Don Wilson, des Ventures - 50 ans de rock'n'roll sans mot dire
Mots clés : Don Wilson, Ventures, Dick Rivers, Festival et fête, Spectacle, États-Unis (pays), Québec (ville)
Soirée de légendes vivantes mardi prochain: en programme double avec Dick Rivers, le Festival d'été de Québec accueillera les fabuleux et increvables Ventures, le groupe de Walk, Don't Run! et Hawaii Five-0. Le fier cofondateur Don Wilson en parle franc et fort au Devoir.
Don Wilson, au bout du fil, en direct de Tacoma, dans l'État de Washington, s'esclaffe et s'exclame: «Au piano! Même au piano!» Notez que Walk, Don't Run, le premier succès des Ventures, numéro 2 au palmarès du Billboard en 1959, «l'une des pièces les plus influentes de l'histoire de la musique populaire» selon l'académie qui remet les trophées Grammy, est un rock instrumental pour guitares, basse et batterie. Pas de piano là-dedans. Pas grave: la mélodie est irrésistible. Même s'il n'y a pas de mots à chanter, la mélodie se fredonne. Se repique à la guitare, au piano, à l'instrument que vous voulez: c'est le genre de morceau qui vous donne envie d'apprendre à jouer, et puis de former un groupe. «The Ventures, le groupe qui a donné naissance à dix mille groupes», résume Don Wilson. La phrase n'est pas de lui. Cent fois lue.
Et mille millions de guitaristes lui doivent leur vocation. Et le lui disent. «Ça arrive partout, surtout ces dernières années. Au Japon, où nous tournons tout le temps [où les Ventures sont adulés au-delà de tout entendement, où leurs ventes de disques, en 1966, étaient deux fois celles des Beatles], j'attendais le train ou l'avion, je ne sais plus, et voilà un type qui s'amène, habillé comme une vedette de rock. Si je suis le Don Wilson des Ventures? Certainement. Il se nomme. C'était Joe Perry, le guitariste d'Aerosmith. "Est-ce que je peux faire une photo avec vous?" Et le voilà qui crie à un autre type, son régisseur de tournée je crois, de le rejoindre. "Viens dans la photo, c'est historique!" C'est fou tous les guitaristes qui se réclament des Ventures, qui ont appris à jouer en écoutant les Ventures.» Les pros comme les amateurs. L'amateur qui écrit ces lignes en témoigne.
Avant les Ventures, le néant
Il faut dire qu'avant les Ventures, il n'y avait rien. Un groupe à quatre comme il y en aura tant, deux guitares plus une basse plus une batterie, ça n'existait pas. Il y avait bien Buddy Holly et ses Crickets, mais c'était le chanteur devant, le groupe derrière. Pas d'égalité, pas de front commun. Il y avait des groupes vocaux, pop ou doo-wop, mais accompagnés par des anonymes. Il y avait Duane Eddy, qui jouait du formidable rock'n'roll instrumental, mais en artiste solo. L'idée fondamentale d'un groupe de rock, des gamins qui s'installent dans le garage familial et gratouillent et tapochent ensemble, est née avec les Ventures.
Et les Ventures, eux, sont nés d'où? «Du temps libre qu'on avait dans la construction.» Wilson et son copain Bob Bogle étaient maçons, et voyageaient de ville en ville, au gré des contrats. «Dans les hôtels, on était désoeuvrés; on s'est acheté des guitares dans un pawn shop, et des livres d'accords, pour passer le temps. On a commencé à jouer dans des bars miteux, en duo. On voulait s'appeler les Versatones, mais le nom était déjà pris, Dieu merci. Ma mère, qui a fait beaucoup pour nous, a suggéré qu'on soit The Ventures, parce que, disait-elle, "we were venturing into something new". Elle avait raison.» Le jeu agressif des guitares, clé du succès des Ventures, est d'abord réflexe de survie, pure débrouillardise. «On n'était que deux. Il fallait que les guitares sonnent. Je me suis mis à jouer ma rythmique de façon très percussive, et Bob mêlait ses mélodies à des bouts de solo, et utilisait le plus souvent possible sa barre de vibrato [le fameux whammy bar]. Dans notre version de Walk, Don't Run, ça remplissait l'espace.» L'espace? Tout l'univers connu, oui.
Et puis les Ventures furent quatre. Du nombre, aujourd'hui, Wilson et Nokie Edwards, d'abord bassiste, puis guitariste soliste, sont encore actifs: Bogle est retraité. Les batteurs se sont succédé, l'extraordinaire Mel Taylor disparaissant en 1996, remplacé depuis par son fils Leon, pas manchot non plus. Gerry McGee, depuis la fin des années 60, tient la basse ou la guitare, selon les besoins. Un nouveau venu (depuis 25 ans à peine!), Bob Spalding, complémente. Mais à la base, les Ventures dispensent leur génial rock instrumental sans discontinuer depuis Walk, Don't Run. Bientôt cinquante ans de tournées et de disques. Des disques fantastiques où il y a de tout, mille créations du groupe, deux mille versions homologuées de chansons d'autrui, du country façon Ventures, du classique façon Ventures, des indicatifs musicaux de télé façon Ventures (de Batman à The Man from U.N.C.L.E.), les succès des années 60 façon Ventures (The House of the Rising Sun, Light My Fire, nommez-les), et tous les morceaux instrumentaux joués par tous les autres groupes de rock instrumental, du Pipeline des Chantays au Wipe Out des Surfaris. «Il n'y a pas une quantité infinie de bons morceaux instrumentaux à jouer, explique Wilson. Nous adaptions tout ce qui était à notre portée. "We could and would venturize anything instrumental." Souvent, ces groupes n'ont eu qu'un ou deux succès et se sont séparés, ce qui fait qu'aujourd'hui, c'est aux Ventures qu'on associe Pipeline et Wipe Out: on n'a jamais arrêté de les jouer!»
Au paradis de la Fender
Ils les joueront au parc de la Francophonie mardi, assurément. Et Walk, Don't Run, et l'indicatif de la série policière Hawaii Five-0, et Perfidia, et Surf Rider, qu'on peut entendre dans le film Pulp Fiction, et peut-être même The 2000 Pound Bee, si vous insistez. Sorte de surf-rock instrumental enregistré en 1962, c'est la première pièce où grésilla une guitare augmentée de fuzz. «Le mot "fuzz" n'avait pas encore été associé à ce son en 1962: on trouvait que ça sonnait comme une abeille de 2000 livres, d'où le titre...» Aux funérailles du comédien John Belushi (Blues Brothers, Animal House), qui chanta souvent à l'émission Saturday Night Live déguisé en grosse abeille, c'est The 2000 Pound Bee qui accompagna l'homme en terre.
Célébré par des générations de guitaristes, acclamé par des foules de tous âges et de toutes dimensions (record: un demi-million de personnes en 1984, en première partie des Beach Boys à Washington), les Ventures auront quand même attendu 22 ans leur intronisation au panthéon du rock. «C'est parce que nos visages ne sont pas connus, et encore moins nos noms: c'est normal, on ne chante pas. Sur nos pochettes, le plus souvent, la compagnie de disques préférait des photos de filles en bikini. C'est le lot d'un groupe instrumental. C'est le son qui compte. Les guitares, la basse, la batterie. Quand on pense aux Ventures, on pense aux guitares Fender. Quand je pense à toutes les Fender qu'on a fait vendre! La compagnie nous en fournissait des neuves chaque année, et reprenait les vieilles. On aurait dû les garder: elles vaudraient une fortune!» Wilson éclate d'un gros rire. «Ma vraie fortune, c'est qu'à 75 ans, je monte encore sur scène, et je suis encore capable de plaquer les accords de Walk, Don't Run.» Le secret de la longévité est dans le titre. Marcher, ne pas courir.
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Collaborateur du Devoir
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THE VENTURES
À Québec, au parc de la Francophonie, mardi 8 juillet à 20h15; suit Dick Rivers à 21h45.
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The Ventures - par Pierre Hugues Malo
Le vendredi 04 juillet 2008 11:00

