Une avenue revue et corrigée

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Jérôme Delgado
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : mont-royal, parade, Paysages éphémères, Festival et fête, Art, Montréal, Québec (province)

Les Fermières obsédées participeront à l'événement festif Paysages éphémères.

Devenue une tradition estivale, l'événement Paysages éphémères, pour sa quatrième édition, est revu et corrigé. Et prend du poids, réussissant, par exemple, à faire fermer l'avenue du Mont-Royal à la circulation le temps d'une parade. Sur une voie plus critique et plus audacieuse, Paysages éphémères revient bousculer les habitudes commerciales du Plateau.

La réorientation ne tient pas seulement à la parade offerte en guise de vernissage. Mais ce «carnaval», gracieuseté des Fermières obsédées, collectif incisif de Québec, donne le ton: voici des oeuvres vraiment éphémères, et provocantes, réunies sous le titre PEEP show -- pour «Paysages éphémères/Espace public».

Finies les immenses chaises vert fluo d'hier, gentilles et ludiques; c'est le temps des banderoles noires anarchistes, déroutantes de silence -- oeuvre de Mathieu Beauséjour surplombant l'avenue à plusieurs intersections.

Cette quatrième édition de Paysages éphémères se distingue du fait que, sur les dix projets disséminés entre le parc des Compagnons et la place Gérald-Godin, sept sont le choix d'un commissaire invité, Stéphane Bertrand. Une première. Les autres oeuvres ont été choisies, comme lors des trois précédentes éditions, selon la formule usée du concours.

Le PEEP show, c'est de Bertrand, qui s'est inspiré de la définition du terme -- «une boîte noire dans laquelle défilent des images», dit-il --, et non de l'industrie du sexe, pour s'éloigner de la représentation convenue de la ville et en particulier de la trop commerciale avenue du Mont-Royal. «J'ai voulu un regard oblique sur la ville, ouvrir une fenêtre, dit le commissaire. [Lors des éditions précédentes], c'était trop statique, trop installatif pour Paysages éphémères, qui appelle à la mobilité, au nomadisme... Sur Mont-Royal, tout est saturé, il n'y a pas de friches urbaines, pas d'espaces vacants. Pourquoi on n'enlèverait pas? Soustraire plutôt que rajouter», a-t-il suggéré aux artistes.

Mathieu Beauséjour, avec ses banderoles noires exemptes de toute information, y compris le www, propose «un moment de repos visuel». Il rompt si bien avec nos habitudes que les gens de Vues d'Afrique ont pris une de ses bannières pour du vide et l'ont remplacée par une des leurs.

Le collectif Ekip a aussi joué avec le vide: les trois structures Mékano-Royal, faites d'objets pauvres (du mobilier en acier utilisé comme support), ressemblent davantage à une armature qu'à une oeuvre terminée. Pourtant, elles expriment avec calme, et en symbiose avec les lieux, ce besoin criant de tout laisser tomber. Rien à vendre, sinon de la poésie.

Stéphane Bertrand a privilégié des formes d'art davantage éphémères ou, comme il le dit, «provisoires». Des gens de la performance (Les Fermières obsédées), de l'intervention sociale (le collectif Syn), de l'art relationnel (José Luis Torres) font partie de sa sélection.

Aussi, l'exposition se divise en deux temps: un premier volet est en cours jusqu'à demain; le second se tiendra à la fin d'août, pour lequel viendra le collectif danois RACA -- une autre première, cette invitation à des étrangers. Stéphane Bertrand promet que l'intervention à la sortie du métro, une bibliothèque nocturne (dès minuit), marquera les esprits. Et elle donnera à la place Gérald-Godin l'identité littéraire qui lui revient.

***

PEEP show

Paysages éphémères, avenue du Mont-Royal, jusqu'au 31 août

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Collaborateur du Devoir


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