pol Droit
Le Seuil
Paris, 2008, 112 pages
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