De qui s'agit-il ? - Se consacrer à la recherche de la beauté...

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Devoir Le
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : De qui s'agit-il, Art, Livre, Québec (province)

Réponse de l'énigme du 28 juin: Marguerite Duras (1914-1996), auteure de L'Amant, qui lui a valu le prix Goncourt en 1984.

Photo: Jacques Grenier

Cet été, Le Devoir vous propose chaque samedi une énigme qui mettra à l'épreuve vos connaissances de la vie de quelques grands auteurs disparus. Il s'agira de deviner l'identité de chacun à partir d'indices laissés par Éric Dupont. Découvrez la réponse dans le cahier Livres de la semaine prochaine.

«Je ne suis pas pareil aux autres!», sanglotera ce frêle et maladif garçon de onze ans à sa mère pendant un soubresaut nerveux. C'est dans ses mémoires que l'écrivain apportera plus tard des précisions quant à la nature de sa différence. Les sujets ne manqueront pas. On pensera d'abord à son éducation bourgeoise au sein d'une famille dirigée par une mère dévote, ou à l'affection toute particulière qu'il portait à sa cousine qu'il finit par épouser. Ses enseignants pourraient nous parler de cette manie de se livrer à l'onanisme en classe, écart de conduite qui lui valut un renvoi de trois mois de son école. Ce châtiment lui apprendra à ne plus pratiquer l'onanisme en public. Il n'abandonnera pas pour autant ses «mauvaises habitudes», qui l'amèneront à se définir, à l'âge de vingt-trois ans, comme «vierge et dépravé».

Toujours soucieux de garder ce qu'il appelle de la «tenue», il approchera tous les sujets avec la même élégance, qu'il s'agisse de pédérastie ou de philosophie allemande.

Né et éduqué dans les beaux quartiers, il aura sa vie durant les moyens de voler au-dessus des basses considérations matérielles pour se consacrer à la recherche de la beauté, de la spiritualité et du bon goût. Admiré pour la grande précision de son vocabulaire, il sera cité plus souvent que les autres dans les dictionnaires. Orfèvre de la phrase et faiseur de bons mots, il fait partie de ces écrivains pour lesquels écrire n'est pas un plaisir, mais une exigence.

Il ne revendiquera jamais les événements historiques comme premier matériau d'écriture, préférant jouer le rôle de l'intellectuel détaché de l'actualité. Cette posture lui sera vivement reprochée par les groupes politiques auprès desquels il tentera un jour un improbable rapprochement. Il restera à leurs yeux un indécrottable bourgeois. Comme beaucoup d'autres écrivains, il croit que l'art d'écrire devrait voler au-dessus des préoccupations trop prosaïques de son époque, qui pourtant fut trouble. La séparation du religieux constituera l'entreprise d'une vie pour cet homme tiraillé par les pulsions charnelles qu'il souhaite assouvir au mépris des conventions morales et sociales. Impossible de passer sous silence la relation étouffante qu'il entretient avec une mère dont la mort le libérera en quelque sorte d'une attention trop insistante. Un jour, cette dernière lui refusera un billet pour le récital d'un grand pianiste parce que Chopin, dont elle trouve la musique «malsaine», figure au programme. Bien qu'il fut pianiste accompli, il regrettera ne pas avoir été poussé plus jeune vers une carrière de concertiste. L'amour de la musique l'habitera jusque dans les endroits les plus inattendus; il ira même jusqu'à se faire livrer un piano à son hôtel de l'arrière-pays africain où il séjournera quelques fois en villégiature.

Peu après le décès de sa mère rouennaise, il prend pour épouse sa cousine, à qui il voue un amour d'une pureté telle que le mariage ne sera jamais consommé. L'homme de lettres soulignera souvent la distinction qu'il établit entre le désir et l'amour. C'est d'ailleurs après une rencontre nocturne inoubliable avec un jeune musicien maghrébin qu'il écrira: «Comment eût-il été question d'amour? Comment eussé-je laissé le désir disposer de mon coeur?» Dans les récits de ses voyages en Afrique, il martèlera avec insistance ce thème du cloisonnement entre les sens et l'esprit. Ces deux sphères trouveront néanmoins leur convergence, des années plus tard, en la personne d'un tout jeune homme de bonne famille dont il s'éprendra. La relation avec son épouse, déjà tendue, ne résistera pas à cette idylle scandaleuse. Accompagné de son jeune amant, il décide de traverser la Manche pour un voyage. Humiliée, l'épouse brûle les lettres que l'écrivain lui adressait depuis trente ans et se replie dans sa propriété. «Je souffre comme si elle avait tué notre enfant», écrira-t-il, attristé. Madeleine fut un sujet d'une grande inspiration auquel il aura consacré beaucoup de temps.

Bien que nourrie d'autant de céleste que de terrestre, son oeuvre sera mise à l'index peu de temps après sa mort.

Qui était-ce?


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Un jeu stimulant : merci! - par Ginette Gauthier (gauren_gin@hotmail.com)
Le samedi 05 juillet 2008 06:00

Qui était-ce, demandez-vous? C'était... - par Vincent Rowell (vrowell@sympatico.ca)
Le samedi 05 juillet 2008 02:00

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