Jazz - Les vingt-cinq ans du lapin de Justin Time

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Serge Truffaut
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juillet 2008

Mots clés : Justin Time, vingt-cinq ans, Musique, Entreprise, États-Unis (pays), Québec (province)

Le pianiste Oliver Jones fut le premier artiste à enregistrer sur l'étiquette Justin Time.

Le lapin emblématique de l'étiquette Justin Time fête ces jours-ci ses vingt-cinq ans. Premier constat: il est trop vieux pour être enrobé de fromage de chèvre légèrement safrané et enfourné à 250 degrés pendant longtemps, longtemps. Deuxième observation: le nom. Justin Time... le juste à temps... Le lecteur des gazettes économiques aura compris que les artisans de ce label étaient Iso 9000 avant la découverte d'Iso 2000.

Tout a commencé grâce à Jim West. Cet homme sans âge -- il est la copie conforme de ce qu'il était il y a vingt-cinq ans -- a décidé de faire le saut dans la production et la distribution un peu par accident. Attention! Ce n'était pas un plongeon dans l'inconnu.

«Cela faisait un an que je travaillais pour Alameda lorsque celle-ci a été achetée par quelqu'un qui a fermé la compagnie. Il m'avait alors invité à prendre tout le stock que je souhaitais. Ce que j'ai fait. J'ai pris les étiquettes McGill Records, Charly Records et Lyrichord, spécialisée dans les musiques du monde. Il y avait des enregistrements de pygmées de la forêt humide, de l'Égypte ancienne et beaucoup de musiques chinoises. C'est là que j'ai fondé Fusion III.»

Bon. En ce qui concerne Alameda, peut-être faut-il préciser à l'attention des plus jeunes que ce distributeur était synonyme de qualité. De bonne musique. Lorsque l'amateur fréquentait les rayons jazz du défunt Sam the Recordman et apercevait la couleur jaune qui distinguait Alameda, il savait qu'il ne serait pas déçu.

On raconte cela parce que les mois que Jim a passés chez Alameda ont étoffé ou renforcé son inclination pour le jazz. En 1983, l'état de ce dernier était mi-figue, mi-raisin. Certes, des grands noms du genre étaient toujours de ce monde. Les Dizzy Gillespie, Art Blakey, Dexter Gordon et d'autres qui, c'est à noter, à retenir, se produisaient régulièrement au Rising Sun, alors situé rue Sainte-Catherine.

Dans le paysage sonore de l'époque, le swing était pratiquement absent. Il y avait bien Oscar Peterson et un certain Johnny O'Neal dont on ne sait ce qu'il est devenu, mais bon... pas grand-chose pour satisfaire le goût des consommateurs pour la note pleine, franche et joyeuse.

Jones et Ranee Lee

Au début des années 80, «Oliver Jones est revenu des Antilles après un très long séjour là-bas. Il a commencé à se produire chez Biddle's. Je suis allé le voir et j'ai immédiatement décidé de l'enregistrer. Il était incroyable. En fait, tout était incroyable: son jeu, le groupe et l'ambiance. C'est pour ça que l'on a décidé de faire un live.»

«Lorsque le disque a été publié, je ne m'attendais pas à un tel succès. On a vendu 5000 copies rapidement. C'était beaucoup. Puis Jones m'a parlé de la chanteuse Ranee Lee. Il m'a conseillé de l'enregistrer, ce que j'ai fait. Son premier album n'a pas tellement bien marché. Mais j'ai alors appris à construire sur le long terme. Le jazz ne se traite pas comme les variétés. Il faut être patient. Toujours est-il que les autres disques de Ranee ont eu plus de succès.»

Après avoir posé le pied dans le territoire du swing et du jazz de facture classique, West s'est lancé dans la gestion du... risque! Il a enregistré le pianiste Paul Bley en compagnie du saxophoniste Bob Mover et du guitariste John Abercrombie. Le résultat, on s'en doute, était éclaté. Toujours est-il que Jim a fait après coup ce que peu de producteurs osent faire: enregistrer des artistes aussi exigeants qu'imprévisibles. On pense évidemment au World Saxophone Quartet.

«Avec ce groupe et l'un des membres, le saxophoniste David Murray, j'ai négocié un contrat d'exclusivité. Chose intéressante, c'est avec eux et par eux que l'on fait découvrir le pianiste D. D. Jackson, qui a participé à plus d'une session de Murray.» Mais...

Mais des aventures menées par Jim et ses collègues, Jean-Pierre Leduc et le très efficace Simon Fauteux, celle ayant trait à la distribution doit être soulignée dix fois plutôt qu'une. Car sans eux, les bacs que les disquaires allouent au jazz, aux musiques du monde, au classique et aux variétés seraient quelque peu dégarnis. Se maintenir sur ce front alors que l'industrie vit plein de bouleversements commande une bonne dose de courage ou de folie.

Pour notre part, on tient à saluer plus particulièrement Jim West pour avoir préservé la mémoire d'un des meilleurs saxophonistes canadiens, le grand Fraser McPherson. Juste pour ça, chapeau.

Quoi d'autre? Ce soir, à la salle Wilfrid-Pelletier, Oliver Jones, Ranee Lee, le Montreal Jubilation Choir, Yannick Rieu et plusieurs autres vont commémorer les

25 ans de Justin Time.


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