Festival d'été de Québec - Nomde totem: Grand Corps Malade
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Québec -- Malgré la tenue du 400e, les artistes francophones ne sont pas très nombreux dans la programmation 2008 du Festival d'été de Québec. Heureusement, certaines belles prises viennent sauver la mise, comme la venue le 13 de Grand Corps Malade. Quand même.
Entre rap et poésie
Au-delà du talent, il nous a séduite un jour parce qu'il était différent, voire inclassable. On a aimé qu'il soit authentique et, apparemment, il entend le rester. Malgré les 700 000 copies vendues de Midi 20 depuis 2006, malgré les concerts d'éloges et tout le reste. Lancé plus tôt cette année, son deuxième album, Enfant de la ville, est fidèle à l'homme qu'on a découvert sur le premier.
«J'habite toujours à Saint-Denis [en banlieue de Paris] et je continue à faire ce que j'aime bien faire, des ateliers d'écriture et d'autres projets. La chose qui a changé, c'est mon emploi du temps avec les tournées, répond-il. Sinon, je vois les mêmes potes et je vais boire avec eux au même endroit.»
Le gros changement depuis le succès de Midi 20, c'est qu'il prend le train plus souvent. Il nous quittera d'ailleurs 20 minutes plus tard pour monter dans un wagon à la gare de Lyon. Ces mêmes trains qu'il comparait à des histoires d'amour sur le premier album: «Dans les premiers kilomètres tu n'as d'yeux que pour son visage / Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages / Tu t'sens vivant, tu t'sens léger et tu ne vois pas passer l'heure / T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur.»
Ces paroles-là, il les dit plus qu'il les chante, c'est l'art du «slam», un hybride entre rap et poésie qu'il a contribué à faire sortir des petits cafés. Aujourd'hui, il déclame ses vers devant des milliers de personnes. Ce qui n'est pas rien car, de proche ou de loin, il faut écouter.
«Au cours de la première tournée, on a fait toutes sortes de salles et on a vu que ça fonctionnait partout. Aux Vieilles Charrues, il y avait 60 000 personnes, sur un texte a capella, le silence a pu s'installer aussi. C'est cool de savoir qu'on peut faire ça un peu partout.»
Un vrai «preacher»... «Non, répond-il. C'est vrai que c'est impressionnant de voir les foules, mais je reste concentré sur mes textes. En fait, je pense qu'il y a un trac suffisant pour ne pas se prendre pour le type qui fait des grands discours.»
Sur le nouvel album, il s'amuse de sa nouvelle vie sur le ton de l'ironie. «Je reste underground, parc'qu'underground c'est dans la tête / Avant chaque concert, je parle à personne pendant 2 heures / Je reste dans ma loge tamisée et pour chaque pied j'ai un masseur.»
Depuis la sortie de Midi 20, on lui a souvent reproché d'accompagner ses slams d'arrangements musicaux un peu mièvres. Un chroniqueur de France 2 lui a déjà dit que ses vers avaient quelque chose de «mirliton» (de mauvaise qualité). Et un autre lui a demandé comment il pouvait autant aimer les mots sans apprécier la littérature.
Sans broncher, Grand Corps Malade leur a répondu qu'il avait découvert les mots par Brassens, par Renaud, et voilà. Il ne s'en cache pas: Rimbaud n'a pas été une grande révélation dans sa vie.
Et pour le deuxième album, il n'a rien changé, ou si peu. Les arrangements sont toujours signés par l'ami des débuts, Petit Nico. Il a également écrit un slam avec celui qui lui a révélé cet univers, John Pucc'. Des rappeurs connus comme Kery James et Oxmo Puccino ont offert une contribution, mais le noyau central semble être resté le même.
Amener les gens à se parler
Quand on lui demande s'il souhaite faire ce métier pendant longtemps, il a une formule toute prête. «Je sais qu'une vie est pleine de virages inattendus, donc je ne me projette pas dans trente piges.» Sage, le monsieur. Avec un nom en forme de totem indien en plus. «C'est vrai que le jour où j'ai pris ce nom-là, j'ai en effet pensé aux noms de Sioux. Parce que j'aimais bien les noms descriptifs de Sioux comme Cheveux au vent ou Coyotes malicieux. Quand j'ai choisi Grand Corps Malade, c'était pour rigoler, mais je pensais aux traditions indiennes.»
Émules des grands chefs sioux peut-être, mais ne lui demandez pas de jouer les porte-parole des banlieues françaises. «Ce serait bien présomptueux de ma part d'avoir un quelconque impact sur les banlieues en général. Le seul truc que je peux influencer, c'est à un niveau micro-local, en amenant les gens à se parler dans des ateliers d'écriture, en mélangeant des jeunes et des retraités, mais c'est tout.»
Ce qui ne l'empêche pas d'être inquiet «comme tout le monde», notamment en ce qui concerne l'état de l'enseignement dispensé dans ce que le gouvernement français appelle les «zones sensibles». Certes, Saint-Denis l'inspire, tout comme les conversations avec ses «potes», le quotidien, ses amours, les saisons. Pendant ce temps, il se remplit les oreilles de rap français. Il mentionne aussi le slam du Sénégalais Souleimane Diamanka, qui sera également du Festival d'été de Québec cette année. Au Pigeonnier, à Québec, il présentera le spectacle lancé en mars en banlieue de Paris. Dans la région montréalaise, il faudra plutôt attendre à l'automne pour y assister.
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Grand Corps Malade
Festival d'été de Québec
Au Pigeonnier le dimanche 13 juillet à 21h45
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