La liberté en famille
Mots clés : FARC, Ingrid Betancourt, Enlèvement, France (pays), Colombie (Pays)
Ingrid Betancourt affirme vouloir toujours contribuer à faire «bouger» les choses en Colombie

Photo: Agence Reuters
Tout juste sortie de la jungle, Ingrid Betancourt réfléchit néanmoins déjà «à comment on va agir». La «première chose qu'il faut faire, c'est un appel au président [vénézuélien] Chávez et au président de l'Équateur, [Rafael] Correa, pour qu'ils nous aident à retrouver les liens d'amitié, de fraternité et de confiance avec le président [colombien] Uribe. C'est une étape essentielle pour pouvoir obtenir d'autres libérations unilatérales», a ajouté l'ex-otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Elle préconise en outre d'inviter «d'autres acteurs régionaux pour qu'ils nous aident, pour que cela commence à bouger», citant notamment la présidente argentine, Cristina Kirchner.
«Il faut faire comprendre au commandement des FARC qu'il faut laisser le chemin du terrorisme et retrouver le chemin de la négociation, de la conciliation et de la paix. C'est une première étape», a-t-elle insisté. Le «plus important est que chaque Colombien ressente que son attitude peut faire la différence. Chacun d'entre nous peut obtenir que nos frères qui sont dans la jungle reviennent».
Il «faut des changements en Colombie, mais démocratiquement», a aussi souligné celle qui a fait campagne contre la corruption, le trafic de drogue et les guérillas. Elle espère la création d'une «ligue, une organisation de paix nouvelle et qui se batte de façon fraternelle pour obtenir la liberté d'autres otages dans le monde». «Je pense en Birmanie au cas d'Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et opposante depuis longtemps. Nous aussi, on peut marcher et être solidaires avec d'autres êtres humains qui vivent ces drames», car «ce que nous avons vécu nous donne le droit de lutter pour d'autres personnes», a estimé la femme de 46 ans, animée d'une vivacité certaine.
«Dans le monde, il y a beaucoup de personnes, de collectivités qui veulent nous aider, ont agi pour notre liberté. Elles doivent continuer à nous aider pour la liberté de tous les Colombiens et obtenir la fin des enlèvements en Colombie», a aussi lancé celle qui est devenue le symbole de la souffrance des otages des FARC. Un symbole d'autant plus fort que la mobilisation de ses proches et sa double nationalité ont contribué à médiatiser sa lutte sur le plan international.
Retrouvailles
Plus tôt dans la journée, c'est en tant que mère de famille qu'elle s'est rendue à l'aéroport de Bogotá afin d'y accueillir son fils et sa fille, Lorenzo et Mélanie, qui sont arrivés en matinée en provenance de Paris. «Ce que je ressens maintenant est très proche du paradis», a par la suite confié Ingrid Betancourt, serrant ses enfants contre elle. «Ce sont mes bébés, ma fierté, ma raison d'être, ma lumière, ma lune, mes étoiles. Pardonnez-moi de dire cela, mais je les trouve très beaux», a-t-elle ajouté, très émue.
Interrogée sur ses conditions de détention, elle a affirmé sans détour avoir été traitée «comme un chien». «Ce n'était pas un traitement qu'on puisse réserver à un animal», a-t-elle laissé tomber, ajoutant qu'au cours de ces six années passées dans l'enfer tropical, «il n'y avait que cruauté, arbitraire et méchanceté».
Désormais, elle aura cependant droit au traitement royal. Déjà hier, proches et soutiens d'Ingrid Betancourt se sont rassemblés sur le parvis de l'hôtel de ville, à Paris, pour fêter la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Ce «rassemblement du bonheur» avait lieu symboliquement devant la photo de l'ex-otage accrochée au fronton de l'édifice. Sur le grand panneau blanc, le compteur des jours de détention de la sénatrice dans la jungle colombienne est désormais bloqué pour toujours à 2321, et un bandeau «LIBRE» en lettre blanches sur fond rouge a été apposé. À son retour en France, prévu aujourd'hui, elle doit d'ailleurs se rendre à l'hôtel de ville pour y décrocher son portrait.
Mme Betancourt et 14 autres otages -- trois Américains et onze Colombiens -- ont été secourus mercredi au cours d'une opération par hélicoptère qui n'a occasionné aucune effusion de sang et pour laquelle des soldats ont donné le change aux rebelles en se faisant passer pour des employés d'une ONG humanitaire.
Cette libération est d'ailleurs un revers de taille pour le plus ancien mouvement de guérilla d'Amérique latine. En revanche, il s'agit d'un coup d'éclat pour le président colombien Alvaro Uribe, farouche adversaire des FARC dont le père fut tué par ce mouvement il y a une vingtaine d'années. Elle vient renforcer la confiance de l'opinion et des milieux économiques en Uribe, qui jouit d'une très forte popularité en Colombie en raison de sa fermeté face aux guérilleros et de sa politique visant à favoriser les investissements et la croissance.
Enfin, on a appris hier que les États-Unis étaient au courant que Bogotá préparait une opération pour libérer les otages aux mains de la guérilla marxiste. «Nous étions au courant dans la phase préparatoire, mais cette opération a été conçue par les Colombiens et menée par les Colombiens, avec notre total soutien. Mais ils n'ont pas eu besoin d'un feu vert de notre part», a assuré la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino.
Déjà, les deux pays entretiennent une collaboration militaro-politique intense à travers le Plan Colombie, conclu en 2000 avec Bogotá par l'administration Clinton et maintenu par le président George W. Bush. Ce dernier prévoit une assistance financière -- qui s'est élevée à environ sept milliards de dollars en huit ans -- et logistique pour lutter contre le trafic de drogue et les groupes rebelles en Colombie. Il aurait toutefois des conséquences désastreuses sur les populations civiles.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters
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