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Pragmatisme contre eurocratie

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Pierre-Yves Pau
Envoyé Le jeudi 03 juillet 2008 11:00



Irlande, PIB per capita $44,000; France: US$30,000; Allemagne... entre $31,000 et $32,000? Pourquoi diable les Irlandais s'imposeraient ils un carcan réglementaire et fiscal qui au vu des résultats, ne semble pas avoir si bien réussi aux économies des gouvernements qui en font la promotion?

Les trois premiers pays d'Europe pour la compétitivité sont la Suède, la Grande-Bretagne et le Danemark, pays en dehors de l'euro. La France, l'Allemagne et l'Autriche sont les lanternes rouges. Dans l'Euroland, l'inflation est relancée. Quant au prétendu rôle international, à part le fait de tenir la dragée haute à un dollar US momentanément en déroute, qui plus est au prix d'une politique de taux d'intérêt draconienne qui plombe la croissance de 50 à 100 points de base, toujours rien à l'horizon, comme se fait il?
Corollaire de la faible performance économique des 'locomotives' de la zone Euro - que la politique monétaire de la BCE va encore torpiller davantage avec un relèvement du taux directeur à 4.25% -, la dégradation du pouvoir d'achat. Et l'Euro lui-même n'arrange rien: une fois digéré l'effet de gloriole d'avoir créé un 'dollar européen', le bilan est plutôt sombre : énormité des investissements, multiplication des foyers de pertes, la rentabilité est nulle ou négative.
Si les Irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne c'est donc parce qu'ils sont capables de voir ce qui crève les yeux : que l'usine à gaz bruxelloise est impuissante à régler les maux des nations européennes, et loin s'en faut. En fait, le Conseil de l'Europe, le croupion strasbourgeois qui lui sert de machine à timbrer, et les fin-finauds de Francfort, ils font davantage partie du problème que de la solution.
Une des missions que s'était donné la Commission européenne était de combattre le protectionnisme intra-européen, afin de rendre l'Europe plus concurrentielle dans le contexte de la globalisation. Au lieu de ça, Bruxelles entretient une véritable diarrhée réglementaire, qui rend les entreprises européennes moins concurrentielles, et non plus. De la même façon, la pompe à fric de la politique agricole communautaire gonfle artificiellement les prix des aliments, tout en barrant l'entrée aux produits génétiquement modifiés - tout ça alors que les braves cochons de citoyens râlent sur les taxes trop élevées et les virées ruineuses au supermarché. Pour l'essentiel, la croissance de l'Europe durant la dernière décennie a été anémique, le revenu des ménages a stagné, et le chômage est demeuré élevé, y'a vraiment pas de quoi pavoiser.

De plus, Bruxelles est devenu un dépotoir pour les politiciens ratés ou en disgrâce, c'est l'avant-dernier arrêt pour les losers dans leur descente aux enfers des flon-flons de la politique nationale vers les abysses glacés de la retraite et de l'oubli. C'est clair que les élites européennes ne veulent pas dégraisser la grosse dinde bruxelloise, c'est peut-être tout ce qui leur restera à bouffer un de ces quatre. Et plus Bruxelles acquiert de pouvoir, plus il y aura de jobs bien rembourrés pour les joyeux p'tits scouts européens dont plus personne ne veut, genre Edith Cresson ou Romano Prodi.

Pour 'plier' le référendum irlandais, le CE a dépensé davantage de fric que les nonistes, cajolé les électeurs irlandais avec des ruses de péripatéticienne en fin de mois, et bénéficié du soutien indéfectible des médias : et comment qu'ils allaient être reconnaissant les braves petits Gaëls, de toutes ces subventions, ces sucettes, ces condoms gratuits pitoute. Mais le 'miracle irlandais' n'a rien à voir avec la manne européenne ou l'appartenance à la CE. Tout un tas de pays, tels la Grèce ou le Portugal, ont été généreusement arrosés de subventions européennes sans jamais décoller comme l'Irlande. La véritable raison du miracle irlandais, ce sont les réformes domestiques que les citoyens irlandais on eu le courage de s'imposer, à savoir principalement les baisses d'impôts drastiques, et la déréglementation. Et la dernière chose que vous désirez quand le succès s'est installé, après avoir digéré cette médecine de cheval, c'est qu'on vienne vous bousiller tout ça dans le cauchemar bureaucratique bruxellois.

Si le Conseil de l'Europe s'avisait par exemple de faire augmenter les impôts des entreprises irlandaises disons aux niveaux de l'Allemagne, comme le traité de Lisbonne lui en donnerait la possibilité, le 'miracle irlandais' irait vite rejoindre la politique agricole commune au rayon des éléphants accidentés. Les Irlandais savent très bien qu'en dépit de tout le rantanplan et du claquage de bretelles sur la 'sôlidarité européenne', c'est leur environnement fiscal clément et leur marché du travail concurrentiel qui ont attiré cette marée d'investissements et d'entreprises - et que ça, ça fait trembler dans leurs slips ces gouvernements aux économies moribondes qui dominent la prise de décision au Conseil de l'Europe.

L'Irlande n'est pas le Zimbabwe, et a très bien fait d'envoyer les eurocrates se faire foutre. Nationalistes? Certainement, comme toute le monde, mais surtout, pragmatiques.

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