Un héros pas très discret

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François Lévesque
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : Hancock, critique, Culture, Cinéma, États-Unis (pays), Québec (province)

Peut-être vous souvenez-vous de Peter Berg. Jeune acteur passe-partout de la fin des années 1980, on le confondait volontiers avec Ethan Hawke... mais jamais à son avantage. Ainsi, après quelques rôles prometteurs dans l’excellent A Midnight Clear, de Keith Gordon, et surtout le sulfureux et très habile The Last Seduction, de John Dahl, Berg a changé son fusil d’épaule et opté pour la réalisation. Son premier long métrage, Very Bad Things, s’il était loin d’être parfait, avait en revanche le courage de ses convictions et maintenait un ton sardonique, voire radical, de bout en bout. Alignant depuis cinq ans les grosses productions (The Rundown, The Kingdom), le réalisateur propose avec ce Hancock un film d’une rare niaiserie.

Certes, la saison estivale a ses traditions, ses incontournables, tels les mille festivals de Montréal et les films de Jerry Lewis à TVA. Et en provenance de Hollywood, les films de superhéros. Au printemps, Iron Man a cartonné. The Incredible Hulk vient de prendre l’affiche et les nouveaux opus de Batman et Hellboy sont déjà prêts à prendre relève et cagnotte. L’an passé, ce fut Spider-Man 3 puis Fantastic 4: Rise of the Silver Surfer. Traditions, donc. Et tout cela est juste et bon, dans la mesure où on sait toujours un peu à quoi s’attendre, ce qui, pour plusieurs, est rassurant quand vient le moment de sortir le porte-monnaie et, à cet égard, on ne saurait les blâmer. L’effet pervers, cependant, est une surabondance de suites allant souvent déclinant en matière d’inventivité. Remarquez en outre que, des films susmentionnés, un seul, Iron Man, n’est pas à la remorque d’une oeuvre précédente. C’est en soi révélateur quoique, dans ce cas précis, il est d’ores et déjà établi qu’au moins deux wagons seront accrochés à cette nouvelle locomotive.
Ce long préambule pour établir le fait qu’initialement, l’arrivée d’un Hancock, superhéros nonchalant, susceptible, immature et alcoolique, avait de quoi faire sourire. La proposition pouvait légitimement soulever l’intérêt. Déception. Une fois de plus, une prémisse inusitée se voit gâchée par un scénario enchaînant sans consistance aucune des développements arbitraires et des retournements de situation télégraphiés. En gardant leur «grosse surprise» pour le dernier tiers, les scénaristes trahissent une naïveté proche de l’aveuglement. D’autant plus que la réalisation maladroite de Berg vend le punch en question dès le début par une succession de gros plans peu subtiles sur des visages sans mystère.
Au final, Hancock ne brillera sans doute pas dans les filmographies de Will Smith et de l’habituellement plus inspirée Charlize Theron. Un autre comme ça et la gagnante de l’Oscar pour l’interprétation féminine (Monster) pourra aller réclamer un Razzie et ainsi rejoindre la camarade Halle Berry. Un programme double avec Catwoman, ça vous tente?
***
Hancock
Réalisé par Peter Berg. Scénario de Vy Vincent Ngo et Vince Gilligan. Avec Will Smith, Charlize Theron, Jason Bateman, Eddie Marsan. États-Unis, 2008, 92 min.
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Collaborateur au Devoir


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