La semonce polonaise

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Serge Truffaut
Édition du jeudi 03 juillet 2008

Mots clés : Traité de Lisbonne, Lech Kaczynski, Gouvernement, Pologne (pays)

Au premier jour de la présidence française de l'Union européenne (UE), la Pologne s'est distinguée en gâchant la fête organisée sous l'arc de Triomphe. Le président Lech Kaczynski a annoncé qu'il ne ratifierait pas le Traité de Lisbonne, qu'il avait pourtant négocié. Après le non irlandais, la rebuffade polonaise confirme que l'Europe est sérieusement en panne.

En avril dernier, le Parlement polonais avait adopté ce traité dont les frères Kaczynski, Lech le président et Jaroslaw l'ex-premier ministre, avaient discuté avec leurs collègues européens. Les deux frères avaient même apposé leurs signatures à deux reprises: une fois à Bruxelles, une fois à Lisbonne. Mais voilà, lors des législatives tenues en novembre 2007, Jaroslaw devait perdre sa fonction de chef de gouvernement au profit de Donald Tusk, un europhile. Depuis cette défaite, les Kaczynski cultivent leur différence en vitupérant contre l'UE en général et Bruxelles en particulier.

Dans ce non polonais, il y a une part d'europhobie, mais également une bonne dose de logique. Voilà, pour qu'il soit applicable, le Traité de Lisbonne doit être accepté à l'unanimité. Autrement dit, si l'un des 27 membres refuse d'y adhérer, le texte doit être remisé au placard. Une majorité d'Irlandais venant de le rejeter, Kaczynski s'est donc saisi de ce geste pour justifier le sien. Et ce, c'est à retenir, pour la grande satisfaction de Vaclav Kraus, président de la République tchèque, réputé être le chef de file des eurosceptiques.

Il y a donc une part d'europhobie, une dose de logique, mais aussi et enfin un calcul. Un calcul qui passe également par l'Irlande. De quoi s'agit-il? Si l'on a bien suivi les méandres politiques de Bruxelles, le premier ministre irlandais a jusqu'au début de l'automne pour réviser sa copie et proposer à la présidence française une solution. Nicolas Sarkozy ayant indiqué son intention de conclure le dossier d'ici la fin de la présidence française, soit fin décembre, on suspecte ceci: les Irlandais pourraient encore une fois bénéficié de la prime à la surenchère. On pense en tout cas que le président polonais envisage de monnayer sa signature contre un certain nombre d'avantages sous forme de dérogations.

C'est certainement dans ce dernier aspect, cette prime à la surenchère, que loge le profond malaise qui habite l'UE. Plus simplement, force est de constater que chaque fois qu'un pays dit non, il obtient une récompense. Les Danois ne veulent pas adopter Maastricht? On leur accorde ce qu'ils souhaitent. Les Irlandais déchirent le Traité de Nice? On leur alloue un certain nombre de privilèges. Les Polonais veulent plus de subventions pour entrer dans l'Union? L'Allemagne signe des chèques. Les Français crient à hue et à dia dès qu'il est question de réformer la politique agricole commune? On recule. La Grande-Bretagne...

De toutes les nations rassemblées au sein de l'UE, la Grande-Bretagne est la championne des droits de retrait, des dérogations et des refus qui ont miné le rêve européen. Même si elle est l'exemple du contre-exemple, il ne faut pas s'attendre à ce que Sarkozy attaque ce pays bille en tête. Pourtant, c'est bel et bien Londres qui n'a pas voulu de la convention de Schengen sur la libre circulation des personnes, Londres qui a demandé une exemption concernant la Charte des droits de la personne, Londres qui enfin a remis l'adoption de l'euro aux calendes grecques.

En se défaussant des sujets délicats, des dossiers essentiels à la construction d'une Europe politiquement forte, en ferraillant continuellement pour une Europe avant tout libre-échangiste, avant tout commerciale, Londres a ouvert la voie aux Irlandais, aux Polonais et aux Tchèques, qui ont adopté effectivement la fonction d'administrateur de fonds de commerce.

On se doute qu'afin de ne pas faire de vagues, le président Sarkozy va s'abstenir: il ne crèvera pas l'abcès. Il est plus que probable qu'il va s'efforcer de rameuter les Irlandais, de ménager les Tchèques, de satisfaire les Polonais. Certes, de temps à autre il va certainement sermonner la Commission européenne, mais ce sera plus pour épater la galerie et séduire un électorat français de moins en moins europhile.

Chose certaine, on observe le retour en force des égoïsmes nationaux, du repli sur soi, de la mentalité d'assiégé, contre lesquels les pères-fondateurs avaient combattu en concevant... l'Europe unie. Peut-être serait-il temps de tirer un trait et de re-faire l'Europe avec ceux qui la désirent sans mégoter.


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égoïsme nationaux? - par Zach Gebello
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Inertie, quand tu nous tiens. - par Gilles Bousquet
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Tirer un trait - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le jeudi 03 juillet 2008 07:00

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