Chacun cherche son sac
Mots clés : Le Sac a ses raisons, Musée du costume, Musée, Québec (province)
Le Musée du costume présente une exposition originale sur le rôle social de la «sacoche»

Photo: Jacques Grenier
Qu'ils soient en peau de croco, en paille style panier de pique-nique, parés de mille perles ou décorés de pépins de pomme (ce dernier étant un véritable bijou fabriqué par les autochtones), les sacs à main exposés au Musée du costume et du textile n'ont rien à envier aux marques qui font tant jaser. Contrairement à Paris où, en 2005, le Musée de la mode et du textile présentait Le Cas du sac, une exposition de sacs recensant les plus grands noms de la sacoche, Suzanne Chabot, la directrice générale du musée, avoue ne pas avoir de Vuitton ou autres luxueux compagnons à présenter.
Et pourtant. Parmi ses acquisitions, on dénombre du Dior, un (vrai?) Kelly d'Hermès, l'ami Fendi, Alfred Sung et Issey Miyake. Mais encore? À l'étage supérieur, c'est Rudsak qui côtoie les Diane Jutras (avec ses sacs de peau de vache), Harricana, Lucie Bélanger (qu'on remarque ces jours-ci avec ses créations originales en disques vinyle) et autres artisans de la Belle Province.
«On voulait absolument faire un clin d'oeil aux créateurs québécois et on voulait dire aux gens qu'il se fait des choses extraordinaires chez nous aussi», explique la directrice du musée. Ces créations attirent d'ailleurs plus qu'un bref coup d'oeil tant certaines d'entre elles rivalisent d'originalité pour transporter à bout de bras nos objets les plus bigarrés.
Du XIXe siècle à nos jours
Parmi tous les sacs exposés, personne n'est oublié. Le musée passe en revue le XIXe siècle, de même que les années dorées du précieux objet, jusqu'à nos jours. Les enfants -- même ceux comptant 25 années bien sonnées -- s'enthousiasment devant les sacs à dos sous forme d'ourson et de lapin en peluche, qui ont tant cartonné dans les années 1990.
Les femmes? Disons que l'exposition leur est entièrement dédiée. Seuls les hommes se sentiront peut-être exclus dans cette caverne de souvenirs, une espèce que les récentes innovations technologiques ont pourtant tournée vers le sac -- en bandoulière surtout -- ces dernières années et qui commence à peine à découvrir le plaisir d'y camoufler ses trésors pixellisés.
Alors que ces messieurs sont toujours des fanatiques de la poche, ancêtre du sac à main, pour garder portefeuille et clés de garçonnière, les femmes ont vu défiler des décennies d'innovations et de débats autour de leur sac. Si leurs robes avaient jadis des poches, celles-ci sortent rapidement vers l'extérieur avec l'arrivée de la robe à taille empire sous la forme du réticule, un pochon enfilé d'une corde à coulisse qu'elles portaient à la main. La presse de l'époque le passe à tabac, offusquée de voir cette chose autrefois cachée prendre le grand air, et le désigne bien vite comme étant «ridicule».
C'est vers les années 1860, avec le développement du transport, que naissent les premiers véritables sacs de cuir inspirés des valises. Plus tard, dans les années 1920, les jupes raccourcissent avec l'arrivée du charleston et il devient alors un accessoire essentiel à ajouter à toutes les tenues.
Puis un essentiel tout court.
L'histoire du sac à main est fascinante et le petit parcours qui lui est consacré au Musée du costume et du textile lui rend justice, grâce aux nombreuses fiches explicatives richement détaillées, élaborant autant sur l'époque de la guerre et les marques légendaires que sur ses mystères.
Freud vide son sac
L'homme comprend difficilement la relation entre les femmes et cette extension d'elles-mêmes, et celles-ci nourrissent bien ce mythe, soit en piquant une colère sainte lorsqu'un enfant y plonge la main, soit en sermonnant le collègue qui fait une remarque sur le Harlequin dont l'extrémité dépasse de l'ouverture.
Le sac à main est une sorte de pièce intime, explique Suzanne Chabot, un genre d'univers personnel dont seule sa propriétaire a la clé. Dans sa psychologie, Freud l'a associé au sexe féminin. D'ailleurs, le mot purse (bourse) est utilisé en argot anglais pour désigner le sexe de la femme.
«Il y a une sorte de tabou autour du sac, c'est l'endroit où l'on ne va pas. C'est peut-être pourquoi les hommes ont un peu peur de l'objet», raconte la directrice.
Inspirée par l'idée de Freud, l'artiste montréalaise Lalie Douglas a réalisé une bourse-sculpture garnie de fines perles de couleur peau et striée de perles rouges. Le sac représente l'utérus de l'extérieur et l'ouverture offre en plongée l'intérieur d'un vagin. Une oeuvre fort jolie que le musée conserve sous une cloche vitrée.
En plus des sacs, dont quelques spécimens rares ont été prêtés par d'autres musées québécois, l'un des attraits de l'exposition réside dans le mur des célébrités, où des personnalités d'ici comme d'ailleurs se prononcent sur leur passion des sacs à main. Ainsi, on apprend que la comédienne Sophie Cadieux a une passion pour les sacs gargantuesques et que la p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Lise Bissonnette, déteste toute espèce de sac à main. L'animatrice Christiane Charette, quant à elle, ne jure que par Prada et chaque voyage l'amène dans une boutique de la grande maison de création, mais ça, ce n'est pas lors de votre visite que vous l'apprendrez. Le sac contient parfois des secrets qui réussissent à se faufiler.
- Le Sac a ses raisons, au Musée du costume et du textile du Québec, jusqu'au 14 septembre, www.mctq.org, 450 923-6601.
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