Carnaval de conventions

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : Kit Kittredge - An American Girl, critique, Culture, Cinéma, Québec (province)

Comment vous dire ceci sans passer pour le pire des cyniques: au cinéma, la maternité est mauvaise conseillère. Désireuse de faire un film qui plairait à sa fille, Léa Pool avait plus ou moins effacé les signes de sa belle personnalité de cinéaste avec Le Papillon bleu. Découverte elle aussi dans les années 80 avec des films audacieux à l'écriture singulière (Le Chant des sirènes, notamment), la Torontoise Patricia Rozema emprunte le même chemin, pour les mêmes raisons, avec Kit Kittredge - An American Girl, inspiré de la série de romans jeunesse de Valerie Tripp. Le résultat n'est guère plus concluant.

De fait, on se pince devant ce carnaval de conventions éculées et de caricatures, que Rozema met en scène avec une sorte d'ivresse feinte, appelant de toutes ses forces vives une inspiration qui n'est jamais venue. Dommage pour elle, dommage pour nous, qui devons subir ce divertissement joli comme une boutique de cadeaux, mais ennuyant comme la pluie, campé pendant la Crise dans un Cincinnati sous le maquillage duquel émerge Toronto.

La petite héroïne, Kit Kittredge, incarnée par la très attachante Abigail Breslin (Little Miss Sunshine), est une journaliste en herbe, qui consigne dans des articles qu'elle espère voir paraître dans un grand quotidien les bouleversements produits par la crise économique autour d'elle. Laquelle crise a pénétré dans son foyer, envoyant le papa chômeur (Chris O'Donnell) à Chicago pour y chercher du travail, faisant entrer des pensionnaires que sa mère au grand coeur (Julia Ormond, trop rare) bichonne pour quelques sous de loyer. Une peinture de milieu, certes fragile, semble prendre forme avant qu'une série de larcins, que des vagabonds sont soupçonnés de commettre, ne plonge l'enfant et ses amis dans une enquête aux retournements surprenants.

Surprenant étant un bien grand mot, à ne pas détacher du contexte de cette oeuvre prévisible sur la tolérance, l'entraide, la perte d'innocence et la prise de parole, bref sur un chapelet de vertus que Rozema défend avec ardeur, mais sans convaincre. Et pour cause: son film, produit par Julia Roberts (elle aussi maman depuis peu), est artificiel, transpire l'effort et n'arrive pas à donner vie à ses personnages. Au-delà de la petite Breslin, en qui on sent qu'un vrai feu brûle (mais pour combien de films encore?), le reste de la galerie se distribue entre transparence (Glenne Headley, Chris O'Donnell) et bouffonnerie. À ce dernier titre, la palme revient à Joan Cusack, une excellente actrice pourtant mais qui, sans boussole, surjoue au possible. Est-elle à plaindre ou à blâmer?

***

Kit Kittredge - An American Girl

De Patricia Rozema. Avec Abigail Breslin, Julia Ormond, Chris O'Donnell, Joan Cusack, Stanley Tucci, Max Thieriot, Willow Smith, Jane Krakowski, Glenne Headly. Image: David Boyd. Montage: Julie Rogers. Musique: Joseph Vitarelli. États-Unis, 2008, 98 min.

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Collaborateur du Devoir


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