Israël approuve un échange de prisonniers avec le Hezbollah
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Jérusalem -- Le gouvernement israélien a approuvé hier, à une écrasante majorité, un accord avec le Hezbollah libanais prévoyant l'échange des corps de deux soldats israéliens contre des détenus libanais.
La capture des deux soldats par le Hezbollah en territoire israélien le long de la frontière libanaise avait provoqué une offensive israélienne qui avait duré 34 jours, du 12 juillet au 14 août 2006. Le conflit, côté libanais, a fait plus de 1200 morts, civils pour la plupart, et 160 tués côté israélien, en majorité des militaires.
Les chefs du service de sécurité intérieure (Shin Beth) et des services secrets (Mossad) se sont vainement opposés, devant le conseil des ministres, à un échange de prisonniers contre des corps, bien qu'il y ait eu des précédents.
En face, le chef d'état-major, Gaby Ashkenazi, appuyé par le ministre de la Défense, Éhoud Barak, a appelé les ministres à soutenir l'accord, considérant que l'armée avait un devoir envers les familles.
À l'ouverture de la réunion, le chef du gouvernement, Éhoud Olmert, a appelé les autres ministres à approuver l'accord, négocié par l'intermédiaire de l'Allemagne, tout en annonçant que les deux soldats étaient morts.
Il a déclaré qu'«il n'y avait aucune chance pour que les deux soldats israéliens soient encore vivants», selon le communiqué. «Nous sommes sans illusion, il y aura autant de tristesse en Israël que d'humiliation, vu les fêtes qui vont se dérouler de l'autre côté», a-t-il ajouté, en allusion au Liban.
M. Olmert a néanmoins donné son accord à un échange avec le Hezbollah des corps des soldats Eldad Regev et Éhoud Goldwasser contre des prisonniers libanais et il a appelé les ministres à faire de même «malgré le prix élevé» à payer.
«Israël [...] a une obligation morale d'assurer le retour de ses soldats», a déclaré Mark Regev, le porte-parole du premier ministre, après le vote. «Pour nous, c'est une valeur fondamentale. Pendant ces négociations, nous avons été obligés de traiter avec le Hezbollah, une organisation terroriste cynique qui n'a aucun scrupule à manipuler la douleur des familles de nos soldats», a-t-il ajouté dans un communiqué.
En échange des deux soldats, Israël va libérer cinq détenus libanais -- dont le doyen de ces prisonniers, Samir Kantar -- et remettre au Hezbollah les corps de huit de ses combattants inhumés en Israël, ainsi que d'autres corps de Libanais, selon une source officielle.
En outre, Israël s'engage à libérer «un certain nombre» de détenus palestiniens, de son choix. «Au bout du compte, le prix est relativement faible, comparé aux accords précédents», a déclaré à la radio militaire le numéro deux du gouvernement, Haïm Ramon, après le vote.
«L'échange a été bloqué pendant près d'un an parce que Nasrallah exigeait la libération de milliers de prisonniers palestiniens, ensuite il est descendu à mille détenus. Finalement, ce n'est que lorsque Nasrallah a laissé à Israël le choix du nombre et de l'identité des prisonniers palestiniens que l'accord a abouti», a-t-il expliqué.
Selon certains ministres, la mise en application de l'accord devrait prendre de dix jours à deux semaines. Depuis plusieurs semaines, les ministres israéliens étaient soumis à une pression croissante de l'opinion publique, sensible à la douleur des familles des soldats disparus, qui ont été les premières informées.
Samir Kantar, du Front de libération de Palestine (FLP), a été condamné en 1980 à 542 ans de prison pour avoir tué un civil israélien et sa fille ainsi qu'un policier israélien en 1979, dans le nord d'Israël.
Conditions
Un haut responsable du Hezbollah libanais a estimé pour sa part que l'approbation par le gouvernement israélien de l'échange des corps de deux soldats israéliens contre des détenus libanais prouve que le Hezbollah a réussi à «dicter ses conditions».
Le président du conseil exécutif du Hezbollah, Hachem Safieddine, a rappelé que le mouvement s'était «en juillet 2006 engagé à obtenir la libération des prisonniers».
«Personne au monde n'aurait été capable d'atteindre l'objectif d'Israël: récupérer les soldats, sans que la résistance [le Hezbollah] dicte ses conditions: la libération des prisonniers», a déclaré le responsable dans une allocution publique.
«C'est la preuve que la parole de la résistance est la plus vraie, la plus forte et la plus haute», a-t-il poursuivi.

