Tangaria de Richard Galliano: lumière noire et groove afro

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Yves Bernard
Édition du mercredi 02 juillet 2008

Mots clés : Tangaria, Richard Galliano, Musique, Spectacle, Montréal

L'accordéoniste français d'ascendance italienne a réuni sur scène deux musiciens vénézuéliens: Rafaël Mejias et Alexis Cardenas.

Depuis la mort d'Astor Piazzolla, Richard Galliano est devenu la référence. Aussi bien en matière de composition que d'instrumentation. Le maestro argentin lui avait dit: «Vous devriez faire avec le musette ce que j'ai fait avec le tango en vous inspirant de votre environnement musical et de votre culture.» Mais durant toute sa jeunesse, Galliano avait rejeté le musette au profit de la chanson. Le message finit toutefois par passer puisque, en 1991, l'accordéoniste crée le «new-musette», un mélange de musette fortement teinté de mélodies très chantantes et de jazz avec toutes ses possibilités harmoniques et son ouverture à l'improvisation.

Galliano est de tous les projets et la liste de ses collaborations dépasse largement le genre qu'il a créé: de Michel Portal à Bireli Lagrène en passant par Jean-François Jenny-Clark et Daniel Humair, Chet Baker, Toots Thelemans, Gary Burton, Paolo Fresu et Consorts. Chaque disque ou projet ouvre sur un monde singulier et l'artiste est souvent primé. En 1992, lors du référendum international de la revue Down Beat, il mérite même le premier prix dans la catégorie «tous instruments».

À travers toutes ces directions, une constante perdure toutefois: la trace du mentor, d'où le disque solo Ballet tango en hommage au grand Astor, de même que le projet Piazzolla Forever qui a fait l'objet d'un CD et d'un DVD. Mais depuis deux ans, les choses prennent une autre tournure. «Au bout d'un certain temps, j'ai voulu sortir de la musique de Piazzolla, explique Galliano. Ce fut une riche expérience que de lui rendre hommage en passant un peu par là où il était lui-même passé. Mais à force de l'interpréter, je sentais que je perdais ma propre identité. Je peux jouer le tango à ma manière, mais je ne suis pas argentin. J'ai eu envie de revenir.»

D'où «Tangaria», une contraction de tango et d'aria, en l'honneur de ces deux univers, à la fois le nom d'une composition et celui du groupe avec lequel Galliano se produit ce soir au Théâtre Jean-Duceppe. Mais Tangaria ouvre également à la lumière noire et au groove afro. S'agit-il du projet le plus latino de Galliano? «Complètement. Au début, il y a deux ans, c'était une façon de sortir doucement de Piazzolla, tout en demeurant dans le contexte de la musique latine, mais en latinisant ma propre musique. Cette approche colle bien à ma personnalité. Je suis définitivement un Latin de France et de Méditerranée.»

L'accordéoniste français d'ascendance italienne a réuni un contrebassiste de jazz et deux musiciens vénézuéliens: Rafaël Mejias et Alexis Cardenas. Trompettiste classique devenu virtuose des maracas, Mejias joue également d'autres percussions comme les bongos, le cajon et les triangles. «D'un point de vue musical, c'est intéressant parce que pour un accordéoniste, c'est presque inhumain de jouer avec un batteur qui cogne. Et vous verrez, il est fabuleux. En spectacle, c'est presque du music-hall.» De son côté, Alexis Cardenas est un violoniste chambriste qui joue le folklore de son pays natal. «Avec moi, il s'est ouvert à l'improvisation, dit le leader de Tangaria. Je lui ai conseillé de conserver son identité et de ne pas jouer à l'américaine. Cela fonctionne très bien avec la tradition des valses vénézuéliennes.»

Lumière noire et groove afro, disions-nous. Mais cela n'empêche pas Tangaria d'interpréter des tangos très accentués aux effets piazzolliens, du new-musette au violon vieillot à la manière de Grappelli, de la valse rêveuse au doux balancement ou de la chanson plus triste. Tangaria permet également la rencontre de deux antipodes de la musique sud-américaine: le caractère relativement classique de la progression harmonique du nuevo tango et le jeu à l'oreille dans la fête du brésil nordestin. «Moi, j'admire autant un artiste qui joue une musique qui semble naïve qu'un concertiste. Les musiques folkloriques sont beaucoup plus compliquées qu'on le croit parce qu'elles sont tellement senties. On ne peut écrire le swing de plusieurs d'entre elles sur une partition.»

Swing, lyrisme et sens mélodique hors du commun: le Tangaria de Galliano promet de forts moments.

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Collaborateur du Devoir

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- Au Théâtre Jean-Duceppe ce soir à 18h. Renseignements: 514 871-1881.


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